MIHAILO ET LES JUIFS DE BELGRADE
général d'Angleterre à Belgrade Longworth des compléments d’information sur « l'antisémitisme serbe ». L'agent diplomatique affirma qu'on avait beaucoup grossi les incidents de 1865 : « Examinée de près, cette accusation se réduit à deux meurtres commis dans l espace de deux ans en tout, et si l’on tient compte du nombre des Juifs et de celui des Serbes, ainsi que de l'esprit d’illégalité qui règne encore dans ce pays, c’est un chiffre dont les premiers ne peuvent avoir aucune raison de se plaindre ». Ces explications ne satisfirent guère Lord Stanley qui, le 29 mars 1867, dut répondre à une violente interpellation de Sir Francis Goldsmid à la Chambre des Communes. L’orateur avait grossièrement attaqué la Serbie, prétendant que les Serbes ne persécutaient point les Juifs par fanatisme religieux mais par jalousie : « C’est donc l’égoisme qui se couvre des dehors du fanatisme, genre d’hypocrisie plus méprisable que le fanatisme s’il n’était plus dangereux ! ». Lord Stanley demanda à son ambassadeur à Constantinople Lord Lyons de s'entremettre auprès du Prince Michel s’il se rendait, ainsi qu’il en avait l'intention, à Constantinople, en faveur des Juifs de Serbie et de lui exposer « l'impression pénible produite sur la Chambre des Communes » par les persécutions de 1865 2. À son tour l’Italie intervenait, le 15 septembre 1869, d’ailleurs sur un ton amical, pour demander à la Serbie de supprimer les restrictions de droit dont souffraient les israélites. Devant ces protestations étrangères, le gouvernement résolut de poser la question juive devant la Skupétina qui se tint en 1869 à Kragujevac. L'article 23 de la Constitution nouvellement votée prévoyait « l’égalité de tous les citoyens sans distinction de culte ». Le Prince Michel n’était plus, mais ses préventions antisémites survivaient dans le gouvernement de la Régence qui réussit, malgré la majorité de la Skupétina, à maintenir des dispositions défavorables aux Juifs $. Après l’assassinat du Prince Michel, les Juifs avaient vite retrouvé leur prospérité économique. Pratiquement, ils jouissaient des droits municipaux et politiques. Un juif, Avram Ozerovié, avait même été candidat du gouvernement pour la Skupétina de 1877 et il avait été élu brillamment. Cumié avait été assez habile pour gagner au parti conservateur les voix juives. C'était une trouvaille heureuse de ce
1 Loeb, op. cit., p. 75.
2 Loeb, op. cit., p. 75.
83 Lévy (B.), Die Judenfrage in den Donaufürstenthümern, Berlin, 1872, p. 36.
Il y a lieu de noter que ce furent alors les juifs sefardis (Juifs espagnols assez nombreux à Belgrade) qui souffrirent le plus de ces brimades ; les eskenazis, restant en liaison étroite avec leurs coreligionnaires d’outre Save, eurent l’habileté de se mettre sous la protection de l’agent diplomatique de l’Autriche. Voir sur ce point Slang (Ignjat), Jevreji u Beogradu, Belgrade, 1926.
politicien que de faire tenir au grand rabbin le rôle précieux d'agent électoral : le Bulletin de l’Alliance Israélite retrace comment « les Israélites se réunirent.… dans le local du Ticcoun Haçoth. | Après les prières accoutumées, le rabbin prononça une allocution où il pressait les assistants de ne pas s’abstenir (aux élections), attendu que la participation au vote était une condition nécessaire de l’obtention de leurs droits 1. » Ces espoirs furent déçus. Pour obtenir leur émancipation totale, les Juifs devront attendre le Congrès de Berlin et «sa clause spéciale en faveur des Israélites » ?. Clause d’ailleurs vivement combattue par le Prince Gorëakov qui pensait que la Serbie ne pouvait mieux faire qu’imiter la Russie $. Milan n’avait point de préjugés antisémites. En aurait-il eu qu’il aurait dû apprendre à s’en libérer, car ses fréquents besoins d'argent l’obligèrent à multiplier ses appels à la finance juive. Comme Knèze, puis comme Roi, il,sera entouré de nombreux israélites dont beaucoup seront ses amis personnels ou ses protégés, tels Avram Ozerovié, Samuilo Davico ou Simon Bernfold .