‹ La Serbie et Son ÉgliseChapitre 180 sur 197 · UN PONTIFICAT ORAGEUX · texte numérisé non relu

UN PONTIFICAT ORAGEUX

LE MÉTROPOLITE INOCÉNTIE.

ÉLEcTIoN D'UN NOUVEAU MÉTROPOLITE.

Lorsque le 5 février 1898 on apprendra en Serbie la mort du Métropolite Mihaiïlo, l'unanimité se fera dans toute la presse pour célébrer les vertus et les mérites du défunt. Les querelles du passé seront définitivement oubliées. Tous les partis seront d’accord pour faire du Métropolite disparu l’incarnation du patriotisme le plus farouche, Même dans les pays où il avait rencontré les adversaires les plus irréconciliables, chacun se fera un devoir de trouver pour l’ancien chef spirituel du peuple serbe une parole d’éloge ou d’admiration. La presse russe sera naturellement la plus élogieuse. Le Budapesti Hirlap, lui-même, consacrera au Métropolite Mihaiïlo un long article dans lequel le pasteur sera glorifié comme « le Pape de l’Orient »t,

Pour l’historien, le Métropolite Mihailo est la figure la plus marquante et la plus représentative de l’histoire de l’Église serbe. Il a servi celle-ci sous tous les Obrenovié : Miloë, Michel, Milan et Alexandre. Il a été aussi «le collaborateur, l’ami et le compagnon des leaders du parti libéral : Ristié, Gruyjié, Milojkovié, Tucakovié et tous les autres...?» Par son énergie, son influence, l’éclat de sa disgrâce, le Métropolite Mihailo était, de l’avis même des contemporains, non seulement un homme d’Église, mais un des hommes politiques les plus éminents de son époque.

Trouver un successeur à un tel homme n’était point chose facile, d'autant plus que le Gouvernement eût voulu qu’on en finît une fois pour toutes avec l’épuisante querelle des « deux hiérarchies ». C’est ce qui fit écarter la possibilité d’une élection de Dimitrije, qui avait déjà soulevé autour de son nom trop de passions, bien que ce fûtun prélat distingué, intelligent et érudit. Il fallait trouver un homme

1 Vesnik Srpske Crkve, fév. 1898, p. 117.

2 Zivanovié (Ziv.), Politiéka istorija Srbije, t. IV, p. 33.

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dont le caractère fût assez souple pour éviter le retour des tragiques conflits des années 80 et qui, d’autre part, eût une poigne assez ferme pour ramener à l’obéissance un clergé encore trop turbulent. Le Sabor électoral crut discerner ces-qualités dans la personne de l’évêque de Nis, Inoéentije. Celui-ci obtint au scrutin 25 voix contre 6 à Melentije, 3 à Dimitrije et 2 à Sava !.

Inoéentije était né le 127 août 1840 à Sabac ; c’était donc un pur Serbe. Il était le fils d’un archiprêtre de Sabac, Jovan Pavlovié, qui avait eu son temps de célébrité, lors de la Skupètina de la Saint- André, en qualité de député, détail qui devait valoir au futur Métropolite une présomption assez avantageuse de loyalisme dynastique. Le jeune Jakov Pavlovié avait fait ses études au Séminaire de Belgrade où il suivit deux classes. Puis, comme il s’avérait un élève remarquable, il fut envoyé, en 1856, en Russie, où 1l fut reçu d’abord au Séminaire, puis à l’Académie spirituelle de Kiev. Il y acheva définitivement ses études théologiques en 1863. Aleksa Ratarac, qui s’efforça plus tard d’incarner en Inoéentije le type du mauvais élève, soutint qu’il ne restait aucune trace des études d’Inoéentije en Russie et que sur les 40 boursiers serbes qui suivaient les cours des Académies spirituelles, Jakov Pavlovié avait été le seul qui se fût révélé incapable de conquérir aucun diplôme, « si ce n’est le titre sans valeur de Ljubitelj duhovnog prosvjesëenija ?

Après ses études, le futur Métropolite se maria avec la fille d’un archiprêtre russe, Ksenija, femme pieuse et très cultivée qui eut sur son mari une grosse influence. Dès son retour en Serbie il entra dans les ordres, puis fut nommé professeur au Gymnase de Kragujevac le 17 décembre 1864. De 1864 à 1870 il remplira également les fonctions d’aumônier militaire de la garnison de Kragujevac et de prêtre de la prison de la ville, où il sera à même d’acquérir une riche expérience humaine. En 1870 il était nommé professeur au Séminaire de Belgrade. Quatre ans plus tard il était appelé à la direction de cette institution. En 1877 il était nommé professeur d'Histoire Sainte à l’école supérieure religieuse. De 1880 à 1886 il occupa un poste très important au Ministère de l’Instruction publique et des Cultes, celui de directeur du Département religieux. Ainsi il eut à s’occuper des rapports de l’Église et de l’État pendant la période la plus troublée de leur histoire, celle de la Hiérarchie « anticanonique ». En 1886 il dut abandonner son poste qui fut alors supprimé et il redevint Recteur du Séminaire de Belgrade, jusqu’en 1893, année à laquelle il fut mis à la retraite. L’année précédente il avait

1 Vesnik Srpske Crkve, fév. 1898, p. 118.

? Ratarac (Aleksa), Mitropolit Inokentije pred sudom javnosti à svetoga Sabora arhijerejskog, Belgrade, 1904, p. 2-3, et Ilié (A.), Moji dotivljaji, p. 180.

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