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LE LA RÉFORME DE L ÉGLISE SOUS LES CONSTITUTIONNALISTES

elle deviendra, par une lente, mais invincible transformation, religion d’État. Peu à peu, la religion orthodoxe serbe s’écartera de la foi primitive, ignorante mais ardente,et toujours prête à combattre contre le Turc et surtout le Phanariote, pour se rapprocher de lidéal d’une foi moins brûlante et moins inquiète. Malgré tout, ce passage de la religion de la nation à la religion de l’État, au début duquel nous assistons des années 50 aux années 70, ne se fera pas sans difficultés. La masse du bas clergé restera toujours au fond passionnément attachée à l’idéal de la religion nationale, et à la croyance instinctive qu’une religion n’est véritablement nationale que lorsqu'elle est populaire. Au contraire, le haut clergé, qui connaissait très bien l’insubordination et l’indiscipline de ses prêtres, souhaitait une collaboration étroite avec l’État, afin de pouvoir maintenir le plus fermement possible l'autorité épiscopale. Naturellement l’État faisait payer cher ses bons services et parfois n’hésitait pas à utiliser l’Église comme un service de renseignements. Le règlement synodal du 4 avril 1855 est à cet égard des plus éloquents. Il proclamait le devoir de tout prêtre de remettre les « certificats de confession » des fonctionnaires aux supérieurs de ceux-ci. Le texte mérite d’être cité : da svako nadleZatelstvo radi uverenja 0 tom, jesu li soi pri njemu sluxeéi inovnici, ovoj vaïnoj i svakom hriséaninu neobhodimo nuïnoj du#nosti ispovesti i svetog priteséa udovletvorili, i$te izpjestiya o tom od ispovednika onoga mesta, gdi se ono nalazi, na koji konac se 1 duhovnicima u duänost stavlja onakva izvjestija nadleïatelstvima izdavati !, Ainsi s’instaurait un dangereux précédent. Poussée à l’extrême, cette collaboration de l’administration civile et ecclésiastique aurait pu aboutir à un véritable espionnage religieux, si la pratique des sacrements avait revêtu ce caractère de fréquence et de rigueur qu’elle a dans la religion catholique romaine, ou si plus tard ce même contrôle avait été exigé avec une arrière-pensée politique. Peut-être alors ce règlement de 1855 aurait pu donner lieu à une poussée anticléricale. S’il n’en a pas été ainsi, c’est qu'une telle mesure ne pouvait être interprétée par personne comme une brimade ou une atteinte à la liberté de conscience ?.

1 Zbornik pravila, pp. 51-52.

2 Le Gouvernement constitutionnaliste s’est toujours montré plus libéral que l'Église et n’a jamais craint de défendre contre elle le droit de la pensée libre et ce qu’il considérait comme les prérogatives de la nation.

Vis-à-vis du Patriarchat de Constantinople, l’Église orthodoxe serbe, sous prétexte d'observer fidèlement le principe du contact doctrinal, ne savait pas toujours faire preuve d’une indépendance que semblait mieux défendre le Gouvernement. En 1842, le Patriarche, qui proscrivait en Vieille Serbie la plupart des livres religieux provenant de la Principauté ou de Voivodine, avait interdit la propagation

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Il est néanmoins un domaine dans lequel ces premiers essais de collaboration donnèrent d'excellents résultats, celui de l'hygiène sociale. Nous savons que le Knèze Milos et même le Prince Michel ne craignirent pas d’utiliser le clergé afin de répandre, par son intermédiaire, dans le peuple, les notions d'hygiène élémentaire que les écoles encore rares ne suffisaient pas à propager (cf. p. 134).

