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DÉFENSE DE L’ORTHODOXIE

Or, si ce n’était pas une tâche aisée que de rétablir le sentiment de la hiérarchie et de la discipline dans le clergé serbe d’alors, c’en était une encore plus malaisée que de faire renaître à nouveau le respect et le goût de la liturgie,de dégager le culte d’une vaine superstition populaire. La foi du peuple restait vive, mais aveugle, et ce n'étaient pas ses pasteurs qui s'étaient Jusqu'ici souciés de l’éclairer. Les Phanariotes, dont certains étaient cependant plus cultivés que la moyenne des nouveaux prêtres nationaux provenant des cadres improvisés par Petar au lendemain du Hatti-chérif, s’étaient tou-

jours montrés d’un terrible indifférentisme en ce qui concernait les questions de dogme et de liturgie. S'ils aimaient le faste et les cérémonies, l'emploi à peu près exclusif de la langue grecque rendait inintelligible et inaccessible aux simples le service divin. Jusqu’à l’arrivée du Métropolite Petar, le grec s’était imposé par l’Église et par l’école (les instituteurs, les « daskali », étaient grecs pour la plupart). Melentije Pavlovié, le premier Métropolite serbe, s'était efforcé de mettre le serbe sur un pied d’égalité avec le grec, tout au moins dans la liturgie. Non seulement le eulte, mais encore la disposition de l’église, s’inspirait encore de l’orthodoxie phanariote. « C'était l’ordre grec qui régnait à l’église. Dans le Chœur, qui était entouré de grillages, il y avait seulement de la place pour les femmes » ?. Les Tsintsares, qui jouaient alors le rôle de propagateurs de l’Hellénisme, avaient leurs sièges héréditaires disposés tout autour de la cathèdre métropolitaine. Les hommes gardaient le fez dans l’église. Ce fut Milo lui-même qui décida de mettre fin à cet état de choses intolérable, ordonnant, dès 1824, à son frère Jevrem de s'informer et de savoir « quels étaient ces hommes qui osaient se promener dans l’église le fez sur la tête et de leur demander s'ils se croyaient à

1 Petrovié (Mih. S.), Beograd pre sto godina, Belgrade, 1930, p. 200. 2 Popovié (D.), O Cincarima, Belgrade, 1927, p. 115.

Stamboul ou à Belgrade ». Tous les gens qui s’assieraient à l’église en gardant leurs coiffures devraient être envoyés à Kragujevac, où ils seraient «entendus » 1, On savait en Serbie que ces sortes d’audiences se terminaient habituellement par des bastonnades.

En 1827, Miloë interdit le service religieux dans toute langue autre que la langue de la province serbe. Ceux qui voulaient officier dans une autre langue n’avaient qu’à construire des chapelles séparées et prendre des prêtres de leur pays. Dans l’église cathédrale de Belgrade le serbe fut obligatoire ?.

Le Knèze enfin ordonna à tous ses sujets de se rendre à l’église le jour de la Saint-Sava, du Vidovdan, des fêtes des Rois serbes, qu’ils fussent « grecs ou tsintsares ou bulgares, à condition qu'ils appartinssent à la religion orientaie (orthodoxe) » ®.

La mission qui était échue au Métropolite Petar était de conférer à la liturgie serbe l’ampleur et la richesse de la hturgie grecque détrônée. Comme il lui aurait fallu plus de temps qu’il n’en disposait, Petar s’occupa avant tout de réintroduire dans le culte le chant d'église, qui dut beaucoup au zèle des premiers séminaristes belgradois. A. Ilié décrit avec enthousiasme le spectacle pompeux de ces offices où le Métropolite pénétrait dans la « cathédrale » entouré de tout son haut clergé, accueilli par des chants pleins de piété de tout un peuple.

Aux grandes fêtes, 15 et 20 prélats servaient avec le Métropolite. Les cérémonies du Vendreüi-Saint étaient d’une majesté toute particulière, et le rédacteur du Hri$éanski Vesnik affirmait que le peuple était enthousiasmé lorsque Gavrilo et Mraovié (le futur Métropolite déjà réputé pour sa belle voix) entonnaient le Tebe odje- Juséagosja… 4.

Ces heureuses innovations ne bénéficieront pas,du moins au début, d’un cadre très brillant. Les églises étaient encore rares et fort misérables 5,

La construction de l’église cathédrale (face à l'actuelle Patriarchie) ne commencera qu’en 1837, sous l’étroite surveillance de Petar et de Toma Vuëié-Perisié 5. Quand l’écrivain Jovan Hadzié vint en

Popovié (D.), op. cit., p. 116.

Gavrilovié, op. cit., t. II, p. 698.

Popovié (D.), op. cit., p. 116.

Ilié (A.), op. cit., p. 151.

Gavrilovié (Dr. Mih.), Milo$ Obrenovié, Belgrade, 1909, t. II, p.696; Vujié (J.), Putesestvije po Serbiji (Srpska Kraljevska Zadruga), Belgrade, 1901, p. 25, et aussi Milutinovié, Stogodisnjica od dolaska Jovana Hadäiéa i Vasilija Lazarevica u Srbiju (Politika, 5-VIII-1937).

* A l’occasion de la pose solennelle de la première pierre (15 juillet 1837), on enfouit des monnaies aux effigies de l'Empereur Nicolas Ie de Russie, de

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