‹ La Serbie et Son ÉgliseChapitre 75 sur 197 · LE SACRE DU SOUVERAIN SERBE · texte numérisé non relu

LE SACRE DU SOUVERAIN SERBE

Jusqu’à ce que Milan soit monté sur le trône serbe, les différents souverains qui s'étaient succédés fondaient leur autorité à la fois sur le consentement populaire et la reconnaissance officiellement exprimée de la Sublime Porte. On a vu que Petar lui-même se gardait bien de justifier les aspirations au pouvoir absolu du Prince. Un contrat, toujours révocable, liait le Souverain à son peuple qui, en quelque sorte, restait l'interprète sur la terre des volontés divines. Ce n’est qu'après l’assassinat du Prince Michel à Topéider que l’on éprouva le besoin de donner à la dignité suprême de la Principauté le prestige que pouvait seul lui conférer une consécration religieuse. C'était aussi un moyen de mettre un terme à l’anarchie que de rendre à la personnalité du souverain le caractère sacré qu’elle avait au moyen âge. Ces considérations expliquent que le Métropolite Mihaïlo se soit efforcé de donner à la cérémonie de sacre princier toute l’ampleur et toute la majesté qu’il lui attribuait dans le passé. Le jeune Milan fut solennellement oint (miropomazan) dans l’église cathédrale de Belgrade par le Métropolite Mihaïlo, le 23 juin 1868. Tout le haut clergé serbe assistait à cette cérémonie, que l’évêque de Zita, Sava Deëanac, nous a décrite avec exactitude :

« Le Métropolite, les évêques et le clergé attendaient le Knèze à la porte occidentale de l’église. Quand le souverain entra dans l’église, un des évêques l’encensa. Le Métropolite lui présenta la croix à baiser, l’aspergea d’eau bénite, et lui tint l’homélie suivante :

« Les bras ouverts et le cœur plein de chaleur, Nous venons à Ta rencontre sur le seuil de la Maison de Dieu, dans laquelle Tu pénètres pour recévoir la consécration de l’Église à la dignité de Souverain serbe, à laquelle T’élèvent Dieu et l’amour de la nation... 1»

1 Évêque Sava Deëanac, Vladalac i narod (Krunisanje i Miropomazanje Vladaoca, duënosti njegove i narodne), Belgrade, 1897, p. 197.

Ainsi, détail caractéristique, à l’origine du pouvoir du Knèze, le Métropolite Mihailo distingue trois éléments : le consentement populaire, le choix divin, et l'approbation de l’Église serbe. C’est dire qu’il ne peut nullement être question d’une « royauté sacerdotale », ni d’une «royauté de droit divin » comme l’envisageront, au moment du conflit de l’Église et de l’État, certains milieux progressistes. Mais poursuivons le récit du Sacre : :

« Après (le discours du Métropolite) le clergé précéda le souverain jusqu’au milieu de l’église, puis il entonna le Psaume CI de David 5 « Je chanterai la bonté et la Justice : Éternel ! je Te psalmodierai. » Parvenu au centre de l’église le cortège s’immobilisa. Alors du haut de l’ambon le Métropolite annonça au Souverain qu'il allait lui demander une profession de foi publique. Milan lut le Symbole de la religion orthodoxe que deux évêques lui présentaient. Puis l’office liturgique commença par le triple chant du Tropaire : Spasi, Gospodi, ljudi tvoja.…. ;se poursuivit par la lecture de l’Épitre aux Romains : (Que toute personne soit soumise aux puissances supérieures; car il n’y a pas de puissance qui ne vienne de Dieu et les puissances qui subsisteront ont été établies par Dieu. » (Épitre aux Romains, XIII,1). Enfin, après les dernières prières, le Métropolite procéda au rite de l’onction avec l’ Huile Sainte, tandis que sonnaient toutes les cloches belgradoises et que retentissaient les canons de la forteresse. Une allocution du Métropolite conclut la cérémonie et Mihailo eut l’occasion de rappeler au Peuple l'interdiction divine qui protégeait les « Oints du Seigneur » : Ne prikasajtesja pomazanim mojim !. Le roi Alexandre devait être consacré avec le même cérémonial et les mêmes paroles devaient être prononcées pour lui, le 20 juin 1889, comme elles l’avaient été pour son père ; mais le sacre ne lui permit pas d’échapper à sa destinée.

Minaiczo ET LA RUSSIE.

Si le Métropolite jouissait en Serbie d’un prestige politique aussi exceptionnel, si l’on recherchait aussi avidement son appui tout comme l’on redoutait son inimitié, c’était moins à son tempérament de polémiste ou à sa position de premier plan au sein du parti libéral qu’il en était redevable, qu'aux solides attaches qu’il avait conservées en Russie. Le Métropolite Mihaïlo a été le premier Serbe profondément russophile : par sentiment et par politique ?. On ne pou-

1 Sava Deëanac, op. cit., p. 203.

? En décembre 1859 l’agent de la France à Belgrade, de Vallat, notait déjà la russophilie du Métropolite : « Lorsque j’eus l'honneur de voir ce prélat à mon

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