CHAPITRE XVIII
DissENSIONS AU SEIN DE L'ÉGLISE.
Il avait été relativement aisé de changer la haute Hiérarchie. Les évêques «anticanoniques » s’étaient effacés d’assez bonne grâce devant Mihailo et ses collègues. Il était moins facile de modifier la composition des tribunaux spirituels. Ces derniers étaient restés les mêmes depuis le Métropolite Teodosije. Dans beaucoup d’entre eux régnait un esprit d'indépendance qui ne s’accordait guère avec la nouvelle orientation de l’Église. Ils constituaient deredoutables ennemis intérieurs que la nouvelle hiérarchie ne pouvait négliger. On le vit bientôt quand Mihailo s’efforça de passer outre aux volontés d’un duhovni sud provincial. Lorsqu’en vertu de la nouvelle loi sur les autorités ecclésiastiques de 1890, l’assemblée cléricale du doyenné de PoZarevac choisit pour archiprêtre, à l’unanimité des votants, Zivko Ivanovié 1, le Métropolite Mihailo approuva les décisions du bas clergé diocésain et consentit à confirmer l’élection. C’est alors qu’intervint le duhovni sud du diocèse qui refusa catégoriquement de donner son assentiment au choix fait par l’assemblée cléricale. Le conflit grandissant de jour en jour, les deux parties en vinrent à demander l’arbitrage du Ministre de l’Instruction publique et des Cultes qui, donnant raison au duhovni sud, annula l’élection.
Le plus intéressant dans cette affaire est que Mihaiïlo eut à ses côtés ses anciens ennemis, les progressistes. Tandis que le Métropolite ne voyait dans le duhovnt sud que l’ennemi naturel de l’ordre épiscopal, les videlovci combattaient en lui les restes d’un conservatisme ecclésiastique périmé, une institution réactionnaire et égoïste qu’il fallait supprimer au profit de l’autorité d’État.
Le Videlo profita de l’occasion pour mener contre les tribunaux spirituels une lutte doctrinale d’une féroce âpreté. Il soutenait qu’il
1 Videlo, 8 juillet 1892.