THE NEW YORK
A0TO1I, LiMOX ANO TiLOEN ItNMQATIONtb
Lorsqu'on jette les yeux sur une carte d'Europe, l'attention est invinciblement attirée par l'espace considérable que la Russie occupe sur le continent. Le testament politique de Pierre le Grand revient forcément à la mémoire, et l'on se demande comment les ambitions moscovites ne sont pas déjà des faits accomplis. Cet immense empire pèse d'un tel poids sur la péninsule des Balkans que son extension, au delà du Danube, semble être la loi naturelle de son développement.
Cette éventualité n'est entrée dans les préoccupations de la diplomatie européenne qu'à une époque relativement récente. Avant 89, quelques hommes politiques pouvaient avoir, à cet égard, le pressentiment de l'avenir; mais, si l'on parcourt l'histoire de la Révolution et de l'Empire, on n'y rencontre à \^ chaque page qu'un fait général : l'alliance continen- ^ taie contre la France. Notre prépondérance est l'uni* ^ que danger qui menace la paix du monde, notre puissance est la seule qu'on s'efforce de briser I La Russie et l'Angleterre combattent la main dans la main, nourrissant une pensée commune : dompter, ^duire, affaiblir la France 1
Le premier Empire écroulé, la Sainte-Âllianôe
— Tin —
arrange à sa guise les affaires de TEurope. On songe si peu, à Londres, aux projets de Saint-Pétersbourg sur le Bosphore, que le cabinet de Saint-James participe, avec la Russie et la France, à l'émanci- •pation delà Grèce.
Et cependant, c'est de la bataille de Navarin (20 octobre 1827) que date le mal incurable dont nous voyons la Turquie mourir. A partir de ce moment, TEurope s'aperçoit que le successeur des khalifes fait peser sur ses sujets chrétiens la plus intolérable des oppressions; les nationalités qui constituent la population de la péninsule sont pour ainsi dire dans un état permanent de révolte, et, en réalité, le pouvoir qui siège à Stamboul serait impuissant à se défendre, si la Russie mettait une armée au service des Slaves des Balkans. Cette situation apparut aux hommes d'État anglais comme la révélation soudaine d'un péril immense. Ces Bosniaques, ces Bulgares, ces Serbes, hier encore inconnus, étaient les alliés naturels des czars. N'appartenaient-ils pas à la même race ? Ne professaientils pas la même religion? L'Angleterre sentait grandir dans l'ombre un adversaire d'autant plus redoutable qu'il était à même de l'atteindre dans ce qui lui tient le plus à cœur : sa vaste colonie asiatique. La Russie pouvait, d'un jour à l'autre, se trouver à la tète du continent, tenir le Sultan à sa merci et créer, à son gré, parmi les musulmans de rinde, contre l'autorité britannique, des soulève-
ments qui seconderaient à merveille sa marche progressive dans TAsie centrale. L'alliée du Czar, lorsqu'il s'était agi de lutter contre Napoléon P% sortit dès ce moment de son ancienne alliance, et, sans aucune fausse honte, se tourna vers la France pour maîtriser « le colosse du Nord » .
Notre situation était excellente. Courtisés par nos implacables ennemis de la veille, nous pouvions jouer un rôle décisif. Il suffisait, au cabinet des Tuileries, de se déclarer hautement le protecteur des chrétiens en vertu de toutes les traditions de notre histoire, et de favoriser l'émancipation des Slaves de la Turquie, de môme que nous avions concouru à celle des Grecs. La Russie était obligée de nous suivre dans cette voie, sous peine de perdre à jamais toute influence sur ses coreligionnaires des Balkans. Ainsi la question d'Orient, à peine posée, se trouvait résolue conformément aux principes du droit et dans l'intérêt supérieur de la civilisation. Les légitimes possesseurs du sol, violemment dépouillés au XV" siècle par les hordes turques, étaient rendus à leur destinée, et, renouant leurs annales interrompues pendant quatre siècles, opposaient désormais aux ambitions de la Russie une barrière définitive.
