MIHAILO ET LA RUSSIE
vait concevoir un rapprochement serbo-russe sans son intervention. Quand Blaznavac, dans l’automne de 1868, avait voulu engager des négociations directes avec Gorëakov, c’était au Métropolite qu’il s'était adressé, en dépit du refroidissement qui régnait entre eux depuis qu’au lendemain de la catastrophe de Topèider le Métropolite avait été écarté du nombre des Régents, contrairement à la volonté expresse de la Russie 1,
Sa popularité dans l’Empire allait en croissant sans cesse. En 1869, lorsqu'il se rendit en Russie pour assister au « cinquantenaire » de l’Académie Spirituelle de Kiev, son voyage fut un véritabletriomphe. Il fut solennellement reçu par les Autorités religieuses et civiles à Moscou et à Pétersbourg ?. Le 26 octobre 1869, il était accueilli par la Société slave qui tint en son honneur une assemblée générale de tous ses membres. Il fut salué par A. F. Hilferding et I. Filipov. St. M. Dimitrijevié soutient que c’est à partir de ce voyage en Russie (où 1l fut accompagné par le célèbre archimandrite Niéifor Duëié et l’igoumène Josip) que « Mihaiïilo commence à devenir pour la Russie officielle, pour l’Église russe et pour la grande nation russe la personnalité la plus significative chez les Slaves non russes, dans le Midi orthodoxe et en général en Orient 3 ».
Si, pendant la guerre qu’elle dut soutenir avec la Turquie, la Serbie reçut de la Russie une aide morale et financière, bien que le gouvernement russe ne lui fût guère favorable, c’est au Métropolite Mihailo qu’elle en fut redevable: le prélat jouissait d’un énorme prestige auprès des comités slavophiles. Jamais, toutefois, la Russie n’avait mieux témoigné sa sollicitude pour Mihaïlo qu’à l’occasion du Jubilé qui, quelques jours avant que le Patriarche œcuménique proclamât l’autocéphalie de l’Église serbe, consacrait en 1879 ses vingt-cinq ans de vie pastorale. Le Métropolite de Moscou, Makarije, et le Comte Dmitrij Tolstoj envoyèrent leurs plus chaleureuses félicitations. La « Bibliothèque impériale » de Pétersbourg, dont le Métropolite était membre d’honneur, lui adressait un message enthousiaste, lui souhaitant de rester de longues années encore à la tête de l’Église serbe 4, Enfin, la « Société Slave» de Pétersbourg se montrait encore plus expansive
arrivée à Belgrade, il me parla de Pétersbourg, d’où je venais alors, dans des termes qui m'ont donné à croire qu'il a rapporté de Kieff un attachement pour la Russie que je pourrais presque qualifier de dévouement absolu... » (Aff. Étr. Îs. Belgrade, 19 décembre 1859).
1 Jovanovié (Slob.), Vlada Milana Obrenovica, t. I, p. 194, n° 2.
2 Dimitrijevié (Arch. St. M.), Mihailo larhiepiskop beogradski 1 Mitropolit Srbije, p. 25.
3 Dimitrijevié (Arch. St. M.), op. cüt., p. 25.
4 Svetkovina 25-togodi$nje arhijerejske sluëbe Mitropolita Srpskog Mihaila, p.100.
… « La Sainte foi orthodoxe, semée dans le champ slave, grâce à l'effort des Saints apôtres slaves Méthode et Cyrille, est le bien le plus précieux du monde slave, la barrière qui défend le plus solidement ses libertés raciales et spirituelles — c’est la protectrice et la gardienne de ses principes nationaux !..
… Servir l’Orthodoxie c’est servir le slavisme. Mais ce service sur le plan religieux est bien plus pénible que dans le domaine politique.
… Votre parole pastorale a été entendue, non seulement au sein de votre troupeau, dans le peuple serbe, mais, ainsi qu’on a pu le voir en 1875, elle a retenti aussi dans le peuple russe quand vous avez lancé votre appel en faveur d’un secours aux Herzégoviniens qui luttaient pour la foi orthodoxe...
… Vous avez béni le début de la lutte pour la liberté. Vous avez, par votre parole et par vos actes, soulagé les blessures et l’indigence des victimes et de tous ceux qui participaient à cette lutte. Les Russes qui, durant ces quatre dernières années, étaient en Serbie, vous sont presque tous obligés pour votre aide ou pour vos conseils. Chacun d’eux conserve respectueusement un souvenir reconnaissant de Vous. Plus tard votre activité vous a rapproché encore davantage de la société russe et du peuple russe... 1 ».
La Russie, qui déjà ne tenait plus le Knèze Milan pour un allié très sûr, avait profité de l’occasion pour l’humilier en accordant au Métropolite un ordre plus élevé que celui dont elle avait gratifié le souverain ?.
Ce jubilé révéla l'extraordinaire popularité de Mihaïlo non seulement dans les cercles ecclésiastiques de Belgrade et de Saint- Pétersbourg, mais aussi dans la haute société des deux pays. En Russie, en particulier, certains milieux croyaient à une mission « slave » du Métropolite.
« Plaise à Dieu, lui écrivait N. Durnovo, que le jubilé de vos vingt-cinq ans de service pastoral, célébré dans le même temps que le patriarche de Constantinople reconnaît l’indépendance de l’Église serbe, soit le signe précurseur que le moment n’est pas éloigné où Votre Éminence deviendra le chef suprême de la hiérarchie serbe unifiée, de même que le moment n’est pas éloigné où non seulement la Sumadija, mais aussi les hiérarques de Bosnie, de Vieille Serbie, du Monténégro, d’Herzégovine, du Srem, de la Baëka et du Banat, et des autres pays serbes, s’uniront en un tout politique et religieux... 5»
1 Svetkovina 25-togodisnje arhijerejske slu*be Mitropolita Srpskog Mihaila, p. 103-104.
? Jovanovié (Slob.), Vlada Milana Obrenoviéa, t. II, De297
on 25-togodiénje arhijerejske sluëbe Mütropolita Srpskog Mihaila, p. 108-109.