LE MARIAGE DU ROI ALEXANDRE
l'expérience de ses prédécesseurs, qu’il n’était point aisé de venir à - bout d’un A. Ilié. L'affaire n’eut pourtant pas d’autre publicité (il nous est difficile de savoir ce qui s’était passé étant donné le mutisme général de la presse. À en juger par les éclats postérieurs dont les Journaux parleront plus explicitement, il semble bien que le Métropolite ait été pour la première fois victime de l’inconduite des siens) *. Sa position ne fut cependant pas compromise car une haute protection le mettra à l'abri de toutes poursuites. Le roi Alexandre ne pouvait oublier en effet que c’était grâce à la faiblesse du Métropolite Inoéentije qu’il avait obtenu de l’Église orthodoxe serbe l'autorisation d’épouser Draga Maëin. Dispense qui, à vrai dire, avait été arrachée au chef de l’Église. Le 7 juillet 1900, le Roi avait annoncé son mariage au Métropolite en lui demandant la bénédiction de l’Église. Après une « longue » réflexion, et bien qu’il désapprouvât intérieurement la décision royale, Inoéentije avait envoyé au Roi, le 9 juillet 1900, la lettre suivante :
« Quand Votre Majesté, le 7 de ce mois, a bien voulu me faire part de son intention d’épouser Madame Draga Maëin — née Lunjevica —, je lui ai déclaré que la Sainte Église considérait comme un mariage déraisonnable le mariage dans lequel le mari est beaucoup plus jeune que la femme. A cette occasion je me devais également à moi-même de déclarer comment le peuple serbe envisageait le mariage d’un homme se mariant pour la première fois avec une femme convolant en secondes noces. Outre ces considérations, J'avais évoqué les raisons d’État dont il fallait tenir compte lorsqu'un Souverain se mariait. Enfin, j'ai prié Votre Majesté de ne rien entreprendre en cette affaire avant d’avoir pris conseil de Ses plus naturels et plus grands amis — Vos Parents, par l’intermédiaire desquels le Seigneur miséricordieux Vous a fait don de la vie. Outre ces amis que je ne saurais oublier en aucun cas, j’ai prié Votre Majesté d’écouter les conseils et l’avis de personnes qui vous sont sincèrement dévouées et qui vous diront seulement en leur âme et conscience ce qu’elles doivent vous dire.
« Enfin, bien que j'aie de la sorte accompli intégralement mon devoir de chef spirituel et de citoyen envers le Trône de la Patrie, j'ai moi-même, hier soir, prié à nouveau Votre Majesté de remettre la décision de cette question jusqu’à ce qu’ Elle ait entendu les conseils et l’avis de ces personnes qui ont donné à Votre Majesté des preuves de la meilleure volonté.
«Mais, quand Votre Majesté a bien voulu me dire qu’Elle avait déjà fait part de Ses intentions à Son Haut Parrain — Sa Majesté l’'Em-
t Hri$éanski Vesnik, nov.-déc. 1901, p. 47.
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pereur de Russie, et à Ses Nobles Parents ; et quand Elle m'a dit qu’Elle avait déjà fait une démarche publique — les fiançailles — et qu’Elle avait signifié Ses intentions au peuple serbe par une proclamation, alors en déclarant qu’il n’y avait plus d'autre issue que l’abdication ou la bénédiction de la Sainte Église que Vous avez demandée par Votre lettre d’hier, et qu’une telle situation commandait ma décision, je me suis trouvé dans l’obligation de ne rien faire de mon côté qui puisse être contraire à la dignité du Trône. C'est pourquoi, en vertu des pouvoirs qui m'ont été conférés par le Seigneur, je donne à Votre Majesté la bénédiction pastorale pour le mariage qu’'Elle projette.
