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IDÉES DU NOUVEAU MÉTROPOLITE

Le discours par lequel le nouveau Métropolite inaugurait solennellement son pontificat fut comme une sorte de programme : Mraovié avait pu, immédiatement après son élection, se rendre compte des difficultés qu’il aurait à surmonter et de l’opposition qu’il rencontrerait dans le haut clergé. Mojsej que, dès le 29 mars, il avait pressenti pour savoir s’il consentirait à assister à la première réunion du Synode épiscopal, lui avait répondu par un refus grossier. Après une seconde invitation, l’évêque de Negotin lui avait déclaré qu’il n’y avait plus de Synode épiscopal « puisque l’élection du Métropolite, chef naturel du Synode, s’était faite d’une façon contraire à l’esprit des canons 1 ». Aussi Mraovié s’efforça-t-1l, dans son discours prononcé à l’église cathédrale, de se concilier les esprits en promettant une rapide pacification de l’Église. Il sut d’ailleurs proférer à l’intention de ses adversaires quelques menaces dissimulées sous les fleurs d’une rhétorique ecclésiastique :

«.. Je m’efforcerai, avec mes modestes moyens, jour et nuit, de rétablir dans l’Église de notre patrie la paix si désirée et l’ordre, afin que la piété puisse se renforcer chez notre bon peuple et que notre clergé soit davantage enflammé et enthousiasmé par la sainteté de sa tâche, et afin que nos prêtres soient les gardiens et les prédicateurs de la vérité, de la légalité et de l’ordre, qu’ils sèment et entretiennent chez notre peuple ces belles vertus chrétiennes qui fleurissaient jadis dans notre magnifique patrie ?. »

Le mandement que le nouveau Métropolite adressera à son clergé sera encore plus caractéristique ; les libéraux y relèveront avec fiel des formules équivoques et de consonance romaine : le Roi Milan était appelé le «premier fils et protecteur de la Sainte Mère l’Église ».

1 Crkveno pitanje u Srbiji, p. 84-87.

2 Hriséanski Vesnik, avril 1883.

Mraovié retraçait sa carrière : «J’ai servi l’Église trente ans comme professeur, et 40 ans comme prêtre ; après de tels services la Patrie m'a témoigné sa reconnaissance en me donnant la pension à laquelle j'avais droit... » Il définissait à nouveau la mission future du clergé qui était de pacifier les esprits mais il ne cachait pas que « particulièrement dans ces derniers temps, beaucoup de prêtres, sans doute dans le désir de faire du bien à leur peuple, s'étaient trompés de chemin ; ils avaient oublié leur devoir dans lequel personne ne pouvait les remplacer ! ».

LE CLERGÉ SERBE SOUS LA HIÉRARCHIE DE TEOoDOSIYE.

Les métropolites serbes se distinguent surtout les uns des autres par le souci plus ou moins grand qu’ils ont de maintenir la discipline intérieure de l’Église. Le Métropolite Petar avait fait œuvre d’organisateur et de réformateur. Quand on parcourt le recueil des règlements, des statuts et des ordonnances rendus par le Synode épiscopal, on peut constater que les bases fondamentales des constitutions organiques de l’Église serbe ont véritablement été conçues par Petar. Le Métropolite Mihaïilo n’a jamais prétendu laisser derrière lui une œuvre aussi considérable. Ce n’était pas une nature religieuse, quoi qu’on ait dit, mais un esprit politique préoccupé surtout de l’influence extérieure de l’Église, de son ascendant sur la vie intérieure de l'État comme sur sa politique étrangère. Intransigeant sur la question de son autorité personnelle, il se montrait beaucoup plus tolérant dans le domaine purement religieux ?. Nous avons vu que, dans le conflit qui l’opposa au Gouvernement serbe, ce furent des mobiles personnels qui l’inspirèrent plus qu’un réel souci de préserver contre toute atteinte les prérogatives ecclésiastiques. En fait, à l’avènement de Teodosije, on assiste à un certain relâchement du clergé. Nous pouvons en juger d’une façon indirecte par la multiplication des

1 HriSéanski Vesnik, avril 1883, p. 242-246.

2? C’est précisément ce que lui reprochait le Videlo : l’organe progressiste soutenait que la politique de Mihailo et son administration ecclésiastique ne s’étaient jamais conformées à celles de l’État. En servant les intérêts russes dans les Balkans, il avait négligé l'éducation religieuse du peuple. Quand il prétendait s’en occuper, c'était dans une direction contraire aux traditions religieuses serbes. Les progressistes reprochaient à la hiérarchie de Mihailo de n'avoir pas compris l'exemple donné par d'illustres prédécesseurs « qui entraînaient le peuple, la croix à la main, vers les luttes de libération et d’unification politique ». Et ils rejetaient sur Mihaïilo l'accusation de « papisme » que les libéraux, les premiers avaient inventée dans leur polémique avec Novakovié : « Ils (les évêques de : hiérarchie de Mihaïlo) ont commencé à prendre modèle sur le clergé catholique en introduisant dans le peuple, par leurs écrits, la superstition religieuse et une morale jésuitique ». (Videlo, 14 avril 1889.) :

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