En particulier lors des grandes épidémies de peste (1836), de variole (1838), l'intervention rapide et éclairée du bas clergé avait démontré son efficacité. Mais on avait pu dire qu’il fallait plutôt attribuer à Miloë cette heureuse intervention qu’au haut clergé. Ce Knèze énergique avait imposé ses volontés au Métropolite, qui s’était chargé seulement de les transmettre. Au contraire, sous le Gouvernement des Ustavobranitelji, le Métropolite et le Synode prennent eux-mêmes l'initiative non seulement d’appliquer les anciennes mesures de protection, mais encore d'obtenir de leur clergé, qu’il assume les décisions indispensables. Dès 1843, dans les villes, et 1844 dans les campagnes, les prêtres sont tenus de refuser de marier les personnes qui ne sont pas immunisées contre la variole. Le prêtre doit d’ailleurs donner le premier l'exemple en se soumettant volontairement à la vaccination. En 1846, le Métropolite Petar envoyait à tous les archiprêtres de district, les vicaires d’arrondissement et les prieurs des monastères l'ordonnance suivante : « Le Ministère de l’Instruction publique, par la lettre du 27 courant, n° 866, a informé le Consistoire que, cette année, au début du mois d’avril, on allait procéder, dans le peuple de toute notre patrie, à la vaccination antivariolique (pelcovanje krasljih boginja) et qu’il demandait au clergé de préparer les populations à bien accueillir les médecins, afin que cette entreprise d'utilité générale puisse être menée à bonne fin : ».

des œuvres de Dositej Obradovié et émettait même la prétention d'obtenir de rue religieuse serbe qu’elle exigeât la confiscation sur le territoire de la Principauté de l’ouvrage d'Obradovié intitulé : La Vie et les Aventures de Dosite] Obradovié (Zivot i prikljuëenija Dositeja Obradoviéa). Le Métropolite de Serbie Petar Jovanovié communiqua,le 6 juin 1842, au Ministre de l’Instruction publique les représentations du Synode et le désir exprimé par le Patriarche qu'après avoir fait l'inventaire des livres suspects en circulation, on les retirât aussitôt de la circulation. Le Métropolite ajoutait qu’il partageait l'avis du Patriarche et qu'il demandait également que l’on mît fin à la propagation de cet ouvrage. Le Ministre Stevan Raditevié, Serbe de Novi Sad, ancien collaborateur de Vuk Karad%ié, estima sans doute qu'il était impossible de renier le souvenir du premier Ministre de l’Instruction publique serbe, et que la Principauté autonome de Serbie n'avait pas à accepter du Phanar une tutelle plus pesante que celle qui lui était imposée par les Turcs. Il refusa sèchement de donner suite à la demande du Patriarche. (CI. sur cette affaire Vasiljevié (Hadzi), Prosvetne i politièke prilike w Juënim srpskim oblastima u XIX +. Belgrade, 1928, p. 28, n. 1.) ! Popovié (Mih. L.), Istorijska uloga Srpske Crkve, pp. 289-290.

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Les rapports rédigés par les archiprêtres, les vicaires et les prieurs ‘témoignent tous en effet des excellents résultats de cette campagne de vaccination.

LE GNAGERTANIIE » DE (GARASANIN : CONCEPTION NATIONALISTE

ET CONCEPTION PRAVOSLAVE DE L'UNION YOUGOSLAVE.

La croyance en une unité religieuse profonde, en dépit de la division et de la dispersion du monde serbe, s’était principalement maintenue dans les églises orthodoxes serbes dont le siège se trouvait hors de la principauté. La petite Église métropolitaine qui s’organisait grâce à l’inlassable dévouement de Petar avait à s’occuper de trop graves problèmes d'administration intérieure pour posséder un sens du prosélytisme et une ardeur conquérante suffisants pour rallier à elle les divers tronçons de l’Église orthodoxe serbe. Elle était elle-même bien faible et bien obscure pour rivaliser non seulement avec le Patriarcat œcuménique qui restait lesouverainspirituel des populations orthodoxes serbes sous l’autorité musulmane, mais même avec la glorieuse Métropolie de Sremski Karlovei. Surtout dans cette Serbie de 1848, la foi en une justice immanente, l’espoir ardent en une revanche, le « mythe de Kossovo » n’étaient pas au service de vaines rêveries religieuses mais concouraient à animer et vivifier une politique réaliste et nationale. L'intérêt de Milos s’orientait naturellement vers la Bosnie et l’ Herzégovine. Il protégeait et accueillait volontiers les émigrés bosniaques qui fuyaient les corvées turques. Ces gens lui servaient souvent d’émissaires, de courriers secrets, d’espions. Au début de 1838, les Bosniaques avaient demandé à Milos de les protéger et celui-ci avait cherché — inutilement du reste — à obtenir de la Porte une amélioration de leur sort en sollicitant une intervention anglaise. Cependant Milos était loin d’être le précurseur d’une idéologie grand-serbe et encore moins yougoslave. Ses idées restées étroites ne dépassaient guère le cadre de sa principauté, dont il entendait d’ailleurs maintenir l'intégralité. Le Prince Michel, qui n’avait que 17 ans lorsqu'il monta sur le trône pour la première fois, avait des conceptions imfiniment plus larges que celles de son père : « Il sortait, dit Stranjakovié, du cadre de l’étroit nationalisme serbe-choumadien. Avec lui le personnel politique et religieux dont disposait jusqu'alors la Serbie fut relégué au second plan 1 ». Ce fut l’époque rêvée pour les étrangers de toutes provenances, nemaëkari principalement, mais aussi beaucoup de réfugiés