Au lieu d'obéir à ces considérations qui, pour être élevées, n'en offraient pas moins la solution la plus pratique de ce redoutable problème, nous nous sonmies laissé traîner à la remorque du Foreign- Office jusqu'à ce que la diplomatie du second Ëm-
pire nous ait associés plus effectivement encore à la politique anglaise dans la campagne de Grimée. Ainsi, le cabinet de Saint-James qui, au commencernent du siècle, s'était uni à la Russie pour écraser la France, s'alliait maintenant à son ancienne rivale contre son nouvel antagoniste 1
Depuis cette époque, le gouvernement de la Grande-Bretagne a, sans sourciller, assisté à nos revers militaires et à notre démembrement. Il ne serait probablement pas sorti de son impassibilité égoïste si notre amoindrissement n'avait en quelque sorte mis TEurope à la discrétion des Empereurs alliés. On a vu très-nettement à Londres à quel résultat allait aboutir Faction diplomatique des trois cabinets du Nord. La Russie triomphait à Berlin aussi bien qu'à Constantinople. La politique du mémorandum dépossédait progressivement la Turquie, sans créer cependant pour les provinces slavo-turques Tétat de choses auquel les populations aspirent invinciblement. On plaçait au contraire plus étroitement que jamais les Slaves méridionaux en tutelle. Soumis encore nominalement au Sultan, ils étaient, en fin de compte, sous la dépendance des trois empereurs et devaient fatalement se jeter dans les bras de la Russie. L'avenir dira jusqu'à quel point M. de Bismark a été le complice de l'Angleterre dans l'incident qui a tout remis en question et qui, par le fait, vient d'engendrer la guerre.
Il est évident que, sans une complaisance, qui
ne saurait être gratuite, l'opposition du Foreign- Office n'aurait pu entraver le projet des trois chanbèliers. L'Angleterre ne dispose d'aucun moyen sérieux de résister efficacement à la volonté de l'Allemagne unie au Czar et suivie par l'Autriche. M. de Bismark n'aurait pas pris tout de suite en considération l'attitude du cabinet de Londres, s'il n'avait eu un intérêt à faire échouer le plan du prince Qortschakoff. Or, si l'on songe que la réalisation de ce plan amenait un temps d'arrêt assez long dans les complications orientales et peut-être môme conjurait le conflit pour cette année, on sera bien près de penser que le ministre de l'empereur Guillaumé avait besoin de la guerre et qu'il s'est servi, j)our obtenir ce résultat, des terreurs que l'effondrement de la Turquie et la prédominance de la politique russe inspirent aux hommes d'État britanniques. Il est probable que la déférence du grand chancelier d'Allemagne pour lord Derby n'ira pas jplus loin. La lutte engagée, le prince de Bismark laissera les événements suivre leur cours, évitant de se lier avec l'Angleterre pour Constantinople et avec Saint-Pétersbourg pour les Serbes. Il a conduit en profond politique les choses au point où il les voulait pour rester l'arbitre de la situation et le maître de faire de sa volonté la loi inexorable du continent.
La France a plus que jamais le devoir de se recueillir dans une neutralité absolue. Le spectacle de
rÂllemagne formidablement armée et libre quand tous les autres États vont être plus ou moins mêlés au conflit oriental devrait suffire pour nous inspirer la sagesse au dedans et au dehors. Mais il n'est pas inutile néanmoins de montrer quelle est la part des inconséquences de notre politique extérieure dans la situation menaçante du moment. Il faut que nous mesurions, par la pensée, les avantages que nous eussions retirés d'une attitude constamment conformée nos traditions. Les intérêts de la civilisation se trouvaient identiques avec nos propres intérêts. Il est bon que nous ajoutions, aux douloureux enseignements de 1870, cette haute leçon qui se dégage des faits avec une éloquence chaque jour plus accentuée : les bonnes causes ne sont jamais perdues ; il y a dans les événements une force qui, en dépit de l'habileté des hommes, concourt au triomphe définitif de la vérité et de la justice.
Telle est la cause des. Slaves de la Turquie.
