MIHAILO ET L'ACTION SOCIALE DE L'ÉGLISE ORTHODOXE SERBE
Ce vieillard adulé par les uns, vilipendé par les autres, trouve cependant encore l’énergie, au soir de sa vie, d'accorder sa protection à des projets hardis, sur lesquels la presse serbe des années 90 se tait presque unanimement, tant est grande son indifférence pour tout ce qui n’est pas exclusivement politique. Pourtant, lorsqu’au printemps 1890, l’Académie des Sciences réclamera à la SkupStina la promulgation d’une loi assurant la conservation et la protection des monuments historiques, elle trouvera à ses côtés de nombreux ecclésiastiques et toute la Hiérarchie. C’est l’honneur de l’Église serbe de s’être vigoureusement opposée à la vente privée et au déplacement des iconostases, des icones et de tous les objets du culte
1 Srpska Nezavisnost, 11 juil. 1891.
2 Jbid., 13 janv. 1890.
Paëié conserva toujours son amitié à son ancien compagnon d’exil. Lorsque dans la grande assemblée cléricale de Kragujevac (1892) une importante fraction des prêtres, sous la direction d’Aleksaïllié, engagea une lutte violente contreile chef de l’Église, celui-ci s’en vint trouver le leader radical qui était alors Président du Conseil des Ministres et lui demanda de l’aider à venir à bout de ses adversaires. À en croire Ilié, Paëié aurait fait quelques réprimandes au Métropolite (« Avec le départ des évêques grecs le despotisme estiparti de l'Église. Il faut compter maintenant avec l'esprit du temps et avec le développement de la conscience nationale dans le peuple et à plus forte raison dans le clergé. Vous avez essayé de réintroduire l’absolutisme dans l’Église... ») En fait Nikola Paëié intervint auprès des prêtres radicaux de l’Assemblée et en particulier auprès de l’archiprêtre Miloje Barjaktarovié, pour qu’ils s’abstinssent d'attaquer. le Métropolite (Ilié, Moji doäivljaji, p. 144).
possédant une valeur historique. Ce souci de protéger le domaine artistique de la nation semble avoir été un monopole des milieux ecclésiastiques cultivés !.
L'Église orthodoxe serbe remportait une autre victoire aussi importante et également passée sous silence dans l’ensemble de la presse en obtenant la fermeture légale des boutiques le dimanche et les jours de fêtes religieuses. Bien des fois le projet était venu en étude à la Skupètina, mais il n’avait jamais été adopté. Grâce à une vigoureuse intervention de la Hiérarchie, et à la brillante action personnelle du député de Svilajnac, Dimitrije Katié, la nouvelle loi pouvait entrer en vigueur le jour de Pâques de l’année 1890. Il est intéressant de noter que cette loi, soutenue par des ecclésiastiques pour des fins religieuses, ‘fut interprétée par la Skupätina dans un sens laïque : nulle part on ne mentionnait la nécessité d’encourager l’assistance aux offices religieux. Mais on espérait seulement que cette réforme « permettrait à la jeunesse des affaires de se cultiver davantage »? et de prendre le repos physique indispensable.
Le MéÉTROPOLITE MIHAILO ET LA PROPAGANDE PAPISTE.
Si le « vieil homme » ne prétendait plus imposer à la politique extérieure de la Serbie une nouvelle orientation, du moins réussissaitil à lui imposer certaines de ses préventions.
Lorsqu’en novembre 1892 la presse serbe parle des premiers pourparlers engagés par le Gouvernement serbe en vue d’un concordat avec le Saint-Siège, on apprendra que la note pontificale transmise par le nonce du Pape à Vienne, Mgr Galimberti, sera soumise à l'examen du Métropolite serbe. Le Saint Père demandant l’autorisation pour les missionnaires catholiques de pénétrer en Serbie, le Métropolite Mihaïlo fera rejeter par le Gouvernement cette prétention sous le prétexte qu’il n’y a personne à convertir en Serbie, les 7 à 8.000 juifs et les quelques Turcs qui vivent dans le pays jouissant de la plus large liberté confessionnelle ?.
Jusqu’à son dernier souffle le Métropolite dénoncera le « péril noir », la menaçante invasion des papistes dont il finissait par avoir l’obsession :
« Combien il est difficile de lutter avec la Papauté, écrivait-il le 25 janvier 1897 à un de ses amis de Bosnie, cette Papauté puis-
1 Hriséanski Vesnik, {év.-mars 1890, p. 195.
? Hriséanski Vesnik, mai-juin 1890, p. 413.
3 Videlo, 18 nov. 1892.