1 Stranjakovié (Drag.), Vlada Ustavobranitelja, p. 266, note 6.

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venant des districts de Nis, de Leskovac, de Pirot, dont certains étaient des ecclésiastiques. Tel ce Georgije Stankovié qui avait signé avec de nombreux compatriotes la supplique de Kragujevac remise au Baron Liven en 1843. Un des prêtres attachés à la cour de Michel était un pope bosniaque, un des organisateurs du soulèvement de 1834, le pope Pavle Karanotvrtkovié.

Les constitutionnalistes, bien qu’ils aient amèrement reproché au Prince Michel cette « invasion » d'étrangers, étaient cependant bien loin de n’avoir de politique étrangère qn’à l’intérieur des frontières de la Principauté. Pourtant ils ne tentèrent rien avant la répression complète de la révolte des Hussards. C’est seulement à la fin de 1844 que Garaëanin exposera les grandes lignes du célèbre Naëertanije, ce projet de création d’un vaste Etat groupant la Serbie, le Monténégro et tous les pays chrétiens de la Turquie d'Europe !. Sans doute ne s’agissait-il tout d’abord que d’un instrument de propagande, mais celui-ci, mis à l'épreuve, se révéla singulièrement fécond. Stranjakovié constate que, si Gara$anin a pu réussir àesquisser le Naëertanije, c’est parce que mieux que n'importe quel autre, il était susceptible de comprendre le sentiment national et parce qu'il était persuadé qu’il était désormais indispensable « d'accorder le sentiment national avec les besoins de l’État ? ».

Rien de plus juste, mais aussi rien de plus malaisé à obtenir d’un peuple chez qui le mot d'État n’avait jamais éveillé que des réflexes de défiance ou d’inimitié, peut-être parce qu’en dernière analyse ce mot recouvrait pour les uns des souvenirs encore frais de l’oppression étrangère et pour les autres la dure réalité d’un joug insupportable. Gara$anin voyait évidemment fort loin lorsqu'il pensait que «l’Empire turc en Europe était destiné à se disloquer » et que dans ce cas ou bien il «serait partagé, ou bien il serait à nouveau bâti par ses habitants chrétiens * ». À la base même du Nacertanije, nous retrou-

1 Vuëié n’avait pas même hésité à rendre aux autorités turques beaucoup des réfugiés qui étaient venus, sous le Prince Michel, chercher asile sur le sol serbe.

? Stranjakovié (Drag.), op. cit., p. 269.

3 En 1843, Cyprien Robert écrivait dans la Revue des Deux Mondes : « Plus asiatiques de mœurs et de caractère que les Hellènes, les Slaves heureusement ne partagent point leur aversion pour les Turcs ; moins ambitieux ils supportent avec plus de patience le vasselage auquel l’Europe les condamne. Quel que soit le pouvoir qui gouverne à Stambol, ils sentent, nous le répétons, qu'il y a entre eux et lui une alliance nécessaire... », et il affirmait que cette politique était celle qui avait été adoptée par les maîtres de la Serbie : « Tel était, tel est encore le plan des hommes qui ont dirigé la révolution serbe de 1842, mais ces hommes éclairés et sincèrement dévoués à leur pays voulaient unir comme héritier futur un Orient nouveau et chrétien à l'Orient décrépit de Mahomet, dont les grandes

puissances prétendent être les seules héritières.. » (Revue des Deux Mondes, 15 juillet 1843, p. 275).

