SOUMISSION AU PATRIARCAT DE KARLOVCI
évêques, auxquels l’accès de l’Assemblée, présidée par le plus vieil ecclésiastique, avait été laissé libre jusqu’au dernier moment. C’est ainsi qu'a été élu à l’unanimité, le dimanche 20 mars 1883, conformément aux prescriptions de la loi du 31 décembre 1882, pour Archevêque de Belgrade et Métropolite serbe, un serviteur de l’autel divin chargé d'années, l’archimandrite Teodosije, professeur du Séminaire à la retraite. Ainsi qu’en témoigne le double du protocole électoral ci-joint, Sa Majesté le Roi a daigné le même jour approuver ce choix.
. Puisque, pour les motifs énoncés plus haut, la consécration de l'élu ne peut être effectuée en Serbie et puisque la seule issue de la crise actuelle est le rétablissement d’un chef religieux, le soussigné a l’honneur de prier Votre Sainteté, de la part du Gouvernement serbe, de procéder à la consécration du Métropolite Teodosije nouvellement élu, afin d’aider ainsi l’Église orthodoxe du Royaume de Serbie à sortir de querelles inutiles et injustifiées et à retrouver son chef permanent et le droit chemin.
Le soussigné se permet de penser que, dans une telle éventualité, le plus pressé est de s'adresser à la Métropolie Serbe de Karlovci, héritière directe de cette même Église qu'a fondée Saint Sava, Église voisine la plus proche et la plus apparentée et que tant de souvenirs historiques et nationaux relient à l’Église orthodoxe du Royaume de Serbie. Cette pensée donne au soussigné la certitude que cette prière peut compter sur la complaisance du Patriarche de cette Église dont la racine est le Patriarcat de Peé,ancien siège du Royaume de Serbie...»
La réponse du Patriarche German — cinq jours seulement plus tard — bien que favorable à Novakovié, est beaucoup plus réservée que la lettre du Ministre. Il exprime sa compassion pour l’Église sœur qui passe par de telles épreuves et il informe le Gouvernement Serbe qu’il a obtenu de « Sa Majesté Impériale et Apostolico- Royale » l'autorisation de procéder à la consécration demandée ?.
Pour beaucoup d’orthodoxes — et non pas seulement des libéraux — la démarche du Ministre des Cultes serbe avait paru véritablement « inouïe ». On ne pouvait comprendre qu’on fît appel à une autorité étrangère au Royaume et suspectée d’obéir aux ordres de Vienne. Mojsej, lui-même, estimait qu’une telle intervention était anticanonique, les canons ecclésiastiques interdisant aux évêques
1 … Potpisani je slobodan misliti, da je u ovome najpreée obratiti se na srpsku Mitropoliju Karlovaku, neposrednu naslednicu ove crkve, koju je jo$ Sv. Sava ustanovio, najblizu i najsrodniju susednu crkvu, koju tolike istorijske it narodne uspomene skopéavaju za pravoslasnu crkvu Kraljevine Srbije.. (Crkveno pitanje u Srbiji, p. 80).
2 Crkveno pitanje u Srbiji, p. 82.
des Églises autocéphales toute influence et toute ingérence sur les territoires d’autres Églises autocéphales !, à plus forte raison quand les évêques de ces dernières étaient vivants et sains de corps et d'esprit. À j |
Les libéraux dénoncèrent vite la « manœuvre » progressiste qui consistait à étayer, à l’aide de l'Autriche, leur « hiérarchie croulante » :
« Ces pygmées en livrées noir-jaune, ne pouvant atteindre la hauteur sublime des considérations supérieures (sic), se meuvent dans les bas-fonds de leurs passions et de leurs calculs personnels ?, »
Dans le déplacement du Métropolite Mihaïlo la presse libérale avait vu l’exécution d’un ordre autrichien ; de même la démarche de Novakovié sera interprétée par elle comme une preuve de la toute-puissance de la « camarilla viennoise » sur la politique intérieure du Royaume. Il faut avouer que la lettre de Novakovié pouvait paraître à certains. assez inopportune. Elle arrivait juste au moment où paraissait, dans le Srem, une brochure d’un certain moine Emilijan Radié, tendant à prouver que l’évêque de Karlovei était le successeur naturel des anciens patriarches de Peé *. En tant qu'héritière de Peé, la Métropolie de Karlovei aurait eu le droit d'exercer sur l’Église du Royaume serbe une certaine autorité En encourageant les visées ambitieuses des clercs d’outre- Save, Novakovié commettait, selon les libéraux, une trahison historique. Certes dans le passé serbe«il yavait déjà eu bien des exemples de trahison : celles de Vukaëin, de Brankovié.. », mais la «trahison » de Novakovié passait les bornes. Il livrait à German Andjelié l'Église de Serbie, pieds et poings liés.
Un intéressant compte rendu nous a conservé le souvenir de la cérémonie de Sremski Karlovei 5. La consécration de Teodosije fut solennellement célébrée par le Patriarche et le haut clergé de toute la Métropolie. Les presses progressiste et libérale reproduisirent, avec des commentaires divers, le récit détaillé de l’office. On remarqua en particulier la hiérarchie adoptée, dans les prières, pour rappeler les Supérieurs temporels. La rubrique mentionna tout d'abord Sa Majesté Apostolique, puis le Roi Milan, puis les quatre Patriarches orientaux, enfin le Patriarche Serbe de Sremski Karlovei et en tout dernier lieu le Métropolite de Belgrade. Les progressistes furent enchantés de l'importance qu’on avait conférée
Crkveno pitanje u Srbiji, p. 83.
Srpska Nezavisnost, 29 mars 1883.
Srpska Nezavisnost, 29 mars 1883.
Tbid., 14 juil. 1888.
5 Hriséanski Vesnik, avril 1883.