La détermination du prince Milan, si aventureuse qu'elle paraisse à ceux qui ne connaissent ni les Serbes ni les Turcs, ne pouvait subir aucune modification, aucun retard. La principauté est le champion naturel de l'indépendance des Slaves méridionaux ; elle doit jouer, dans la péninsule des Balkans, le rôle du Piémont dans l'œuvre de l'unité italienne.
Déjà, en 1862, lors de l'insurrection de la Montagne noire et du bombardement de Belgrade par
les Turcs, nous disions, dans une première édition de ce livre, en parlant des Slaves de la péninsule :
« Un courant électrique semble remuer la population tout entière, lui communiquer comme un frisson sublime d'enthousiasme et de liberté. Cette insurrection près d'éclore n'est pas une force aveugle qui détruit ; c'est une puissance intelligente qui ne brise que des chaînes : elle a son centre et son point de ralliement. Ce centre, c'est la principauté de Serbie. Les Serbes indépendants se préparent à aocomplir leur mission glorieuse. Ne sont-ils pas les champions naturels de la grande cause de leur nationalité? Lorsqu'on 1848, les Hongrois, libres de la veille, voulurent s'imposer à leurs frères dubanat de Témesvar, n'est-ce pas sur leur intervention armée que la Hongrie dut renoncer à ses prétentions? C'est donc autour de la principauté que la population va se grouper; elle n'attend que son initiative pour se soulever sur tous les points.
)) On se demande si, dans ces conjonctures, la France peut hésiter à soutenir les Serbes dans cette lutte suprême. Notre indiSérence pour ce peuple a été complète jusqu'au moment de la guerre de Crimée. Depuis cette époque, les agents français ont montré pour la population plus de sympathie, plus de sollicitude. Aussitôt notre influence s'est rétablie dans la contrée. C'est en nous, c'est en notre gouvernement que les Serbes mettent leur plus ferme espoir. Ils pensent avec raison qu'une nation comme
— xiy — ' la France ne peut se borner à une protection ssuis efficacité. Us attendit d'elle plus que des sympar thies ; c'est aux mains des libérateurs de Tltalie qu'ils veulentconfierleuravenir. Pour atteindre le but qu'ils se proposent, ils ne lui demandent cependant ni un Lafayette, ni l'escadre de Navarin, ni l'armée de SoUérino : ce qu'ils sollicitent de son gouvernement, c'est uniquement ua appui moral, le concours toutpuissant de son adhésion pour la régénération de leur patrie. Cette intervention pacifique suffirait Wns doute pourempècherles tentatives delà Russie, pour faire avorter les intrigues de l'Autriche ; avec elle, les Serbes auraient bientôt raison de toutes les armées turques et de tous les Omer-Pacha de l'em»pire. Certes, l'opinion publique ne saurait faire défaut, chez nous, à ce peuple héroïque. D'autre part, trop d'intérêts politiques et matériels engagent la France à maintenir, à accroître même son influence dans ce pays ; le rôle qu'elle peut jouer dans l'cBuvre de l'indépendance complète de la Serbie est trop dans ses traditions pour qu'il soit permis d'ébranler la confiance des Serbes. Il semble que ce serait faire une injure à l'habileté de nos diplomates, au sentiment de générosité qui a engagé notre gouvernement dans la guerre d'Italie, que de ne pas confirmer e% peuple dans ses espérances. Je voudrais qu'il me fût donné de dire à ces hommes : Laissez*vous inspirer par ce patriotisme qui a fait votre force et qui fera votre gbire.. N'hésitez pas à tenter cet effort sa-
prème qui doit amener votre régénération et faire renaître la nationalité serbe sur ce sol arrosé de vos larmes et du sang des martyrs de la liberté. La France est toujours cette nation généreuse et puis** santé qui défend les droits des peuples. Laissez ea elle votre confiance; votre espoir ne sera point trompé : l'Italie renaissante est pour vous comme une promesse I i
Cet appel ne fut point entendu ; il ne pouvait l'être. Les préoccupations étaient ailleurs. Nous savourions, dans la plénitude de la paix, les fruits abondants ei délicieux d'une prospérité sans égale. Certes, c'était bien mal à nous de troubler cette quiétude 1 Et pour qui ! Pour quelques sauvages accoutrés en brigands d'opéra-comique I Pour des bandes de rebelles qui tourmentaient ces excellents Turcs si généreux, si loyaux et dont les emprunts à gros intérêts étaient cotés sur toutes les bourses de l'Europe 1