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vons la notion de l'indépendance et de la prédominance des nations chrétiennes, mais de quel christianisme s’agit-il ? Le christianisme orthodoxe ? Mais l’État dont rêvait Gara$anin devait être assez vaste pour comprendre la Croatie, la Slavonie, la Dalmatie, le Srem, le Banat et la Baëka, c’est-à-dire être ouvert aux yougoslaves catholiques. Il était donc indispensable, si l’on voulait atteindre d’heureux résultats dans ces provinces, de faire passer au second plan le facteur orthodoxe dans l’application du Naëertanije. C’est ce que fit Gara$anin qui commença par affirmer que dans le futur État yougoslave un des dogmes les plus sacrés serait le principe de la pleine liberté et égalité des cultes 1, Pour lui, d’ailleurs, il ne pourrait y avoir de succès dans une telle entreprise (la réalisation d’un État yougoslave) que le jour où deux nations, l’une orthodoxe orientale et l’autre catholiqueromaine, s’entendraient et s’accorderaient respectivement sur les questions de politique nationale. D’où la nécessité non seulement de ménager le catholicisme, mais encore d’obtenir sa précieuse collaboration : si elle voulait arracher les Slaves du Sud à l’influence autrichienne, la Serbie ne pouvait le faire que par l’intermédiaire de l'Église catholique. Garaÿanin avait très bien vu que le mur qui séparait les Serbes de la Principauté des Slaves du Sud de l’Empire d'Autriche n’était pas une frontière d’État, mais la frontière des confessions. Les modalités d'application du Nacertanije, des plus intéressantes, s’efforçaient de mettre en œuvre ces principes. La propagande embrassait toute la Turquie d'Europe, que l’on divisait en deux grands secteurs, oriental et occidental, confiés chacun à un « chef » (kolovodj). Le kolovodj nommait des «agents » dont lerayon d’action s’étendait à plusieurs nahije. Les agents ne se connaissaient pas entre eux et chacun d’eux devait nommer des « préfets» pour chaque nahija, qui devaient eux-mêmes nommer des kmets chargés de répandre la Propagande dans les villages. Tous étaient payés avec les fonds de l’État serbe qui déboursait chaque année pour l’entretien de cette organisation la somme considérable pour l’époque de 5 à 6.000 thalers ?. Sur les 52 agents, un assez grand nombre étaient catholiques-romains.

Toute cette organisation, par son caractère mystérieux et libéral, rappelle les sociétés secrètes d'Allemagne et d’Italie. Ce projet grandiose de délivrance et d’unification des chrétiens fut conçu en effet en dehors de l’Église orthodoxe serbe et sous l'influence directe des milieux de l’émigration polonaise avec lesquels les constitutionnalistes étaient depuis longtemps en rapports®. Un seul repré-

1 Stranjakovié (Drag.), Srbija od 1834 do 1858 godine, p. 57. 2 Stranjakovié (Drag.), Vlada Ustavobranitelja, p. 274, n. 23. 3 Stranjakovié (Drag.), Srbija od 1834 do 1558 godine, p. 57.

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sentant de l’Orthodoxie collaborera vraiment activement au Naëertanije : c’est l’évêque monténégrin Petar II Njegoë qui en comprendra admirablement l’esprit et travaillera énergiquement à l’œuvre de réconciliation des religions, en adressant au nom des Monténégrins une proclamation à ses (frères des deux Églises, habitants des Bouches de Kotor et de Dubrovnik» *.

Toutefois Garasanin chargera, fin mars 1848, l’homme de lettres ragusain Matija Ban d’entrer en rapports avec le patriarche serbe de Sremski Karlovei, Josip Rajaëié en lui demandant d’insister auprès de lui sur « la nécessité d’un accord fraternel entre Croates et Serbes d'Autriche ? ».

