RÔLE DU CLERGÉ DANS LES OPÉRATIONS MILITAIRES
monastère de Banja, Prokopije Bujëié, devait se retirer en Serbie en 1878.
Dans la principauté de Serbie, ces luttes, par le grand nombre des prêtres qui y participèrent et l’enthousiasme extraordinaire qu’elles soulevèrent dans le clergé, méritèrent d’être qualifiées de « croisade ». Les noms les plus respectés de l’Église serbe s’y couvrirent de gloire. Tel l’archimandrite Niéifor Duëié, natif d’Herzégovine, qui avait pris part aux luttes de 1861-1862, et qui fut en 1876 nommé Commandant du corps de volontaires de l’Armée del’Ibar!; blessé dans un des premiers engagements, iln’en prenait pas moins dans la guerre de 1877-78 le commandement de la troupe d’insurgés du corps du Javor. Cette troupe qui comptait 2.800 volontaires offrait un aspect singulier par le nombre et le rôle des prêtres qu’elle comprenait. Duëié avait réussi en effet à imposer à ses volontaires le commandement de ces « officiers d’Église » qui se hiérarchisaient suivant leurs rangs ecclésiastiques : deux archimandrites, deux archiprêtres, onze prêtres.
Un autre prélat, qui eut la mission d’organiser et de commander les volontaires du camp de Kruëevo, fut l’archimandrite Sava Detanac — futur évêque de Ziëa —. Ces deux chefs religieux et militaires rendirent à la Serbie de précieux services. Ils lui apportaient en effet non seulement un concours matériel, mais surtout l’appui de leurs relations, de leurs connaissances des pays serbes hors de la principauté. L’archimandrite Niéifor Duëié avait beaucoup d’amis et de partisans en Bosnie et Herzégovine. Sava Deëanac, ancien moine de Deëani, puis instituteur à Peé et enfin recteur du Séminaire de Prizren, avait conservé de solides attaches avec la Macédoine.
Dans les rangs du bas clergé, ces guerres connurent une popularité singulière : 333 prêtres de la petite principauté de Serbie s’engagèrent dans les milices, ce qui est un chiffre énorme pour l’époque. Les prêtres qui ne partaient pas contribuèrent beaucoup à entretenir l’enthousiasme guerrier des populations en leur tenant, à l’issue des services religieux, de vibrantes harangues patriotiques *. Mihaïlo I.
1 L’archimandrite Niéifor Duëié a écrit une Histoire du corps de volontaires de l’ Armée de l’Ibar.Ci. Politika, 28-7-1936.
Cf. aussi le livre de Djordjevié (Vladan) : Plemeniti profesor Nicifor Duëié Belgrade, 1880.
2? Nous possédons encore l’ardent appel aux armes de l’archimandrite de Banja (Bosnie), Prokopije Vujièié, qu’il lançait aux insurgés, le 15 août 1875, de son monastère. « Le moment était venu de venger Kossovo. Le moment était venu de cesser d’être des raïas turcs ». Mais son élan restait purement patriotique. C'était à une guerre nationale qu’il conviait et non à une guerre de religion. « Toutes les religions, les dignités, les fortunes et les droits doivent être sacrés aux yeux de chacun de nous . » En Serbie, le clergé ne se bornait pas à cet effort oratoire.
308 LA « cRoISADE » DE 1875-1878
Popovié a dressé la liste des faits d’armes et actes d’héroïsme des membres du clergé, d’après laquelle il apparaît que la participation de celui-ci n’a pas été moins effective et moins féconde en 1876-1878 que lors des premières luttes libératrices de 1804 et 1813. C’est un prêtre d’Uzice, Milan Djurié, parcourant en tous sens, avant l’ouverture des hostilités, le Sandjak de Novi Pazar, préparant ouvertement, et malgré les plus grands périls, l'insurrection et envoyant régulièrement des rapports sur son activité au Métropolite Mihailo. Le même Djurié savait être aussi brave soldat qu’agitateur habile, puisque dans la bataille du Javor il se faisait blesser en entraînant ses hommes qui l’appelaient « Pop Zmaj ». C’est le moine Genadije, du monastère de Draëa, allant, au péril de sa vie, ramener les blessés et enterrant religieusement les morts. L'autorité militaire signalait elle-même son héroïsme au Métropolite Mihailo. Ce prêtre soldat eut l'honneur de pénétrer le premier dans Ni délivrée, ce qui, comme le dit l’évêque de Nis, Viktor, en 1878, « agit fort heureusement sur la population présente ».
Le « Séminaire des étrangers » fournit un corps incomparable de prêtres combattants. M. S. Milojevié renonça à la chaire professorale pour s’engager dans les rangs des volontaires. Un de ses plus courageux élèves et officiers fut Grigorije Cemerikié, un Serbe de Prizren, futur prêtre de cette ville et qui avait achevé toutes ses études au Séminaire de Belgrade !.