C'est en vainque, pour la première fois en France, «ous avions écrit l'histoire de ce peuple serbe, com*plétement inconnue chez nous. Le public ne s'intéresse qu'à ce qui le touche immédiatement. Que lui importent des faits qui se passent dans ces pays, presque aussi inexplorés que l'Afrique équaloriale I Les événements actuels viennent, ce semble, secouer cette indififérence. Ce qui ne pouvait occuper l'opinion en 1862 Témeut profondément aujourd'hui; on sent que les événements de Turquie peuvent avoir des conséquences jusqu'à nos frontières. Nous avons
pensé qu'il serait utile et intéressant de publier de nouveau ce tableau rapide, mais complet, du passé de la Serbie. L'histoire si dramatique de ce peuple est le meilleur plaidoyer que l'on puisse écrire en sa fiiveur. Nous avons puisé les éléments de notre travail dans l'œuvre très-remarquable de l'historien serbe Raitch, en utilisant, en même temps les ouvrages de M. Gyprien Robert, de M. Dozon et nos renseignements personnels.
Puisse cette esquisse inspirer au lecteur français, à l'égard de ces populations énergiques et si bien douées pour participer à notre civilisation, les sympathies qu'elles méritent. Nous ne pouvons aujourd'hui les seconder que de nos vœux. Mais ces pages auront néanmoins atteint un but utile si, en éclairant l'opinion publique, eUes neutralisent les détestables effets des appréciations éhontées émises par des journaux anglais et austro-hongrois, auxquels se sont malheureusement associés quelques feuilles françaises qui semblent puiser leurs inspirations à l'ambassade ottomane.
Henri THIERS.
Lyon, l** juillet 1876.
La Serbie est appelée à joner tôt ou tard un grand rôle dans les affaires d'Orient.
( Voyage en Bulgarie , pendant V armée 1841, par M. Blanqui^ membre de l'Institut de France.)
Nous assistons à un spectacle grandiose et unique dans l'histoire. Une révolution générale s'accomplit qui porte en elle un caractère de grandeur et de justice, de force et d'urgence dont on ne trouve antérieurement pas d'exemple. Dans ce grand drame de la régénération des peuples, il n'est pas de détails sans intérêt, pas
d'incidents sans conséquences, pas de cause si infime qui n'ait son influence sur Tavenir. Tandis que tous les regards s'arrêtent sur l'Italie renaissante ou sur la Pologne opprimée, qu'il me soit permis d'appeler l'attention sur une branche de la famille Slave, qui cherche elle aussi à reconquérir sa nationalité, et qui lutte depuis des siècles pour son indépendance. Je veux parler du peuple serbe qui commence à surgir à l'horizon politique et dont Ténergique persévérance obtiendra — j'ose l'espérer — ce premier des biens que Dieu donne à tous, la liberté.
Les derniers événements du Monténégro , les succès de ces montagnards héroïques contre les troupes turques, ont une importance plus grande qu'on ne le pense peut-être généralement eu France. C'est que la Montagne-Noiren'est^ eu quelque sorte, que le drapeau resté indépendant de la nationalité serbe qui a occupé une large place dans le moyen âge et qui s'est fait jour dans la principauté de Serbie. Le souvenir et l'amour de cette nationalité vivent profondément gravés dans
le cœur de la population ftoumiBe au régime op* pressif de la Turqaie, des rives du Danube aux frontières de la Macédoine et de l'Albanie ; des bords de la mer Adriatique aux rivages de la mer Noire. Autour de ce drapean bientôt elle se ralliera en masse, si la victoire continue à fa** voriser les Hayduqueê Monténégrins, ces hommes vaillants qui ont conservé, dans leur nid d'aigle, l'amour du pays et de la liberté* C'est à ce point de vue, et en considérant l'état de faiblesse de l'empire Ottoman, que ces collisions dont on parle à peine, pouvant, d'un moment à Tautre, prendre tout à coup les proportions d'une insur* rection générale, méritent de fixer Tattention des cabinets européens.