En Albanie du Nord, ce fut un prêtre catholique qui fut chargé par Garaëanin de la propagande pour la Serbie, auprès des Albanais catholiques-latins. En Macédoine, c’est à Stevan Verkovié — qui poussa plus tard la passion des trouvailles archéologiques jusqu’à la mystification — un catholique lui aussi, que fut confié le soin de « travailler » la Macédoine. Pour la Bulgarie, Garasanin utilisait des popes du pays. Dans les régions catholiques, ce ministre exigeait toujours l’emploi d’agents catholiques et, quand la chose était possible, il faisait appel à des prêtres catholiques-romains. Partout on essayait de créer la mystique de l’État unique, d’un État yougoslave, en exaltant les idées de liberté et de tolérance religieuse. Svetozar Miletié, ancien élève du gymnase de Novi Sad, prêtait l’appui de son lyrisme révolutionnaire et de sa foi nationale à ces notions encore nébuleuses chez les masses : « Qui ne veut pas la liberté n’en est pas digne. Aujourd’hui le peuple fait la révolution, et il dit : Vous, Bosniaques, Serbes, Bulgares, il faut que vous deveniez un peuple qui crie : fraternité et liberté! La différence des cultes, ni la différence des dialectes ne doivent vous diviser, car vous êtes frères, car vous êtes les fils d’une patrie commune ! Ne smije vas cijepati vjerozakonska razlika, niti dijalektna razlika, jer ste braca, Jer ste sinci jedne zajednièke domovine ».

Le plan de Gara$anin n’avait rien d’une utopie. Si son efficacité matérielle fut moindre qu’on ne l’avait espéré, son auteur n’en doit pas porter la responsabilité, pas plus que les «agents » du Système qui firent souvent preuve d’un admirable dévouement. On ne saurait

1 Cf. Cetinjska Skola, article de Stranjakovié : Politiéke i kulturno-prosvetne prilike u Crnoj Gori, p. 58, et du même auteur la brochure : Politiéka propagande Srbije u jugoslovenskim pokrajinama 1844-1858 godine, Belgrade, 1936, p. 4.

? Stranjakovié (Drag.), La collaboration des Croates et des Serbes en 1818-1849, Monde Slave, juin 1935, p. 395-396.

* Stranjakovié (Drag.), Vlada Ustavobranitelja, p. 279.

“ Stranjakovié (Drag.), Vlada Ustavobranitelja, p. 279.

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également incriminer les circonstances qui semblaient bien choisies pour une expérience de ce genre : les empires autrichien et ottoman traversaient une période de révolutions et d’insurrections et la réaction féroce de 1849-1850 contribuera elle-même à exaspérer le sentiment national. Mais le Nacertanije portait en lui-même les germes de son insuccès. Les principes sur lesquels il se fonda n'avaient qu’un tort, celui d’être trop modernes, trop occidentaux pour la Serbie. Ce culte enflammé de la liberté, s’il avait trouvé quelques fidèles à la fameuse assemblée de Kragujevac, n’éveillait dans les masses paysannes qu'un enthousiasme médiocre !. Garaÿanin, pénétré des idées libérales de l’Europe de son temps, doué d’un réel talent politique et d’une grande culture, n’a peut-être pas suffisamment compris tout le secours qu’il pouvait tirer de l’Orthodoxie serbe. Le thème séculaire de la revanche de Kossovo, cher aux popes de campagne, ne se serait peut-être pas usé aussi vite que ce trop vaste programme de libération politique et sociale auquel présidaient Ilija Garaÿanin et Jovan Marinovié. Au contraire, on s’était efforcé de jeter un voile sur la question religieuse, comme si on en avait eu honte. On avait négligé de donner à l’idée nationale l’étonnant dynamisme d’une guerre pour la défense de l’Orthodoxie. Très vite les résultats de cette faute de tactique apparaîtront : l’Autriche fortifiera son influence en Bosnie non seulement par la création d’un consulat à Sarajevo en janvier 1850, mais avant tout en jouant avec franchise la carte catholique. Ce qui n’empèêchera nullement des Serbes d’Autriche, — comme ce neveu de Kniéanin, dont Stranjakovié reproduit la lettre si caractéristique — de regarder l’Autriche comme le meilleur rempart contre les exactions turques et l’intolérance musulmane ?. Dans cette première période de leur activité, les agents autrichiens s’emploient surtout à lutter contre la domination turque et leurs initiatives les rapprochent des populations orthodoxes. Un autre exemple, plus frappant encore des dangers pour la Serbie d’une politique trop libérale et trop laïque, est l’histoire de l’inter-

