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L’ÉCHEC DU PROJET DE

d’humilier le bas clergé et de contribuer à l’éloigner davantage encore de l’Épiscopat ? Peut-être aussi exprimait-il plus clairement le désir d’humilier le clergé séculier sous les yeux du clergé régulier si cher au cœur de Mihailo 1. Autre objection non moins grave : on reprochait au « Triumvirat d’archiprêtres » d’avoir exclu du Synode épiscopal tous les représentants du bas clergé. Même les archimandrites n’y pouvaient participer.

L'article 29 avait soulevé, lui aussi, une tempête de protestations : il interdisait les fonctions épiscopales à quiconque n’était pas citoyen serbe de naissance. Ainsi le « Piémont serbe » refusait d’accepter dans le sein de son Église ceux deses enfants qui n’avaient pu naître dans l’intérieur des frontières du Royaume. Une mesure aussi mesquine est incompréhensible, s’écriait le Hriséanski Vesnik,« après les leçons amères que nos frères bulgares ne cessent de nous donner en Macédoine... ? »

Le Métropolite serbe Petar, qui s'était acquis de tels mérites en réorganisant l’Église et en créant tant d'institutions aussi utiles à la vie de la foi, avait-il été un «ressortissant serbe » ? D’ailleurs il suffisait de jeter un regard sur les autres Églises orthodoxes pour se convaincre que nulle part n’existait une condition aussi absurde. Un Métropolite de Moscou, le Métropolite Cyprien, avait été d’origine serbe. Au Monténégro, ni le Métropolite Mitrofan, ni son prédécesseur n’étaient d’origine monténégrine. Ce n’était certes pas un moyen de faire de la propagande pour l’idée d’unification politique que d'introduire un semblable égoïsme dans une Église qui devait être ouverte à tous les hommes de bonne volonté à condition qu’ils fussent Serbes et orthodoxes.

Une autre critique visait l’article 32, interdisant à tous les évêques de prendre une initiative grave sans en référer et en discuter préalablement avec l’Exarque. Nombreux étaient les prélats qui voyaient dans cet article l'affirmation du « pouvoir absolu » de l’Exarque et on n’était pas loin d’attribuer à Mihailo le dessein de ssacrifier à son despotisme les « antiques libertés » de l’Église orthodoxe : il est vrai que ces libertés n’avaient jamais existé que dans les imaginations de ceux qui faisaient leur éloge. En fait Mihailo s’efforçait de substituer peu à peu dans son Église à l’oligarchie épiscopale un régime monarchique : pour le bas clergé séculier monastique il n’y avait pas grand changement ÿ.

1 On disait couramment du Métropolite « qu’il préférait un moine à vingt popes ». (Ilié, Moji dozivljaji, p. 72).

2 Hriséanski Vesnik, sept.-oct. 1889, p. 703.

3 Hri$éanski Vesnik, sept.-oct. 1889, p. 703.

Par un singulier paradoxe, en 1889, c’est le Hriséanski Vesnik qui défend l’Église contre les entreprises du Gouvernement. Or ce dernier s’inspire désormais de l'exemple russe. A l'instar du Procureur du Saint-Synode il veut créèr en Serbie les fonctions de « Commissaire Royal » auprès du Synode (art. 15). L’archimandrite Dutié avait beau jeu pour prouver que ce Commissaire deviendrait fatalement l'interprète des volontés gouvernementales et que ses interventions constitueraient d’intolérables violations de l’autonomie synodale 1. Il récusait l'exemple de la Russie invoqué par les rédacteurs du Projet : l’'Oberprokuror russe ne pouvait absolument pas être comparé au Commissaire Royal envisagé. Il jouait simplement le rôle d’intermédiaire entre l'Empereur et le Saint-Synode. Même, étant donné qu'il n’existait pas en Russie de Ministre des Cultes, on pouvait dire qu’il le remplaçait. Il était de même tout à fait déplacé, ajoutait Duëié, d’alléguer l’exemple du Commissaire Impérial Austro-Hongrois qui, s’il procédait à l’inauguration et à la conclusion des débats synodaux, n’avait pas le droit d'intervenir ni même d'assister aux séances ?.

Un autre article fit scandale : l’article 28 déclarant que « pouvait être évêque... tout ecclésiastique des deux ordres jouissant de l’estime générale par sa haute préparation théologique, son zèle et sa vie modèle. » C’était contrevenir à la règle la plus vénérable de l’Église orthodoxe, consacrée par la plupart des Conciles : non pas, contrairement à ce qu’on pense généralement, qu'il fût impossible à un prêtre séculier de devenir évêque s’il remplissait toutes les conditions exigées : on le nommait d’abord archimandrite et on lui conférait ensuite l’épiscopat, mais on exigeait alors du prêtre qu’il ne fût pas marié ou bien qu’il fût veuf. Or le nouvel article ne tenait nullement compte de ces conditions. Si on persistait à le maintenir on pouvait fort bien voir dans l’Église de Saint Sava des évêques mariés et pères de famille. Bien qu’on ne vît point si cette innovation schismatique était le résultat d’une erreur involontaire ou avait été introduite sciemment, une vive indignation s’éleva contre

une « monstruosité » qui risquait de compromettre la dignité de l'Église 5. |

? Duëié (Niéifor), Primjedbe na projekat zakona o crkvenim vlastima pravoslavne crkve u Kraljevini Srbiji, Belgrade, 1889.

? Hri$éanski Vesnik, déc. 1889, p. 938-939.

3 Hri$éanski Vesnik, déc. 1889, p. 938-539.

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