A côté de cet intérêt purement politique, la question serbe offre un intérêt humanitaire au* quel tous les cœurs généreux doivent prendre part. Si l'on s^est justement ému chez nous des massacres de Syrie , qu*on n'oublie pas que les Serbes aussi sont nos frères. Si la France, l'Europe entière , s'est associée , il y a près de quarante
ans, aux malheurs de la Grècei songeons qu'il y a, dans les provinces du nord de la Turquie , des chrétiens tout aussi héroïques, tout aussi malheureux et dignes de notre sympathie. Il est vrai que Tantique splendeur des Hellènes était bien faite pour enflammer Tenthousiasme de nos pères ; mais je ne crois pas que le passé de la Serbie, pour être moins brillant et plus près de nous, ne puisse inspirer à notre génération des sentiments analogues. Cette histoire si peu connue et si dramatique est le meilleur plaidoyer en faveur des Serbes. Nous n'en avons, çà et là, que des fragments épars dus à la plume habile de M. Gyprien Robert et aux dissertations d'un écrivain éminent, M. Edouard Laboulaye. Le premier ne trace guère que l'histoire de l'indépendance serbe de i804 à 1833. Son livre, dont on ne saurait trop recommander la lecture, initie plus spécialement aux mœurs de ce peuple, sur lesquelles la traduction des chants populaires de la Serbie par. M. Dozon, a jeté le charme naïf et toufours puissant de la poésie.
Tai cherché 9 en m'inspirant de ces précieux écrits et de Thistoire de M. Raitch, écrivain natio^ nal, à faire connaître cette population inléressante, dans son passé et dans ses mœurSy dans ses tendances vers le progrès, dans ses espérances pour Tavenir. Puisse cette esquisse contribuer à lui gagner les sympathies de ceux qui défendent les nobles causes. La France, qui vient d'ouvrir pour ritalie une ère de renaissance, ne peut rester sourde à la voix des peuples qui souffrant et qui luttent. Mais avant de demander, pour les Serbes, le concours moral des puissances amies de Thumanité, voyons d'abord ce qu'ils furent, et sur quoi fondés ils s'efforcent de reconquérir leur indépendance et réclament la reconstitution de leur nationalité.
ÉTABLISSEMENT DES SEABES.
La contrée où les Serbes sont aujourd'hui répandus, formait, avant la première migration des Slaves en Europe, une vaste province de rfimpire Romain connue sous le nom d'illyrie. Bile occupait toute la partie Nord-Est de la mer Adriatique, depuis le fleuve Arcie dans Tlstrie, jusqu'à la Drina dans la Bosnie et le mont
Scadre. Cette province comprenait ainsi tout l'espace qui s'étend entre la mer Adriatique, la haute Mysie (Serbie actuelle) , la Pannonie (Slavonie et Croatie), la rivière la Sàva, et se terminait par la Dalmatie et la Libournie (Bosnie et Herzé* govine). Au iv* siècle, TlUyrie prit plus d'extension encore et reçut le nom de Grande Illyrie. Sons cette dénomination, on entendait toutes les possessions romaines de l'Est, c'est-à-dire, la Macédoine, l'Achaïe, la Thessalie, TÉpire, la Dékie, la Haute-Mysie , la Dardanie, la Dalmatie et la Pannonie. Dans le siècle suivant, au moment de la première apparition des Slaves, Tlllyrie, plus étendue encore, embrassait tout le pays compris entre la mer Adriatique, la Sa va, le Danube, jusqu'aux monts Scadre et Yme en Tbrace, et la mer Noire: ses capitales étaient Syrmium en Pannonie, et Sardykdans la Basse-Mysie.
Lorsque les Slaves se montrèrent sur les frontières de l'Empire, cette contrée venait de subir le passage des Huns qui, à la suite d'Attila, après avoir dévasté le pays, allèrent porter leurs rava-
ges dans l'Europe occidentale. Les Slaves vinrent sur leurs traces et s'avancèrent même jusqu'aux portes de Constantinople. En même temps, les Avares se répandaient en Pannonie (Hongrie).
