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CHAPITRE XIV

Portrair pu MÉrroPpoLiTE TEODOS1YE.

La haine des libéraux contre le nouveau Métropolite se traduisit tout d’abord par de violentes campagnes de presse. La Srpska Nezasisnost ne craignait pas de le traiter de « valet de l'Empereur » (d'Autriche) : éesaree sluga. La véhémence des attaques était telle que des journalistes libéraux durent être souvent poursuivis devant les tribunaux. C’est ainsi que fut condamné à un mois de prison pour diffamation un rédacteur de la Srpska Nezavisnost qui s’était montré d’une particulière férocité envers le Hriséanski Vesnik et la nouvelle Hiérarchie. C’est à travers les polémiques et les pamphlets que l’on distingue assez précisément la physionomie du Métropolite Teodosije.

Todor Mraovié (ses ennemis le surnommeront familièrement Mraÿa), était né le 30 janvier 1815 à Baja. Il fit sa philosophie à Pecs, son droit à Pest et acheva ses études de Théologie à Sremski Karlovei. Il vint en Serbie en 1843 et aida le Métropolite Petar à réorganiser l’Église du Royaume. La même année, il entrait dans les ordres et était nommé professeur au Séminaire où il enseigna pendant 31 ans 1. Slobodan Jovanovié a admirablement campé le prélat au moment où il monte sur le siège métropolitain de Belgrade :

« Le nouveau Métropolite Teodosije portait sur son petit corps une grosse tête pourvue du nez aquilin et rouge d’un querelleur et d’un entêté : il marchait dans l’église avec une dignité théâtrale et avait conservé en ses vieux Jours un peu de cette science du chant dans laquelle il avait brillé dans sa jeunesse. Mais en dehors des solennités religieuses, c’était un homme insignifiant, considérant sa situation comme une sinécure : « Aimer, boire, et chatner » et avec cela jouer aux cartes, c'était le principal de sa vie. On ne pouvait

1 Pravoslavna Srpska Crkva u Kraljevini Srbiji, Belgrade, 1895, p. 231.

imaginer homme plus différent de son prédécesseur, le Métropolite Mihaiïlo. Petit et menu avec de faibles mouvements et une voix mourante, Mihailo avait l’air d’un pèlerin et d’un ermite, alors qu’en réalité c'était un révolutionnaire nationaliste et un partisan. Par ses bons côtés, il rappelait nos moines de l’époque turque — et par ses mauvais, nos popes politiciens ! ».

Six ans plus tard, un voyageur français tracera un amusant portrait du même Teodosije, alors supplanté par Mihailo :

« Précisément à cette époque la maison (la métropolie) changeait de locataire : le Métropolite Téodose avait dû céder la place au Métropolite Mihailo, qu’il avait lui-même expulsé cinq ou six ans plus tôt. Ces déménagements dont les chancelleries s’émeuvent paraissent ici fort ordinaires et font à peine tourner la tête aux passants. Je revis alors dans ma mémoire la figure joviale de l’excellent Téodose et ce petit œil juvénile qui faisait un si piquant contraste avec sa belle barbe d’argent ...»

Et plus loin :

«Je le vis à l’église, majestueux et décoratif, dans la carapace dorée de ses habits sacerdotaux ; puis le soir prenant le frais sur sa porte, causant familièrement avec tout le monde ; ou bien gai convive, un Jour de noce, et buvant à la santé des époux. Quel charmant prélat ! c’était un évêque selon le cœur de Béranger, le représentant sur la terre du Dieu des bonnes gens ?.. »

A. Il, qui n’éprouva pas toujours une vive sympathie pour le Métropolite Teodosije (nous verrons qu’à la fin de son pontificat il renoncera à le soutenir), a fait de lui cependant un très bel éloge funèbre dans lequel 1l rend un hommage ému à ses vertus. Le plus intéressant est qu’Ilié s’est efforcé de faire de Teodosije un disciple, et pour ainsi dire l'héritier spirituel du Métropolite Petar. Dans cette conception, il y avait une part de vérité. Quand il avait voulu entreprendre son œuvre de réforme disciplinaire, Petar avait tout d'abord créé le Séminaire. La première équipe de professeurs chargés de diriger cette future pépinière du clergé serbe était composée de Gavrilo, de Jov&ié, de Simonovié et enfin de Mraovié. Si, par son souci de culture et une certaine finesse, Teodosije se rapprochait plutôt de Petar que de Mihaïlo, il en différait essentiellement par le caractère. Petar était de tempérament plutôt compassé, avec des accès de tristesse. Au contraire, Mraovié est le type du prélat bon vivant. S'il s'était fait beaucoup d'amis à Sremski Karlovei, c'était en raison de sa bonne humeur et de sa gaieté. Il n’avait jamais eu

z Jovanovié (Slob.), Vlada Milana Obrenoviéa, t. IL, p- 417-418. * XXX, Revue des Deuz Mondes, 15 janv. 1890, p. 348.

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