‹ La Serbie et Son ÉgliseChapitre 100 sur 197 · LOYALISME DU CLERGÉ DES RÉGIONS LIBÉRÉES · texte numérisé non relu

LOYALISME DU CLERGÉ DES RÉGIONS LIBÉRÉES

Le clergé des provinces libérées avait toujours témoigné un sincère loyalisme. Certains prêtres avaient même fait montre d’un réel courage. Le pope Petar Ikonomovié, prêtre de la ville de Nië, avait, dans le mois de février 1874, préparé le soulèvement contre la domination turque avec une vingtaine de patriotes serbes. Découvert par la police, il s’était réfugié en Serbie et n’était rentré dans sa ville qu'avec les troupes libératrices ?.

Nombreux étaient les popes du district de Vranje qui n’avaient pas craint en 1878 de prendre fait et cause pour leur patrie : Stojilovié, Vasilije Popovié et Stojiljko Popovié %. Leur dévouement avait précieusement contribué à obtenir du reste du clergé local une prompte soumission et à effacer les dernières traces de l’Exarchisme

* Kostié (Petar), Crkveni #ivot pravoslavnih Srba u Prizrenu i njegovoj okolini u XIX veku, Belgrade, 1928, p. 35.

? Popovié (Mih. I.), op. cit., p. 210.

3 Popovié (Mih. L.), op. cit., p. 211.

peu puissant du reste dans ces régions. Le Métropolite Mihailo avait déployé une grande activité pour rallier les hésitants. Jamais on n’avait mieux été à même de constater ses qualités de pasteur et de propagandiste. Le Knèze Milan fut le premier à féliciter le chef de: son Église et le clergé des nouvelles provinces par un vibrant message télégraphique adressé de Nis, le 1€T janvier 1878, à Mihailo :

« Le clergé du peuple serbe s’est toujours distingué par son nationalhsme, pour avoir toujours donné l’exemple des vertus patriotiques et pour, aux jours d’épreuve et de souffrance, avoir partagé les destinées de la nation et l’avoir confortée par la plus grande consolatrice humaine, la Religion. Aux jours de bonheur et prospérité il dirigea ses pas dans le chemin de la morale et de la vérité. Je suis profondément ému par les sentiments de fidélité et de dévouement que Votre Éminence M’a exprimés aujourd’hui, au nom du clergé de notre patrie, et en vous priant de lui transmettre Ma reconnaissance princière, je Me recommande, ainsi que Ma Maison, Ma glorieuse armée et Mon cher peuple, aux prières de Votre Éminence 1. »

Le Knèze répondait également à un message du clergé belgradois :

« La joie populaire pour l’héroïque et glorieuse prise de Nië vous a aussi enthousiasmés, vous nos maîtres de la religion ; deux diocèses des Némanides se sont libérés du lourd croissant (Dove Nemanjinske eparhije oslobodi$e se te$kog meseca) et l’étendard de la liberté humaine flotte sur Toplica et sur la vieille Remesiana, symbolisant l'amour du prochain. Notre armée héroïque, champion de la liberté et des droits de l’homme, en prières devant l’autel, s’écrie joyeusement : Da vaskrsnet rod na$ 1 da rastoëatsja vrazi ego !?»

Cependant, à l'heure même où tous se congratulaient sur le loyahsme et la fidélité du clergé orthodoxe serbe, une nouvelle occasion s'était offerte de mettre en doute son attachement à la dynastie des Obrenovié. Si dans l’ardeur de la lutte contre l’infidèle les popes avaient fait taire momentanément leurs passions partisanes, la question dynastique, loin d’êtredéfinitivement résolue, en août 1877, par la naissance d’un héritier de Milan, allait être à nouveau remise en discussion. Depuis les débuts de 1875, Pierre Karadjordjevié était un des animateurs de l’insurrection en Bosnie où il guerroyait, comme chef de haïdouques, sous le nom de Petar Mrkonjié, héros

1 Ibid., p. 317.

2 Popovié (Mih. L.), op. cit., p. 210.

C’est l'adaptation aux circonstances du début du célèbre chant pascal orthodoxe : Da vaskresnet Bog 1 rastoiaisja vrazi jego !

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national dont les chants populaires conservaient le'glorieux souvenir. Il conquit très vite une grande popularité non seulement chez les combattants de Bosnie et Herzégovine mais surtout dans la Principauté de Serbie. Sa proximité plus que ses succès inquiétait le Knèze Milan et l'Autriche à un tel point qu’il fut contraint d’abandonner le commandement de ses bandes. Pendant son court séjour dans la Krajina bosniaque, il était parvenu à nouer des relations personnelles avec de nombreux prêtres de la région, chefs de bandes eux aussi, et en particulier avec le célèbre pope Karan. Ilavait trouvé également une aide précieuse chez les popes Joca Zivkovié, Aleksa Ostojié et Samuilo Ostojié qui furent ses compagnons de combat.

En Serbie un événement assez grave révéla les liens qui unissaient certains membres du clergé national à la dynastie déchue des Karadjordjevié. A la veille de la seconde guerre serbo-turque de:1877, le 26 novembre, un des bataillons que l’on avait réunis près de Kragujevac pour la cérémonie traditionnelle de prestation de serment se rebella, se mit en marche dans le désordre le plus complet vers le «berceau des Karadjordjevié », Topola, y parvint sans encombres et s’y retrancha en s’efforçant de soulever la population des environs. Rien de plus ordinaire que ce « putsch » militaire (SI. Jovanovié) qui sera d’ailleurs très facilement étouffé. Mais le plusintéressant, ce sont les complicités que l’on va découvrir aussitôt après la répression et au cours du procès auquel elle donnera lieu : un des chefs des insurgés, un sous-officier du nom de Milovan Zivié, avait été poussé à la sédition par le pope de Topola, Panta, partisan ardent des Karadjordjevié. Tous deux n’étaient d’ailleurs que des comparses. On arrêta comme instigateurs du complot le colonel Jevrem Markovié, frère de Svetozar Markovié, un des chefs du radicalisme serbe et, à l’autre extrémité de la scène politique, Aéim Cumié, ancien président du Conseil. Ce dernier, un curieux personnage, dilettante cultivé et disert mais politicien passionné, avait toujours impitoyablement poursuivi ses ennemis, au premierrang desquels se trouvait le Métropolite Mihaïilo qu’il traitait haineusement d”’ «(espèce de moine » («ona kaludjerètina »...) Cumié échappera du moins à la peine capitale, tandis que Jevrem Markovié et le Pope Panta, ainsi que les autres conjurés, seront fusillés à Arandjelovac en mai 1878 1, Cette sédition de Topola, militairement insignifiante, aura de grandes répercussions sur la vie politique intérieure de la Serbie. Ni les conservateurs ni les radicaux ne pardonneront de si tôt aux libéraux les

1 Cf. sur cette affaire Jovanovié (Slob.), Vlada Milana Obrenoviéa, tome IT, pp. 159-179 ; Zivanovié (Ziv.), Politiéka istorija Srbije, t. I,pp. 363-364, n. 3. ÆEncyclopédie S. C. S. : art. Topolska Buna.

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