‹ La Serbie et Son ÉgliseChapitre 142 sur 197 · SCHISME DANS LA DOCTRINE PROGRESSISTE · texte numérisé non relu

SCHISME DANS LA DOCTRINE PROGRESSISTE

En 1890, la russophobie du Vridelo n’avait plus d’écho en Serbie. La querelle des Hiérarchies était en voie de règlement. Mihailo jouissait d’une autorité et d’un prestige grandis par l’exil. Les radicaux les premiers, grâce à l’intercession du Métropolite, étaient devenus les partisans les plus convaincus de l’alliance russe et beaucoup de progressistes, dans l enthousiasme religieux soulevé par le sacre solennel du jeune Roi dans l’église de Zita (20 juin 1889), avaient su mettre une sourdine à leurs anciennes rancunes. On ne tarda pas à en avoir des preuves. Il advint qu’un des membres les plus en vue de la colonie tchèque de Belgrade, Fran; Fisek, directeur de l’École Commerciale, se mit en tête, en 1890, de passer à l’Orthodoxie avec sa nombreuse famille composée de sa femme, de ses deux fils et de ses cinq filles. Cette conversion massive fit grand bruit dans la capitale, et le Hriséanski Vesnik consacra unlong article aux néophytes que le Métropolite avait tenu à recevoir en personne et en grande pompe, le 23 septembre, dans l’église Saint-Marc ?. La revue tirait de cet événement des conclusions qui semblaient fort en désaccord avec les anciennes idées progressistes :

« Notre Salut est dans l’Orthodoxie, écrivait l’organe d’Aleksa Ilié. Le monde slave ne se laisse pas concevoir sans l’Orthodoxie. »

C'était là une idéologie singulièrement proche de celle des libéraux. Tandis que le Videlo, à peine quelques années auparavant, traitait les Tchèques de « faux frères », le HriS$éanski Vesnik liait le sort des peuples slaves au sort de l’Orthodoxie :

1 Videlo, 2 janv. 1888, Slavenska i srpska misao (éditorial). 2 Hriëéanski Vesnik, sept.-oct. 1890, p. 627-628.

« Nous félicitons M. Fisek de son rattachement à l’Orthodoxie. Que Dieu veuille que nos autres frères tchèques fassent ce qu’il fait ! »

Mais qui pouvait mieux préparer et soutenir ce ralliement des peuples slaves à l’Orthodoxie que la Grande Russie ? De même que les radicaux, une fraction des progressistes serbes trouvait tardivement le chemin de Moscou en attendant que le gros des troupes vint la rejoindre.

CHANSONNIERS ET CARICATURISTES CONTRE LA HIÉRARCHIE DE TEoposise.

En Serbie, l’opposition politique a souvent aimé à s’exprimer par des chansons. De la veine inépuisable de l’imagination populaire ne sont pas sortis seulement les innombrables poèmes perpétuant un cycle héroïque encore proche, mais aussi quantité de couplets satiriques qui ont pu parvenir jusqu’à nous en échappant aux ciseaux du censeur. La Srpska Nezavisnost nous en cite de fort caractéristiques, dans lesquels l’auteur — anonyme — se lamente sur le sort de l’Église serbe (sous la Hiérarchie de Teodosije) :

Depuis qu’ils (les progressistes) sont au faîte nous avons vu trois cents merveilles !

(Comme s'ils avaient juré de tout faire sans réfléchir ?) Ils ont suivi un étrange chemin qu’ils parcourent en gémissant.

Tous les matins quelque chose de nouveau :

De quoi se signer de la main gauche !

O État serbe, 6 Église serbe et prétendu gouvernement serbe — Pour comble de malheur ils se sont disputés avec l'Église.

Peut-il être pire honte ?

Ils font pleurer l’Église serbe autocéphale Ils la conduisent — devant qui ? — devant German !°

* Od kako su na vrh seli — poëini se trista ëuda — (K’o da su se zakleli — Sve tiniti bez rasuda —),.

2 Srpska Nezavisnost, 29 mars 1883 :

Page 1