1 L’idéologie de Gara$anin, pour différente qu’elle fût de l'idéologie orthodoxe, restait nationale. Mais en 1848 beaucoup d’intellectuels serbes, à l’intérieur et en dehors des frontières de la Principauté, sous l'influence des idées de Kollér, se faisaient les apôtres du Slavisme, qu'ils plaçaient au-dessus du Serbisme : Srbima je « slavjanstvo » bilo isto tako, ako ne i vise, drago nego samo « srpsivo », 1 oni su u prvom redu snivali jedno veliko « slavjansko carstvo». Cf. l'étude de Kovijanié (Rista) : Sveslovenstvo Jana Kolara, Pravda 7-VIII-1937. Le culte du Slavisme retrouva d’ailleurs une nouvelle vigueur dans les années 60 et 80. Ce furent les progressistes qui, au lendemain du Congrès de Berlin, attaquèrent les premiers, non sans brutalité, le nationalisme romantique des libéraux (cf. chapitre XIII p. 368 et suiv.).

2 Aff. Étr. fs. Belgrade, 2 août 1852.

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vention serbe en Voïvodine. On s'était aperçu bien vite à Belgrade que cette initiative généreuse, inspirée par le seul désir de venir en aide à des frères opprimés, n’avait réussi au fond qu'à apporter un concours gratuit à l’empereur François-Joseph. Trop tard les dirigeants serbes avaient compris leur erreur et les essais de négociation avec les Magyars n’avaient point réparé leur faute initiale. La Russie, par son intervention brutale, mettait les choses au pot : cette grande puissance orthodoxe, en écrasant les Magyars, prétendait bien abattre l’idée de liberté, mais d’autre part elle venait en aide aux Serbes du Patriarche Rajaëié. Partout ailleurs elle récoltait les fruits des inquiétudes et des premiers troubles qu’avaient fait naître les propagandistes du Naëertanije. Les agents serbes qui opéraient en Bulgarie se rencontraient désormais avec les agents russes. Les prêtres bulgares qui arrivaient à Belgrade se rendaient tout droit chez le consul de Russie qui leur fournissait les livres liturgiques et les gratifiait de secours pécuniaires !. Belgrade était elle-même comme Bucarest un centre officiel de propagande russe en Bulgarie, et même en 1853 « le Gouvernement russe proposait que les livres d’Église que le Tsar de Russie donnait au peuple chrétien de Bulgarie, Serbie, Bosnie et Autriche fussent dorénavant imprimés à Belgrade ». Le Knèze Aleksandar fut, nous dit-on, enthousiasmé par cette proposition qui conférait un tel prestige à sa capitale, sans qu’il se doutât qu'il portait peut-être ainsi un coup mortel à la propagande serbe dans les régions irrédimées ?.

Aïnsi, malgré d'innombrables bonnes volontés, échouaient les tentatives d'application du Vaëertanije. Nous avons signalé la cause initiale de cet avortement : un libéralisme exagéré et la méconnaissance de la puissance que peut apporter une exploitation adroite du facteur religieux. Il est vrai que l’Église orthodoxe serbe de la Principauté était bien faible pour fournir cet appoint, et bien peu la considéraient comme l’héritière légitime de la Patriarchie de Pec.