« Que la grâce divine protège Votre Majesté et la Serbie, et que dorénavant seulement le bonheur, le bien et le progrès descendent du Trône sur le peuple serbe... ! »
En tolérant et en bénissant un mariage aussi contraire aux canons de l’Église, Inoéentije avait lié sa destinée à celle de la dynastie des Obrenovié. Peut-être ne l’avait-il pas compris lui-même. Lorsque deux ans après, dans la nuit tragique du 28 au 29 mai 1903, Alexandre et Draga eurent disparu, au lieu de se retirer aussitôt de son siège métropolitain il eut l’impudence de bénir au nom de l’Église orthodoxe serbe la conjuration militaire qui avait coûté la vie aux deux souverains. Le lendemain même de l'assassinat il célébrait du haut de l’autel l'intervention « chrétienne » de l’armée qui « avait sauvé la Serbie d’un nouveau Néron ? ». L'opinion publique serbe, bien
1 Texte publié par Jovanovié (Aleksa S.) dans sa brochure : Ministarstvo Alekse S. Jovanoviéa, Belgrade, 1906, p. 152-53 ; voir aussi Ilié (A.), Moji dozäivljaji, p. 220.
Le plus intéressant dans l’affaire est que le Roi ne crut jamais avoir enfreint par son mariage les commandements de l’Église orthodoxe. Au contraire de son père, Alexandre Obrenovié était une nature foncièrement religieuse. Il aimait beaucoup aller à l’église et faisait preuve d’un grand recueillement. Dans sa jeunesse il avait même été accessible à un certain mysticisme. Il réclamait de ses précepteurs que ceux-ci lui content des histoires « effrayantes » « les plus effrayantes possibles, suppliait-il, terribles comme Dieu »). Du$anS. Nikolajevié a tracé d'Alexandre le portrait d’un souverain hamletique. Cf. l’article : Pred proi april 1893 dans le journal belgradois Pravda du 5 juin 1928 ; voir aussi E. Haumant, La formation de la Yougoslavie, Paris, 1930, p. 390.
? Ilié (A.), Moji doäieljaji, p. 210.
L'Eglise serbe orthodoxe fut cependant obligée de participer aux obsèques nocturnes et hâtives du Roi et de la Reine. Le service funèbre fut célébré par l'archiprêtre Nikola Bozié. CI. Vasié (Dragi$a), Devetsto treéa (Majski prevrat), Belgrade, 1925, p. 125.
qu’elle fût à peu près entièrement hostile aux Obrenovié, fut révoltée de voir apporter une consécration religieuse à un règlement de compte qui ne regardait en rien l’Église. Inoéentije devint pour le peuple « l’homme à tout faire », «l’homme à tout bénir », qu’il s'agisse d’un mariage anticanonique ou d’un assassinat!., Le nouveau monarque, le roi Pierre, ne pouvait éprouver de sympathie envers un prélat qui avait témoigné une telle lâcheté et une telle faiblesse de caractère, bien qu’Inoéentije eût eu l’idée adroite, pour tenter de se réhabiliter, d'organiser pompeusement le couronnement du Roi à Ziëa, renouvelant par là une pratique interrompue depuis Uroë V Nemanyié ?.
Aussi les critiques qu’une censure sévère avaient jusqu'ici réprimées purent-elles se donner libre cours sous le régime libéral des Karadjordjevié. Dès le mois de mai 1904 les premières manifestations hostiles apparaissent. La Skupétina elle-même s'inquiète des bruits qui courent sur la conduite du chef de l’Église. 36 députés signèrent une pétition exigeant la mise en accusation devant le Synode épiscopal du Métropolite Inotentije. Cette pétition fut rendue publique par le Dneoni List. Devant l’émotion qu’elle provoqua dans l’opinion publique les évêques demandèrent au Métropolite, soit qu'il attaquât devant les tribunaux la rédaction du Dnevni List, soit qu’il confiât toute l’affaire au Synode. Inoéentije préféra porter plainte devant le tribunal de première instance de la ville de Belgrade. Par cette seule décision il se perdait, car la plupart des témoins à charge firent la preuve devant le tribunal de ce qu’ils avançaient, et le procès du Dnepni List devint celui du chef de l’Église %. Le peuple qui nourrissait envers celui-ci une hostilité sourde faite de méfiance, d’antipathie et d’envie plus que de haine recevait sans critique les racontars du premier venu et les calomnies les plus monstrueuses. On accusait Inoéentije de favoriser la propagande papiste “ N’était-ce pas l’éternei soupçon qui, sauf Petar, n’avait épargné aucun Métropolite serbe ? On lui reprochait également de déserter son poste et de passer la plus grande partie de son temps dans des villes d’eaux étrangères. La presse libérale elle-même, habituellement plus déférente pour le chef de l’Église, ne l’épargnait plus. Des feuilles libérales publièrent des caricatures où l’on vit le Métropolite serbe en villégiature à Karlsbad, se prélassant grotesquement affublé d’un haut de forme 5, Chacun s’attachait à rendre Ino-
