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LA RÉFORME DE L ÉGLISE SOUS LES CONSTITUTIONNALISTES

tion pratique à un problème resté depuis longtemps en suspens. dans l’Église orthodoxe serbe : celui du costume ecclésiastique. Les prêtres orthodoxes serbes avaient toujours éprouvé une certaine répulsion pour « l’uniforme » qu’on essayait de leur imposer.

Le règlement du 10 octobre 1854 décrivait dans son détail le costume adopté : les prêtres séculiers devaient porter un costume bleu foncé : le surtout assez long avec des manches longues sans broderies ni chamarrures à leur extrémité. Chez les diacres et les prêtres, le surtout (dZube) était de couleur bleue « tout à fait foncée » — et la ceinture était de même teinte. Chez les vicaires, le surtout et la ceinture étaient « de couleur cerise » ; chez les archiprêtres, d’un rouge un peu clair. La coiffure restait la même qu'auparavant, en drap noir. Les moines portent un costume de drap noir, ou d’une autre étoffe de même couleur, avec une ceinture noire. Les igoumènes porteront une ceinture couleur cerise (comme les vicaires). Les protosyncelles et les archimandrites auront une ceinture rouge clair comme les archiprêtres, mais tous porteront la capuche (kamilavka) !

Il nous reste maintenant à examiner les règlements synodaux marqués d’un caractère social, politique ou national. Déjà sous le règne du Knèze Milos, l'influence du clergé sur la vie sociale était notable, particulièrement en ce qui concernait son intervention dans la législation matrimoniale. Pendant le règne du Knèze Aleksandar Karadjordjevié, cette législation du mariage ne subit pas de modifications considérables et l’on ne peut prétendre qu’il y ait eu un adoucissement quelconque du régime précédent ; au contraire, le Synode épiscopal, dans un règlement du 4 mai 1857, blâme avec sévérité les prêtres qui ne tiennent pas suffisamment compte des prescriptions concernant l’âge requis pour les candidats au mariage. Il rappelle que l’homme doit être âgé d’au moins 17 ans et la femme d’au moins 15 ans. Le règlement précédent de 1837, qui était l’œuvre personnelle du Métropolite Petar, interdisait tout mariage entre des hommes de moins de 17 ans et des femmes de moins de 14 ans (jer kako svjatost tako 1 cjelovi tajni iziskuju zreliji vozrast…) ?

Plus libérales apparaissent les initiatives prises par le Synode en faveur des familles indigentes des prêtres défunts. Une coutume voulait déjà que l’on procédât aux funérailles de ces prêtres sans exiger la moindre rétribution. Le règlement du 6 avril 1855 confirmait tous ces privilèges. Le même souci d'humanité transparaissait dans une mesure d’une toute autre nature concernant les condamnés. Les prêtres étaient priés d'inviter ceux-ci à se confesser et à! com-

1 Zbornik pravila, pp. 83-84.

2 Zbornik pravila, p. 218.

186 LE RÈGNE D’ALEKSANDAR KARADJORDJEVIÉ

munier. Le même souci était pris des condamnés à mort qui, même s’ils n’étaient pas dignes de la communion, vu la gravité de leurs crimes, pourraient cependant, quelques jours avant l’éxpiation, et s’ils exprimaient leur repentir, être admis à la recevoir po primeru razbojnika na Krstu koji se pokajao te ga je zbog toga Spasitelj pomilovao 1 (juin 1846).

Ces « adoucissements » sont significatifs ; ils prouvent que, dans ce domaine du moins, l’Église conservait encore un peu de tolérance primitive. Douze ans plus tard, un nouveau règlement insistait encore une fois sur les devoirs des prêtres à l’égard des condamnés à l’emprisonnement ou à la peine de[mort :« L’amour de l’Église du Christ envers les croyants ne s’affaiblit pas quand ceux-ci tombent dans le péché et commettent des transgressions de 1a loi, mais leur offre alors son secours en permettant et en accueillant leur repentir et en les invitant à s’arracher au péché » ?.

Le Synode prévoyait même à ce sujet une collaboration des autorités religieuses avec les autorités civiles, chargeant ces dernières d’avertir l’Église dès que des prisonniers se trouveraient, par suite d’une maladie, en péril de mort, afin que l’on puisse procéder d’urgence à leur confession et à l’administration du sacrement eucharistique. Quant aux condamnés à mort, trois jours avant leur exécution, on leur envoyait un prêtre quise chargeait de la confession et de la communion. L'Église ne s’opposait pas, si les condamnés à mort avaient fait preuve d’un sincère esprit de repentir, à ce que leurs familles ou leurs proches fissent célébrer des requiem, mais dans le silence, sans solennité (da mu srodnici mogu &initi crkveni spomen u svakoz tihosti à bez spolja$nji toréestva….) 3.

C’est ainsi que se nouaient discrètement — dans la pratique — les premiers liens entre l’administration civile et l’administration religieuse, liens d’autant plus importants que jusqu’iei les rapports entre l’Église et l’État s’étaient traduits uniquement par les rapports personnels du Métropolite et du Knèze, ce dernier se bornant d’ailleurs à approuver et à donner force de loi aux décisions du premier, quand il ne s’avisait pas de lui imposer sa propre volonté. Du jour où la religion orthodoxe serbe manifestera son besoin d’un appui permanent de l’État, d’une collaboration des administrations civiles et religieuses, elle participera elle-même au prestige (comme aux préventions) dont jouit, dans l'esprit des masses, tout «ce monde supérieur ». En d’autres termes, de religion nationale qu’elle était,

1 Zbornik pravila, p. 149.

? Mai 1858. Zbornik pravila, p. 56.

3 Zbornik pravila, p. 57,

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