L'Empereur Phocas, qui régnait alors, fit de vains efforts pour arrêter cette double invasion : les Slaves s'établirent dans la Mysie et dans la Thrace ; les Avares, dans la Pannonie, laDalmatie, ristrie, la Styrie et la Carniolie.
L'empereur Héraclius, qui succéda à Phocas, ne réussit pas mieux contre les nouveaux venus. C'est sous son règne que les Serbes parurent pour la première fois dans l'Empire. Dès les temps les plus reculés , cette peuplade habitait la Sibérie asiatique^ d'où est venu le nom de Serbe. Elle abandonna enfin ces contrées glaciales et descendit dans la Sarmatie asiatique située aux environs du Caucase, sur les bords de la mer Caspienne. De là, les Serbes passèrent dans la Sarmatie européenne, et plus tard , en même temps que les Croates dont ils étaient voisins,
ils gagaèreot la Serbk Blanche^ d'oii le nom de SerbeM blancs qu'on leur donna.
D'après Constantin Porphyrogénète^ la Serbie planche serait celle partie de la fiasse-Hongrie comprise entre le Danube et la Tbeïas, à peu près ce q^i cpnstitqe aujoi^rd'bqi )a Yojfvodie serbe. Quoi qu'il en soit, c'est de ce point qne les Serbes se répandirent dans les provinces de TEmpire, vers l'an 790.
L'empereur Héraclius, au milieu des difficultés de son règne, ne dut pas songer à les expulser. Il essaya de se les attacher par des concessions de territoire et leur permit de s'établir dans la Macédoine où ils étaient parvenus. Constantin Porphyrogénète ajoute que les Serbes, changeant tout à coup de projet, voulurent retourner dans leur patrie et que l'empereur ne s'y opposa point. Mais, après avoir repassé le Danube, ils SB repentirent de leur démarche et, par IHntermédiaire du préteur de Belgrade, ils demandèrent qu'on leur concédât d'autres terres. Le pays désigné aujourd'hui par les noms de Serbie et
(Je Pannonie, avait été complètement dévasté par les Avares, Héradiqs )enr ooDoéda oes proviiicesi« Un bistoriep da xviu* siècle , Georges Praïe, complète ainsi Tbistoire de leur établisr sèment : ^ Après avoir traversé le mont Ardie, les 36r))ea, clit*il| arrivèrent dans }a Hante-Dal*matiOi et, unis aux Croates, attaquèrent les Avares établis dans cette partie de riUyrie.
la latte fnt longue, mais les Avares vaincus, 4Drant en^^ évacuer le pays. Les vainqueurs se partagèrent leur conquête. La Palmatie fut ainsi divisée en deu^f^ partie^ ; celle da ToDest , où s'établirent les Croates ; celle de Test, qui devint le lot dfîs Serbes et prit le nom de Serbie. De* pnis cptte époque , le pays a constamment ap* pajrtenu h ces derniers; leurs despendants le peuplèrent, et aujourd'hui @ncQre, plus que dans les autres partjes de la Turquie, on y retrouve les mœurs intactes de ces Slaves et leur langue, dopt les noms das localités ont conservé l-empreinte. Une fois établis en Dalmatie, les Serbes se répandirent dans la Slavonie et dans la Haute-
Mysie qu'ils occupent encore de nos jours. »
M. Raïtch établit les limites de la Serbie à cette époque, d'après les historiens Constantin Porphyrogénète et Farlati, en donnant aux provinces que comprenait cet État naissant, les noms sous lesquels elles sont connues actuellement. D'après cet écrivain, les Serbes occupaient, avec la Dalmatie orientale, l'Herzégovine, la Bosnie, la Ilassie et quelques provinces moins étendues comme le Monténégro, la république de Raguse et les tles avoisinantes du littoral adriatique. Ainsi la Serbie embrassait déjà tout le pays compris entre le fleuve Verbas et le Timok qui coule sur les frontières de la Bulgarie; entre la mer Adriatique et le Danube, en ajoutant la moitié de la Slavonie, de la Drâva à la Sâva, d'Essek à Belgrade.