1 Hri$éanski Vesnik, mai 1904, p. 601.
2 Hriséanski Vesnik, août-sept. 1904, p. 555.
3 Hriséanski Vesnik, mai 1904, p. 290, et Ilié (A.), op. cit., p. 229-232. 4 Hrigéanski Vesnik, mai 1904, p. 730, et Ilié, op. cit., p. 212.
5 Jbid., p. 605.
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éentije responsable de la démoralisation de l'Église et de celle de la nation serbe : les lois étaient impuissantes, disait-on, à créer la vertu, mais l’Éelise était impuissante à en donner le goût. Et de bons esprits s’alarmaient à juste titre de cette carence religieuse. Quand la Serbie était esclave, disait Ceda Mijatovié, l’Église lui donnait la liberté spirituelle «et maintenant qu’elle était libre l’appui de l'Église lui faisait défaut 1 ». Le haut clergé se séparait d’ailleurs du Métropolite. L’évêque Melentije était un des plus acharnés à dé-
couvrir chez Inoéentije de nouvelles tares ou de nouveaux vices. Il
rédigeait des Mémoires au Synode épiscopal qui faisaient écho à la
« plainte des 36 ».
Lorsque le clergé apprit que le Tribunal de Belgrade avait admis vingt chefs d'accusation contre le Métropolite, ce fut une véritable débandade. C'était à qui jetterait la pierre au malheureux pécheur. L’archimandrite Hilarion Vesié, recteur du Séminaire de Prizren, une des voix les plus autorisées du monde orthodoxe serbe, écrivit à l’évêque de Ziëa, Sava, une longue lettre sur «la destinée du Métropolite Inoéentije ». Cette lettre, lorsqu'elle fut publiée dans le n° 20 du Dnevni List, fit d’autant plus sensation que l’on savait qu’'Hilarion avait jadis été très lié avec Inoéentije ?. Enfin un dernier scandale
égayait la capitale. La Pohtika racontait, le 2 janvier 1905, l’événement stupéfiant qui s'était déroulé à la Métropolie dé Belgrade. L’évêque de Sabac, Dimitrije, avait envoyé auprès du Métropolite un pope de Kragujevac pour solliciter un congé. Inoéentije mis en fureur par une remarque du pope était tombé sur lui à coups de poings et à coups de pieds et, se colletant avec lui, l’avait jeté dehors, tout sanglant, en lui criant : napolje bezobraznice ! Ces façons peu ecclésiastiques avaient déchaîné l’hilarité de la presse qui faisait des gorges chaudes de l’incident #.
On chuchotait qu’un proche parent du Métropolite, ramenait, au su de tout le monde, des femmes de mauvaise vie à l’intérieur de la Métropolie, n’hésitant pas à ouvrir avec une fausse clé la chambre réservée à l’évêque de Zita, car celle-ci, plus confortablement meublée, se prêtait mieux à ses ébats. Il n’était pas de nuits où ces locaux destinés à la prière et à la retraite ne se transformassent en un vrai cirkus, selon la savoureuse expression d’un témoin #.
La déposition d’A. Ilié, promoteur de la campagne, le 7 avril 1904 devant le Tribunal belgradois, fut naturellement encore plus acca-
blante: «Alors que le parent de M. le Métropolite était au Séminaire
? Tbid., janv.-fév. 1905, p. 8.
? Hriséanski Vesnik, janv.-fév. 1905, p. 65.
