‹ La Serbie et Son ÉgliseChapitre 173 sur 197 · L'ÉCHEC DU PROJET DE · texte numérisé non relu

L'ÉCHEC DU PROJET DE

il s'agissait du siège épiscopal du Timok qui se trouvait vacant en juillet 1890. Le gouvernement serbe avait son candidat, Dimitrije, homme d’une haute culture et de caractère loyal, mais auquel on reprochait d’avoir reconnu la « Hiérarchie anticanonique ». Les anciens évêques et le Métropolite Mihailo à leur tête se refusèrent à ouvrir leur rang au nouveau venu, à moins qu’il ne reniât son passé et ne déclarât publiquement que la Hiérarchie à laquelle il avait appartenu était illégale. Dimitrije refusa courageusement 1 Il trouva d’ailleurs un appui vigoureux auprès du Ministre de l’Instruction publique. En octobre 1890 le siège du Timok était toujours vacant. Mihailo opposait à Dimitrije un autre candidat, l’archiprêtre Stokié, président du Consistoire. Fatigué par ces discussions, Dimitrije avait quitté la Serbie pour poursuivre des études à Paris. Rappelé à Belgrade par le Gouvernement, il refusa à nouveau de renier la Hiérarchie de Mrasa. Le Ministre de l’Instruction publique intervint alors et, pour se venger de la sourde opposition de Mihailo, destitua Stokié de ses fonctions de président du Consistoire. Le conflit se poursuivit encore quelque temps, surtout sensible dans la presse religieuse, car il n’éveilla jamais un vif intérêt chez le grand public ni dans la presse d’opinion. Le siège du Timok resta vacant jusqu’en novembre 1891, où 1l fut attribué à Melentije ?.

L’éÉcHEc DU PROJET DE 1889.

Le nouveau projet reconnaissait la religion orthodoxe serbe comme religion d'État (art. 1). Il divisait l’Église en diocèses, archipresbytérats, vicariats et paroisses (art. 3). Les diocèses étaient ceux de Belgrade, de Nis, de Sabac et de Negotin, mais en plus on créait des sièges épiscopaux à Kragujevac (évêque de Sumadija et de Takovo), à Pirot (évêque de Nisava), à Studenica (évêque de Raëka, « gardien du Saint Roi »), à Vranje (évêque de Vieille Serbie) et à Loznica (art. 4). Le chef suprême de l’Église serbe recevait le titre d’Archevêque-Métropolite de Belgrade et Exarque de toute la Serbie (art. 5). Le projet de Constitution établissait une différence entre les quatre évêques principaux et les autres : les premiers jouissaient au Synode d’une voix délibérative, les seconds n’avaient qu'une voix consultative (art. 11). L’Exarque de Serbie était élu par un Sabor composé par tous les évêques des deux catégories, le grand Économe et tous les économes diocésains, les archiprêtres professeurs et les archiprêtres de district — enfin tous les archi-

1 Videlo, 8 juil. 1890.

2 Iriëcéanski Vesnik, sept.-oct. 1890, p. 620-627.

mandrites (art. 20). Les postes d’ « économe » étaient créés par le Projet : chaque économe veillait à la conservation des domaines du diocèse et restait en rapport avec la Chambre des Comptes. Le Grand Économe jouait le même rôle dans le diocèse du Métropolite- Exarque (art. 40).

Cette première rédaction du projet de loi, œuvre de l’impopulaire « triumvirat d’archiprêtres » Jovitié-Stokié-Pavlovié 1, était très mal vue dans le clergé. Aussi le projet ne rencontra-t-il qu’un accueil très réservé, d'autant plus que l’on savait que l’évêque Nikanor était lui aussi intervenu pour imposer quelques-unes de ses conceptions. Or Nikanor restait la « bête noire » du bas clergé, l'ennemi juré des popes de campagne ?. On ne pouvait donc avoir confiance dans un projet où apparaissait sa griffe et qui, s’il était transformé en loi, serait pire pour le clergé que celui qui existait avant la loi actuelle, « c’est-à-dire une loi datant du temps du plus brutal absolutisme en Serbie # ». Les reproches adressés au nouveau texte étaient multiples. Une des plus grandes objections était l’emploi du nom d’Exarque pour le chef de l’Église orthodoxe serbe : objection d’autant plus caractéristique qu’elle n’est nullement motivée par le fait que l’Exarque est le chef d’une Église ennemie, encore moins par le fait qu’il est à la tête d’une Hiérarchie « héré- tique ». On estimait seulement dans les milieux ecclésiastiques serbes que le titre d’exarque ne représentait dans la titulature orthodoxe qu’un degré hiérarchique relativement inférieur, indigne du chef spirituel du Royaume. Il était bien plus avantageux de «rétablir » le Patriarcat (en affectant de considérer que le Patriarcat de Peé n’avait pas encore eu de successeur). Position d’autant plus avantageuse que ni la Russie, ni la Grèce, ni la Roumanie n’avaient de patriarches *. L’archimandrite Duëié proposait même de fixer la restauration du Patriarcat au jour de la majorité du roi Alexandre °. Il semble aussi que l’opinion publique ait été vivement choquée par la dureté des châtiments prévus par le Projet pour les popes coupables de fautes disciplinaires. L’epitimija était bien plus lourde que toutes celles qui avaient été prévues par les Constitutions antérieures : les prêtres punis étaient soumis à un régime rigoureux de réclusion dans un monastère sous l’étroite surveillance de ligoumène (art. 143). Que trahissait cet article, s’écriait le Hriséanski Vesnik, si ce n’est l’évidente volonté de la Hiérarchie

Voir plus haut, p. 420.

Hriséanski Vesnik, sept.-oct. 1889, p. 699.

Ibid., p. 699.

Hriséanski Vesnik, décembre 1889, p. 933.

Ibid., décembre 1889, p. 933.

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