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LA CRÉATION DU CONSISTOIRE

de ceux-ci : « Le Tarif est insuffisant, et tout insuffisant qu’il soit, on ne l’applique pas. » 1.

La CRÉATION DU CONSISTOIRE.

Dès les premiers jours de son règne, Miloë avait compris la nécessité d’un organisme qui servirait d’intermédiaire entre l’épiscopat et le bas clergé. Les plaintes incessantes des prêtres, les excès de pouvoir des évêques exigeaient l'institution d’un Consistoire. Le Knèze soumit à la Skupâtina des 13 et 14 décembre 1822 le premier projet de création d’un Consistoire ou d’un tribunal clérical (svegteniéki sud) à Kragujevac. Ce nouvel organe aurait pour mission d'examiner les fautes commises par les prêtres et de fixer les punitions. Le Consistoire, qui devait se tenir sous le contrôle étroit du Métropolite et du Knèze, pouvait désormais soustraire le bas clergé à l’arbitraire de l’épiscopat. Les deux premiers membres du Consistoire devaient être Melentije, archimandrite de Vraéevitica, et Raka Tesié, knèze de Valjevo ?.

Les évêques s’opposèrent également à cette nouvelle réforme du Knèze, mais celui-ci, pour venir à bout de leur résistance, avait convoqué, le 3 mars 1823, une grande Skupétina composée de tous les archimandrites, igoumènes et archiprêtres de Serbie. Cette assemblée approuva entièrement la création du Consistoire. Les évêques s’obstinant à ne pas reconnaître celui-ci, Milos fit appel le 9 mai 1823 à un nouveau Sabor, composé pour chaque nahija d’un knèze, de tous les vicaires et de notables. Le Sabor confirma la décision du prince. L’épiscopat n’avait plus qu’à s’incliner ÿ.

Tel qu’il était conçu, le Consistoire était une sorte de tribunal d'église, dont la compétence ne s'élevait pas au-dessus du jugement des fautes vénielles des prêtres. Le Métropolite conservait sa Juridiction pour les fautes graves. Ce n’est que plus tard qu’on ajoutera au ressort de ce tribunal les conflits matrimoniaux 4 Quand Raka Tesié mourut, le Métropolite resta seul (1823). Comme il ne pouvait désormais suflire à sa tâche, Milos décida de prendre lui-même en main la direction des affaires religieuses et se conféra le redoutable privilège de l’attribution des paroisses. C’est alors qu’intervint Petar qui craignait de voir le Knèze confisquer à son profit toute

1 Ilié (A.), op. cit, p. 209.

2 Petrovié (Vuk.), Gradja za istoriju Kraljevine Srbije, p. 402.

3 Petrovié (Vuk.), Gradja za istoriju Kraljevine Srbije, p. 403.

4 Petrovié (Mita), Finansije à ustanove obnovljene Srbije do 1842, t. I, p. 628-

l’administration ecclésiastique. Il résolut de compléter l'institution du Consistoire par la fondation d’un Séminaire et surtout par la création de « tribunaux spirituels » (duhopnt sudovi) installés dans chaque diocèse et composés d’un président et de 4 assesseurs élus dans le clergé séculier et régulier. Petar coordonnait et hiérarchisait enfin tous ces organismes en instituant un tribunal d’église suprême (Veliki duhovni sud) qui, servant de dernière instance, serait présidé tout naturellement par le Métropolite. Enfin, convaincu des imperfeciions du Consistoire tel qu’il l'avait reçu de Milos, il s’efforça d'augmenter son ressort judiciaire dans la mesure du possible. Le nouveau Consistoire, créé par Miloë, le 11 juin 1836, avait peu de traits communs avec l’ancien. Ce fut bientôt un des organismes les plus actifs de l’Église.

Le Consistoire, d’après les vues de Petar, exerçait un contrôle sur l’ensemble des diocèses de Serbie. Le Métropolite, pour constituer ce conseil suprême de l’Église, fit appel à des hommes de réelle valeur 1, Cette institution fonctionna toujours avec une grande régularité. Dans la petite Principauté de Serbie, où les services publics s’organisaient avec peine et où ce qu’on appelait pompeusement « l'Administration » n’était pas exempt d’une certaine anarchie, le Consistoire, ainsi que le fait judicieusement remarquer A. Ilié, servait de modèle. « Les ministres de ce temps et les chefs des services donnaient en exemple à leurs subordonnés les rapports et les actes du Consistoire métropolitain » ?.

C’est que celui-ci jouait un peu le rôle d’un conseil suprême de

1 Mita Petrovié nous a laissé d'intéressants détails sur le fonctionnement et le coût du Consistoire de la Métropolie de la Principauté de Serbie (Konzistorija Mitropolije Knjaïevstva Srbskog) institué le 11 juin 1836 à Belgrade. Les premiers membres étaient le protosyncelle Likogen Mihailovié, le prêtre Marko Mihailovié, le moine Gavrilo Popovié, le futur évêque de Sabac, et un prêtre de Belgrade, Dimitrije Jovanovié, le Secrétaire du Consistoire était Vladislav Stojadinovié. Les traitements étaient assez élevés pour l’époque. Likogen touchait 3.500 groë par an, le secrétaire 4.000 groë, les membres ordinaires 3.000 groë. Au printemps 1837, on créa un emploi de commis aux appointements annuels de 1.000 groë. En automne, Jakov Dimigié remplaça dans les fonctions de secrétaire Vladislav Stojadinovié, et l’on en profita pour diminuer le traitement correspondant de 500 groë.

Le ressort du nouveau Consistoire était singulièrement plus étendu que celui de l’ancien Svesteniéki Sud ; quatre mois après sa création, il avait donné deux permissions de mariage, prononcé six divorces, jugé deux prêtres, et abordé un grand nombre de problèmes intéressant la vie et l'administration du clergé. Naturellement, l'autorité personnelle de Miloë s’en trouva limitée : le Knèze

dut renoncer à intervenir dans les attributions de paroisse. — Petrovié (Mita), op. cit., p. 530.

? Cf. Ilié (A.), op. cit., p. 139.

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