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DÉSAFFECTION A L'ÉGARD DU CLERGÉ

Ce désintéressement du clergé pour les problèmes spirituels affaiblit beaucoup la sympathie traditionnelle qu’on lui portait en Serbie, tant dans le peuple que chez les intellectuels et au Gouvernement. L'Église devint de plus en plus une institution d'État qui se contentait d’enregistrer avec obéissance les ordres d’en haut. Il est vrai que sa soumission ne lui valut pas que des privilèges honorifiques, mais aussi une protection effective. Le Gouvernement, en janvier 1904, entendit protéger les dignitaires de l’Église contre les diffamations de la presse. Le projet de loi qui surgit au milieu dela campagne menée contre Inoéentije fut accueilli hostilement par la majorité de la Skupétina. Un des adversaires les plus ardents du Métropolite Inotentije, le député Aleksa Ratarac, s’y opposa de toutes ses forces : « Les dignitaires de l’Église, déclara-t-il, sont les porteurs des idées chrétiennes qui se fondent sur les Saintes Écritures et la justice ; s’ils n’en sont pas dignes, il est nécessaire que la chrétienté connaisse leurs œuvres... » Bien qu’un autre député radical, l’archiprêtre Marko Petrovié, ait courageusement défendu le projet gouvernemental en affirmant que le Ministre ne défendait point telle ou telle personnalité mais toute l’Église, la motion fut rejetée par 75 voix contre 27 ?. Désormais le gouvernement serbe n’entendait plus laisser au bon plaisir de la Hiérarchie le soin de réformer l’Église. A. Nikolié, Ministre des Cultes au moment de

1 Jbid., p. 63-64.

2 Srpske Novine, 24 janv. 1904.

la mort du Métropolite Inoéentije, aurait sincèrement voulu réformer l’Église dans sa tête. Il avait eu l’idée de demander au plus grand théologien et canoniste du monde serbe orthodoxe contemporain, Nikodim Milaÿ, évêque de Skadar, de devenir Métropolite de Serbie. On avait même envoyé à Zadar un archiprêtre chargé de convaincre l’illustre évêque. Mais l’entreprise n’avait point réussi tant en raison du refus de Milaÿ qu’à la suite de difficultés intérieures rencontrées par le gouvernement serbe. Nikolié, cependant, ne désespérait point de rénover l’Église en faisant appel à des éléments laïques : c’est à la Faculté de Droit de Belgrade qu’il s'était adressé pour demander les directives nécessaires pour former de bons professeurs pour le Séminaire. Il était bien obligé de reconnaître que le rêve ambitieux de Petar, faire de son Séminaire une pépinière de grands esprits pour l’Orthodoxie serbe, ne s’était point réalisé. Au contraire, depuis la mort du Métropolite Petar, le niveau spirituel n’avait pas cessé de décroître et de vils « pygmées » avaient remplacé les grands pontifes du passé !. Un savant et un homme d’État comme Ceda Mijatovié, dépourvu de toute passion politique et que l’on ne pouvait assurément pas taxer d’anticléricalisme, déplorait cette « transformation » de l’Église. Il dégageait sans pitié les responsabilités des prêtres dans cette décadence de l’esprit religieux : « L'Église est devenue simplement un organisme mécanisé dans lequel certaines fonctions s’exécutent mécaniquement... De nombreux prêtres et quelques évêques euxmêmes ont consacré leur cœur et leur âme à la politique... » Ainsi c'était l’Église qui « tranquillement et avec indifférence avait laissé s’éteindre la foi en Dieu, disparaître la piété chez le peuple, et saper le plus fort et le plus assuré fondement de la moralité populaire… ? » C'était également l’opinion de l’intelligencija serbe. Jadis intimement unie au clergé serbe qu’elle ne séparait point de la nation, elle prenait désormais une toute autre attitude : le seul nom de pope lui était odieux 5. Quant aux chefs de l’Église, ils semblaient, eux aussi, au-dessous de leur mission. « Parmi tous ces académiciens spirituels il apparaît que nos évêques sont les plus mauvais exemples de cette formation insuffisante apportée des académies spirituelles russes en Serbie 4». On leur reprochait également d’avoir une formation strictement étrangère : russe, allemande ou française, et de n’avoir plus de liens avec leur peuple. Les intellectuels tournaient en dérision la façon dont le peuple serbe célébrait ses fêtes

1 Politika, 18 janv. 1907.

? Vesnik Srpske Crkve, mars 1902, p. 211.

3 Politika, 19 janv. 1907.

4 Vesnik Srpske Crkve, juin 1905, p. 580.

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