# Hriséanski Vesnik, janv.-fév. 1905, p. 68, et Politika, 2 janvier 1905. 4 Ratarac, op. cit., p. 27.
et qu’il n’était pas encore parti en Russie pour y poursuivre ses études théologiques, j'ai aperçu parfois quand je me rendais à la Métropolie une femme « douteuse » (sic) sortant de la chambre où habitait le parent de M. le Métropolite et j'ai appris par d’autres personnes que ce jeune homme menait une vie débauchée dans la Métropolie et qu’il faisait venir chez lui jour et nuit des filles publiques.. ? » Et il concluait qu'ayant rendu visite à un de ses amis russes, Jukijevié, correspondant des Sanktpeterburskija Védomosti, qui logeait à l’Hôtel National de Belgrade, celui-ci lui avait fait part de son indignation d’avoir vu chaque nuit le parent du Métropolite emmener une femme de chambre de l'hôtel dans la Métropolie : « Qu'est-ce qu’il arrive, baëu$ko, à votre Métropolie ? Elle est devenue un vrai bordel ? ». Un séminariste indiscret fut à même de donner de croustillantes précisions sur les « orgies » de la Métropolie. Le gaillard avait puisé ses informations à la source même, c’està-dire de la bouche d’une prostituée, hôtesse régulière de la Métropolie. La fille révéla que les scènes de désordre et d’orgie qui se déroulaient soi-disant dans cette maison, non seulement étaient connues du Métropolite, mais avaient parfois lieu en sa présence.
Quand, en laissant de côté ces rapports controuvés, on veut dégager les défauts et les erreurs du Métropolite Inoéentije, on s’aperçoit que son grand malheur est d’avoir été un veuf, père de famille, Le Métropolite ne savait rien refuser à ses enfants qui surent admirablement de leur côté exploiter la haute situation de leur père.
Les griefs désormais allaient se multipliant, devenant presque quotidiens. On ne comptait plus les fautes d’Inoéentije contre la doctrine orthodoxe. Il semblait « qu’il eût sa religion à lui » et ne se souciât nullement des canons n1 des lois. On le vit consacrer une seconde fois la première pierre du fameux temple de Saint Sava à Belgrade, cérémonie à laquelle le Métropolite Mihaïlo avait déjà procédé 5%. On le vit aussi accorder sa bénédiction à un manuel d’instruction religieuse dans lequel il était imprimé que la « Vierge Marie avait enfanté Jésus-Christ seulement en tant qu'homme “ », ce qui signifiait couvrir de son autorité métropolitaine l’hérésie maintes fois condamnée des Nestoriens,
L’instruction qui se poursuivait contre le Métropolite allait révéler bien d’autres «indignités » du chef de l’Église serbe. Un député radical, ancien élève du Séminaire de Belgrade, Aleksa Ratarac, n’hésita pas à publier dans une brochure qui fit scandale les fautes imputées
1 Ratarac, op. cit., p. 34-35.
2? Ratarac, op. cit., p. 35, et Ilié (A.), op. cit., p. 182. 8 Hriséanski Vesnik, janv.-fév. 1905, p. 68.
4 Hri$éanski Vesnik, mars-avril 1905, p. 149.
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au haut prélat. En tête de son réquisitoireil déclarait que, « depuis la libération de la Serbie, à la tête de l’Église serbe il n’y avait jamais eu un pasteur plus faible, moins préparé et plus indigne que le Métropolite Inoéentije 1 ». C’était sous son règne que l'Église avait abandonné sa mission divine et son rôle national et qu’elle était devenue « l’instrument de vils desseins politiques ? ». Ratarac en venait enfin à des accusations plus précises : celles portées déjà par le Dnepni List. Le Métropolite Inoéentije était accusé de simonie, de prévarications, de malversations, de « pillage » de monastères, de concussions. Il semblait que de tous les coins de la Serbie une multitude de prêtres se fussent donné un mot d’ordre pour accabler le malheureux prélat. Ventes de paroisses, trafic des choses saintes, ce sont là reproches qui à certaines époques réapparaissent dans l’histoire de toutes les Églises. Il semble pourtant que ces accusations, pour aussi précises et aussi justifiées qu’elles fussent, firent moins impression sur le public serbe que les bruits qui couraient sur la moralité du Métropolite. Tous ces commérages parurent recevoir une espèce de confirmation lorsque l’opinion publique serbe connut les premiers résultats de l’instruction. Ce fut à nouveau la moralité et la conduite privée du Métropolite qui furent mises en cause. Le Tribunal, hostile au prélat, avait accueilli les dépositions les plus accablantes mais aussi les plus suspectes. Il y eut un témoin qui affirma que la cuisinière Milka, qui servait chez le Métropolite, lui avait raconté « qu’elle se rendait chaque soir dans la chambre du Métropolite et y restait jusqu’à 11 heures du soir, en lui lisant les journaux et lui chatouillant la plante des pieds ». «Ce qu’elle fait là-bas, concluait le témoin, je nesais pas, mais elle m’a raconté qu’elle lui chatouille la plante des pieds et le balance sur sa chaise; à un moment, tandis qu’elle le balançait, le Métropolite voulutla culbuter, mais elle s’enfuit à temps en poussant les hauts cris. Le Métropolite perdit contenance et lui donna 10 dinars pour se calmer et ne parler à personne de cet incident... ® ». Le rôle « suspect » de Milka était également souligné par d’autres témoins qui affirmaient la réalité de « rapports immoraux » entre le Métropolite et sa domestique #.
