AMÉLIORATION DE LA SITUATION MATÉRIELLE DU BAS CLERGÉ
Toutes ces réformes n'avaient en vue que le relèvement moral et intellectuel du clergé ; la situation matérielle des prêtres demeurait misérable. Ils ne disposaient pas d’un traitement fixe et dépendaient étroitement des dons « volontaires » de leurs paroissiens et des taxes qu'ils étaient en droit de prélever. Mais, sur ces dernières, l’évêque diocésain retenait sa part. L’évêque exigeait 100 groë pour une ordination !, Aussi restait-il bien peu au pope de village pour pourvoir à sa subsistance et à celle de sa famille, souvent nombreuse. Il n'était pas rare que Miloë, par des oukases spéciaux, fût obligé d’exempter d'impôts des prêtres réduits à la plus complète indigence ?.
Pour essayer de remédier à cet état de choses, le Knèze avait promulgué, le 18 février 1816, un règlement qui fixait le barème des taxes ecclésiastiques. Un Pete était désormais évalué à 12 groé 5, le service funèbre d’un enfant de moins de 7 ans à 2 gros ; une « grande prière » coûtait également 2 groë, une « petite» 1 gros ; la bénédiction de l’eau 12 groë ; un mariage 1 groë, taxe qui était portée à 2 gros s’il s'agissait de secondes ou de troisièmes noces. En plus de cette source de revenus, le bas clergé était autorisé à percevoir annuellement 12 okas (mesures) de froment par tête dans les campagnes et 2 groë dans les villes 3, La levée de ces dîmes, autrefois confiée au bas clergé, le fut désormais aux autorités provinciales.
Ce premier règlement, sans contribuer beaucoup à améliorer la condition des popes, les rendit assez impopulaires. Les nouvelles taxes pesaient lourdement sur les paroissiens. Le bir surtout (les 12 okas, correspondant environ à 14 kgs de froment) était particulièrement odieux à la population paysanne #.
Aussi ce Tarif fût-1l modiñé dès l’année 1825. Des allègements y furent apportés, entre autres, la gratuité des services funèbres qui fut accordée aux défunts dont les familles étaient sans ressources. Il est vrai que de nouvelles taxes étaient imaginées : le parastos du 402 jour coûtait 20 paras, celui du sixième mois 1 gros. Le parastos annuel revenait à 1 gros et 20 paras
brièveté et leur concision, aux longues lettres de divorce accordées par le Métropolite (Ilié, op. cit., p. 193-95).
1 Gavrilovié (Dr. Mih.), Milo$ Obrenovié, t. II, p. 644. Petrovié (Vuk.}, Gradja za istoriju Kraljevine Srbije, p. 392.
8 Gavrilovié (Dr. Mih.), op. cit., t. IT, p. 646.
4 Cunibert, op. cit., t. I, p. 202.
5 Magaraïevié (Djurdje), Putovanje po Srbiji u 1827 god. (Pulovanja po juënoslosvenkim zemljama w XIX v., Etnoloëka knjizica), Belgrade, 1924, p. 61.
Le Métropolite Petar ne se contenta pas de relever le niveau des taxes. Il voulait que chacun de ses popes puisse disposer d’un presbytère et même d’un petit jardin potager d’un arpent. En outre, chaque paroisse était tenue de confier à son prêtre 8 arpents de terre cultivable, et même plus si elle le pouvait. Si l’on ajoute à cela les cadeaux que recevaient souvent les popes de leurs paroïssiens À, on comprend que l’on ait pu considérer le Métropolite Petar comme un des protecteurs les plus sincères du bas clergé 2. Au reste, le Tarif de l’année 1842, dont le Métropolite traça les grandes lignes, était encore plus favorable aux popes : la taxe de baptême était de 1 zwanzig, la bénédiction de l’eau également ; une « grande prière » coûtait 2 zwanzig, une « petite » la moitié seulement, un parastos 1 zwanzig 1/2. (Il s’agit sans doute du parastos du 40€ jour.) Quant aux mariages et aux services funèbres, ils étaient taxés sul” vant la situation de fortune des paroissiens. Pour un mariage, le «riche » payait 1 thaler et 1 zwanzig, le « pauvre » seulement 3 zwanzig. Pour un « grand service funèbre», le riche acquittait une taxe de 1 thaler et 3 zwanzig, le « pauvre » de 3 zwanzig seulement. Pour un « petit service » , le «riche » payait un thaler, le «pauvre» 2 zwanzig. Mais le paroissien indigent devait être enterré gratuitement.
Ce Tarif sera le plus favorable que connaîtra jamais le bas clergé serbe. En 1850, le Synode épiscopal, vigoureusement appuyé par le Métropolite, s’efforcera d'obtenir du Gouvernement un traitement fixe et « systématique », suivant la formule du temps, c’est-à-dire variable suivant le rang occupé par le prêtre dans l’Église. Selon ce projet, les popes des villes auraient touché chaque année 250 thalers ; les popes des campagnes dont les paroisses auraient 180 « foyers » ou davantage toucheraient 200 thalers. Ceux dont les paroisses auraient moins de 180 « foyers » ne toucheraient que 150 thalers. Les archiprêtres des villes devaient toucher de 4 à 500 thalers, sans compter le revenu de certaines taxes 5.
Ce projet ne fut adopté, ni sous le règne du Métropolite Petar, ni sous ceux de ses successeurs. Au reste, toutes les réformes entreprises de 1816 à 1842 se révèleront illusoires en raison de l’augmentation progressive du coût de la vie. En 1852, le Métropolite Petar constatait lui-même l’inanité de ses efforts pour améliorer la condition du bas clergé lorsqu'il déclarait au Knèze que la situation des popes était «intenable ». Il se faisait auprès de Miloë l'interprète
1! «.. Elles (les femmes serbes) se font un cas de conscience de lui offrir (au pope) des petits porcs et des agneaux aux jours de grandes solennités.. » (Cunibert, op. cit., t. I, p. 202).
3 Ilié (A.), op. cit., p. 196.
3 [lié (A.}), op. cit., p. 208.