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APOLOGIE DE LA HIÉRARCHIE DE TEODOSIJE

s’il était abandonné par la plupart de ses confrères et de ses subordonnés, conservait de nombreux amis politiques 1. En juin 1889, au lendemain de l’arrivée de Mihailo, le Videlo consacrait un long et courageux éditorial à la défense du prélat déchu et de sa hiérarchie. S’adressant au peuple serbe, le journal progressiste lui demandait s’il était vrai, comme se plaisaient à le proclamer libéraux et radicaux, que le désordre et l’anarchie aient régné dans l’Église depuis le départ du Métropolite Mihailo. Pourquoi, s’il en était ainsi, avait-on mis tant de temps à s’en apercevoir ? Pourtant les lois sur lesquelles l’ordre et la paix (ecclésiastiques) reposaient avaient été reconnues par tous les gouvernements : par le cabinet de coalition radicale-libérale, le cabinet radical de 1887-88, et l’actuel cabinet radical de la Régence. Quels étaient donc les hommes qui avaient intérêt à diviser de la sorte les consciences, en sapant les fondements d’une Hiérarchie que tous les esprits autorisés considéraient comme légitime ? « Quelques partisans personnels du Métropolite Mihailo et de l’évêque Jeronim, quelques popes veufs qui voudraient épouser des crosses épiscopales, ont pensé que le désordre et l'inquiétude étaient dans l’Église, alors qu’ils n'étaient que dans leur cœur ». Les inspirateurs de cette campagne n’étaient pas difficiles à trouver : « Nos frères russes, concluait amèrement le Videlo, ont estimé que l’Église serbe, sans le Métropolite Mihailo, n’était pas dans une situation normale, car ils voyaient toujours dans celui-ci non seulement le chaînon qui reliait l’Église serbe à la russe, mais encore le câble par lequel pouvait être attaché le bateau

politique de l’État serbe au bateau politique de la Russie. ? » Le

1 Le temps semblait cependant travailler pour la Hiérarchie de Teodosije. Assurément Mihaïilo, par son long exil, avait pris figure de martyr, et surtout le rapprochement et l’alliance électorale des radicaux et des libéraux lui permettaient de disposer d’une clientèle politique singulièrement plus vaste, puisqu'il pouvait désormais prétendre à l’appui du bas clergé. Toutefois, peu à peu, le fossé qui séparait les partisans des deux hiérarchies se comblait.-Ne voyait-on pas, au début de l’année 1889, un des plus farouches et des plus infatigables ennemis de la Hiérarchie « schismatique »;ile célèbre Nikanor RuZiëié, accepter de collaborer aux côtés de Teodosije et recevoir en récompense de sa soumission le diocèse de Zièa? La nouvelle de cette défection est bien faite pour agiter la bile d’Aleksa Ilié qui voit peu à peu fondre les cadres de ses effectifs. Pourtant, comme il a encore bonne mémoire — malheureusement pour ses ennemis — il se plaît à évoquer quelques souvenirs d'un passé proche qui ne doivent pas être très agréables au nouvel évêque. Il s’agit d’un petit livre rédigé par Nikanor en 1883, sous le couvert de l'anonymat, où il s’efforçait de prouver, avec la plus riche argumentation, que la nouvelle Hiérarchie était illégale et anticanonique;« par une singulière prescience», il tenait à prévenir charitablement ceux qui ambitionneraient une mitre d’évêque de la nullité des ordinations accomplies par le successeur de Mihaïlo.… (Hri$éanski Vesnik, mai-juin 1890, p. 369-72).

3 Videlo, 4 juin 1889.

Videlo ne partageait pas la déception d’Aleksa Ilié au sujet du Métropolite Teodosije, et faisait de lui un éloge sincère, le félicitant de son amour pour l’Église et la Nation.

Sans souscrire à cette opinion intéressée, il est juste de reconnaître que la hiérarchie de Mraovié sut franchir avec assez d’habileté les nombreux obstacles qui s’offrirent à elle. En dépit de son origine étrangère, elle se conciliait de larges masses du peuple orthodoxe serbe. Enfin, et c’est peut-être là l’essentiel, la « Hiérarchie anticanonique » laissa derrière elle une œuvre durable : la « Société de Saint Sava ». fondée en 1886, et destinée à propager la culture serbe à l’intérieur et en dehors des frontières du Royaume, reçut de la part des autorités ecclésiastiques serbes les plus larges privilèges. Le Métropolite Teodosije fut un des protecteurs les plus chaleureux de la nouvelle association, dont il installa les bureaux dans la Métropolie. Il eut d’autant plus de mérite que la « Société de Saint Sava » avait dû, dès son apparition, affronter de violentes attaques de la part des radicaux de la Samouprava !.

1 Spomenica Drustva Svetoga Save (1886-1936), Belgrade, 1936, p. 3-5.

Ces attaques radicales visaient surtout l'animateur de la Société de Saint Sava, Svetomir Nikolajevié, « renégat » du parti. « Dans l’idée des radicaux, le régime du roi Milan ne pouvait être renversé que par le fanatisme du parti radical. Éteindre la flamme de ce fanatisme sous les nobles prétextes du patriotisme et de l’humanisme, c'était sauver le roi Milan... » (Slob. Jovanovié, Vlada Aleksandra Obrenoviéa, t. II, Belgrade, 1935, p. 470-71, Prilozi).

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