Le Métropolite Mihailo avait fait aménager près de la Métropolie une maison qu'il destinait aux membres du Grand Tribunal Spirituel lorsqu'ils venaient de leur province pour assister à ses sessions, afin qu'ils n’eussent pas à loger dans des hôtels. Le Métropolite Inoéentije s'était empressé de transformer cette institution utile en apparte-
1 Ratarac (Aleksa), op. cit., p. 2.
? Ratarac, op. cit., p. 4.
Ratarac, op. cit., p. 25, et Ilié (A.), op. cit., p. 227. 4 Ratarac, op. cit., p. 27.
ments pour ses enfants, fils ‘mais aussi filles mariées avec leur famille. Les journaux belgradois rappelaient précisément avec amertume que lorsque ce grand patriote, le Métropolite de Skoplje Firmilien, était venu à Belgrade pour y mourir, il n’avait pu trouver pour se loger qu’une chambre d’hôtel !. Un autre défaut d’Inoéentije était une certaine rapacité qui le portait à tirer le plus de profit possible des taxes et amendes ecclésiastiques qu’il était autorisé à lever, et une certaine habileté à faire coïncider la nomination aux fonctions d’igoumènes ou de popes avec la perception de dons « volontaires » fort lucratifs. Tel ce séminariste deux fois refusé aux examens de prêtrise du Séminaire de Belgrade et qui s’était décidé à verser au Secrétaire du Métropolite la somme de 800 dinars pour recevoir l’autorisation de se présenter devant le jury du Tribunal spirituel qui le reçut naturellement magna cum laude ?.
Devant des révélations aussi graves il fallait envisager une punition sévère. La plupart voulaient déférerle Métropolite devant un Tribunal spécial : soit le Synode épiscopal augmenté de hautes :personnalités religieuses, soit même un tribunal mixte civil et religieux. Certains proposaient même d’accuser le Métropolite devant le Patriarche de Constantinople 5. Au début du mois de mars 1905, ce dernier, alerté par les ennemis d’Inoéentije, lui avait envoyé un « questionnaire » sur son activité, auquel il était prié de répondre dans le plus bref délai 4. Mais « l'affaire Inoéentije » allait trouver une solution imprévue. Le 19 mai 1905 Belgrade apprenait la mort du Métropolite. Le même jour on connaissait la nouvelle de l’anéantissement de la flotte russe à Tsou-Shima °. Tandis que les orthodoxes partageaient de tout cœur le deuil de la grande Russie, ils éprouvaient un inexprimable soulagement à voir se résoudre ainsi le douloureux conflit qui déchirait l’Église. Pour beaucoup d’âmes pieuses l’Église n’avait moralement plus de chef depuis le lendemain de la nuit du 29 mai 1903 où un Métropolite avait béni le meurtre de deux souverains serbes f,
1 Ratarac, op. cit., p. 36.
2 Ratarac, op. cüit., p. 25.
3 Hriséanski Vesnik, mars-avril 1905, p. 243. 4 Ilié (A.), Moji dotivljaji, p. 208.
5 Politika, 19 mai 1905.
6 Ilié (A.), op. cit., p. 233.