DÉFENSE DE L'ORTHODOXIE
1335 en Serbie, il devait laisser un triste tableau des conditions de la vie religieuse belgradoise : « Le Métropolite Petar, écrit-il, a vivement travaillé, et s’est efforcé de créer un Séminaire, car même le haut clergé n’était pas formé théologiquement , et le clergé paroissial encore moins. La vieille église cathédrale était en ruines ; 1: service divin s’accomplit dans une chapelle minuscule, faite de planches, dans le logement même du Métropolite ; seul le vieil instituteur Misa y vient chanter » 1,
Si l’on voulait rétablir la piété dans le peuple, ramener l’observauce des fêtes religieuses, il ne fallait pas songer à attendre la construction des églises et des chapelles nécessaires ni l’arrivée de la nouvelle génération de prêtres, formée au Séminaire. L'Église exigea et obtint l’appui de l'État pour que, sous l’autorité de la loi, le prestige du clergé pût enfin se relever. Les «fonctionnaires » durent payer d’exemple, un décret spécial de Miloë leur imposant l’obligation de chômer les fêtes religieuses, de ne s’occuper d’aucun procès, d'éviter toute délibération (édit du 1er février 1833). Bien plus, ils étaient tenus d’aller à l’église à chacune de ces fêtes, de communier lors du grand jeûne, & da iduéi po narodu ni jedan ne sme narusiti post, & Jo$ manje psovanjem narod sablaënjavati… ? ce qui éclaire d’un jour plaisant la figure des fonctionnaires-paysans de Milos. L’archiprêtre Viéentije Popovié de Caëak, dans ses souvenirs non publiés, a décrit la situation religieuse de la principale ville de la Serbie occidentale. Dans la région de Caëak, en 1830, les églises et les prêtres étaient relativement nombreux. L’édit du 1er février 1833 était rigoureusement observé et le peuple était obligé de visiter les églises les dimanches et jours de fête, et même de communier : «On avait donné l’ordre aux préfets et aux capitaines, note l’archiprêtre Vicentije, d'envoyer le peuple à l’église et de le faire communier en lui donnant l'exemple » 8,
l'Empereur d'Autriche Ferdinand, du Sultan Mahmed II et même une demidrachme à l’effigie d'Othon de Grèce. Eclectisme qui révèle bien le souci de Miloë de ne froisser aucun de ses voisins, maîtres ou protecteurs. Cf. le très intéressant article de l’archiprêtre Nikola Bozié : Le centenaire de la fondation de l'Église cathédrale, dans la Pravda, 28 juillet 1937. Voir aussi l’article de Duëan K. Petrovié : Gradjenje Saborne crkve u Beogradu, dans la Politika du 31-VII-1937, qui apporte beaucoup de faits nouveaux sur ce point d'histoire. Les vieilles gens de Serbie qui avaient connu les persécutions turques s’étonnaient que l’on osât construire une nouvelle église au pied de la citadelle. « Nous ne sommes encore que les locataires des Turcs, disaient-ils, et nous construisons des châteaux » (jo$ smo turske kirajdzije a zidaju se kule), Petrovié, art. cit.
1 Ilié (A.), op. cit., p. 147-148.
2 Ilié (A.), op. cit., p. 154.
8 Cf. l’article de Veskovié (D.), Prosveini #ivot u Caëku iokolini pre sto godina, dans la Politika du 9-VIiIE-1937.
On interdisait aussi sévèrement aux paroissiens de danser et de jouer de la musique pendant les fêtes d’église. Milos alla même jusqu’à défendre à Belgrade de « fumer dans la rue ou de se promener avec une pipe vide, ou de fumer devant la kafana de Toma, face à l’église, (car c’était un) manque de respect et de vénération à l'égard de l’Église » 1. Toutes ces mesures, qui nous semblent aujourd’hui sévères, étaient justifiées par une montée brusque de l’indifférentisme religieux. Le Knèze avait lui-même remarqué que, pendant la célébration de la messe, lors des prières Blagosloveno Carstwo, Primite Jadite et Svjataja Svjatim et à l’Élévation (pri velikom vhodu) « où il faut s’incliner franchement, beaucoup de gens, non seulement du peuple, mais encore des fonctionnaires ne s’inclinent même pas ». Aussi, une circulaire du Knèze, en date du 1er juin 1837, menaçait-elle de peines sévères ceux des fonctioraaires qui ne consentiraient pas à donner au peuple l’exemple de la piété : «S'il faut que nous témoignions de la vénération et du respect envers nos prêtres, qui ne sont que des hommes, quel respect ne devrionsnous pas montrer à l’égard de Dieu qui est le créateur et le dispensateur des biens du monde ? » (sozdatelj à promislitelj svjeta …)?. On est obligé de croire que ces instructions n’eurent pas grand effet, car deux ans plus tard Milos fut obligé de promulguer un nouveau règlement pour essayer de mettre un frein à l’impiété grandissante. Pendant les fêtes d’Église, les marchés continuaient à se tenir, les travaux de la terre se poursuivaient #. Aussi, Milos dut-il interdire à nouveau toutes les occupations qui auraient lieu pendant un jour chômé, interdiction qui s’adressait au citadin tout comme au paysan. Il renouvela l’ordre de se rendre à l’église ces jours-là. Comme il connaissait bien son peuple, il refusa aux aubergistes et aux cabaretiers le droit d'ouvrir leur établissement les jours de fête, avant que ne soit complètement terminé le service religieux... Ce règlement devait entrer en vigueur au Mitrovdan de l’année 1839,
Après s’être efforcé de restaurer dans son peuple les pratiques de piété, Miloë se tournait vers l’armée. Le niveau religieux de celle-ci était très bas. Quand, en 1830, le Knèze forma sa première /garde, sur les 150 jeunes hommes qu’il choisit dans les meilleures familles paysannes, beaucoup, quand ils furent conduits à l’église pour y prêter serment, ne savaient même pas se signer. L'armée devait être une école de religion. Aussi le Knèze se vit-il dans l'obligation
1 Petrovié (M. S.), Beograd pre sto godina, p. 47.