1 Aff. Étr. fs. Belgrade, 2 décembre 1852.

? Le Knèze Aleksandar s'était entretenu de ce projet avec le Consul de France, de Ségur, qui rapporta la chose à son Département : «.... Le Prince m’a ensuite parlé d’un projet qu’a conçu le Cabinet Russe, à savoir de faire imprimer à Belgrade les livres de liturgie que l'Empereur fait distribuer en Bulgarie, en Serbie, en Bosnie, et même en Autriche. Ces livres, quand ils sont imprimés en Russie, portent des invocations pour l'Empereur Nicolas, invocations que les Prêtres Grecs se croyent obligés de gratter ou de déchirer, ce qui, dit Mr. Fonton, est un outrage aux évangiles. En fesant (sic) imprimer ces livres à Belgrade, on supprimerait les dites invocations et la cause de l’outrage disparaîtrait. Le Prince a fort goûté ce projet qui ferait de la Capitale de la Principauté une sorte de centre de publications religieuses…..Reste maintenant à savoir pourquoi ces livres privés de l’invocation dont il s’agit ne pourraient pas être imprimés à Moscou ? Le Prince ne s’est pas expliqué là-dessus... » (Aff. Étr. fs., Belgrade, 15 septembre 1853).

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Son chef, d'autre part, le Métropolite Petar, ne se sentait nullement la vocation d’un « rassembleur de Chrétiens » et avait déjà suffisamment de peine à se faire obéir de son petit troupeau. Né dans le Srem, c’est-à-dire Serbe d’outre-Save, et habitué depuis sa jeunesse à accepter sans murmures les changements politiques et dynastiques, c'était plutôt un conciliateur et un arbitre qu’un révolutionnaire. Enfin la véritable explication de cette neutralité de l’Église orthodoxe serbe, et de l’indifférentisme des hommes politiques serbes envers cette même Église, en des heures où il semblait que leur collaboration dût s’imposer, réside dans l’opposition de deux conceptions de l’unité du monde serbe : une conception religieuse et une autre « laïque » ou si l’on veut strictement nationale. Ce qui intéressait avant tout le clergé orthodoxe, c'était la libération des chrétiens du joug musulman, la fin du pillage des monastères et des églises. Les prêtres voyaient très favorablement l'intervention de grandes puissances en faveur des chrétiens et saluaient les efforts déployés par la Russie et la pression qu’elle exerçait auprès de la Porte dans l'intérêt des populations orthodoxes. L’idée d’un grand État national était beaucoup plus lointaine et beaucoup plus obscure chez eux. Non pas que le clergé manquât de patriotisme, mais parce que l'exemple et l’histoire de son Église ne l’avaient guère habitué à la notion d’unité : dans les années 50, le Patriarcat de Sremski Karlovei, la Métropolie du Monténégro, celle de Belgrade, enfin le Patriarcat œcuménique lui-même revendiquaient avec des arguments également probants la succession du Patriarcat de Peé. Tout au plus, et dans la plus audacieuse des hypothèses, l’Église de Serbie pouvait-elle espérer la réunion de tous les Serbes orthodoxes sous son autorité. Mais elle restait indifférente à la question des Slaves du Sud catholiques. Au contraire, pour Garasanin, la participation des Croates au grand État yougoslave était essentielle. Pour l’obtenir ainsi que celle des autres Slaves du Sud catholiques, il était prêt à toutes les concessions sur la question religieuse.

C’était sans doute lâcher la proie pour l’ombre. Peut-être avait-il été abusé par le caractère chaleureux des relations entre Jelaëié et le Vojvode Kniéanin, les manifestations de fraternité serbo-croate de l’Assemblée nationale de Sremski Karlovci, les témoignages enthousiastes de solidarité slave lors du séjour du patriarche Rajaëié à Zagreb. Cette exaltation tomba assez vite !.

Le court séjour à Belgrade de Ljudevit Gayj, un fiasco complet (25-29 octobre 1852), fut l’occasion de manifestations populaires assez violentes, motivées par certains articles qu’il avait publiés dans

1 Stranjakovié (Drag.), art. cit., Monde Slave, juin 1835, p. 402.

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ses Narodne Novine. La froideur de cet accueil inclina Gaj à serapprocher de Miloë Obrenovié dont il gardait pourtant d'assez mauvais

souvenirs 1. 7

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