Quant aux chefs qui dirigèrent les Serbes dans leur migration, on ignore même leur nom jusqu'à l'établissement de ce peuple dans la Serbie Blanche. Constantin Porphyrogénète nous apprend qu'à cette époque, deux frères se parta-
geaient le pouvoir dans cette contrée* Vun d'eux demanda et obtint de l'empereur la permission de s'établir en Thessalie ; son nom n'est pas rapporté par l'historien. Le second continua à gouverner les Serbes. C'est sous ce prince ou Joupan que les tribus qu'il dirigeait, après s'être avancées jusqu'en Macédoine, voulurent s'en retourner dans leur patrie et s'établirent enfin définitivement en Dalmatie. La ville de Rausice^ connue plus tard sous I9 nom de Raguse (Donbrovnik en serbe), devint la capitale de la Serbie et le séjour de son chef. L'un de ces Joupans^ Voïslavt porta le titre de prince. Après lui, l'autorité passa successivement à Radoslav^ à Prosségci et à Vlastimir. Sous le gouvernement de ce dernier, le prince bulgare Pression fit aux Serbes une guerre qui dura trois ans et dans laquelle^ à la suite de plusieurs défaites, il sévit obligé de demander la paix. Ce fait porte Charles Dufresne à conclure que Vlastimir était contemporain de l'empereur Basile le Macédonien^ et qu'il régna en 890, époque à laquelle vivait Pressian. C'est
— divers la fin de ce siècle, de 86? à 889, que les apôtres slaves Kiriel et Méthode, après avoir converti les Bulgares et traduit les livres saints en langue vulgaire, portèrent les lumières du christianisme aux Serbes, aux Dalmates, aux Bohèmes et aux Motaves.
A la mort de Ylastimir, la Serbie fut partagée entre ses trois fils, Muntimir, Stroïmir et Gmnik. Cependant Boris, fils de Pressian, voulant réparer les défaites de son père, attaqua les trois princes, mais avec moins de bonheur encore, car il tomba lui-même au pouvoir des Serbes.
Toutefois il parvint à s'échapper et regagna la Bulgarie sans vouloir consentir à la paix. Un danger d'une autre nature allait bientôt menacer la Serbie. La mésintelligence ne tarda pas à se mettre entre les successeurs de Ylastimir. M untimir étant parvenu à concentrer tout le pouvoir entre ses mains, ses deux frères se retirèrent en Bulgarie. Cette rupture n'eut, pour le moment, au* cône suite fâcheuse. Prébislavy fils de Muntimir, lui succéda sans entraves. A sa mort, il laissa
le gouvernement à Pierre^ fils de Goïnik, qui, lors de Texpulsion de son père , avait gagné la Croatie. Ce prince, contemporain de Tempereor Léon, régna vingt ans sur la Serbie. Il vécut d'abord en paix avec la Bulgarie. Les intrignes de Michel de Zaholmie (les environs de Trébigné) réussirent à rompre cette bonne intelligence. L'empereur Léon était alors en guerre avec les Bulgares; Michel fit accroire à Siméon, leur prince, que Pierre , poussé par la cour de Constantinople, nourrissait le projet de Tattaquer dans ses États. Désireux de prévenir les Serbes et aussi de leur faire payer leurs victoires passées, Siméon donna le commandement d'une armée à Théodore Sigrician et à Marmey, ses gé« néraux, et leur confia le prince Paul^ fils de Stroïmir. Les généraux bulgares, parvenus sur les frontières de la Serbie, demandèrent à parlementer. Ils exigèrent que le prince Pierre se rendit lui-même dans le camp, ofirant, comme otage, le jeune Paul son cousin. Mais à peine le prince serbe et les grands de sa coar qui rac-
compagudient furent-ils au milieu de leurs enne* mis, qu'on s'empara de leurs personnes au mépris du droit des gens. Les Bulgares s'en retournèrent ensuite chez eux avec leurs prisonniers qu'on laissa mourir dans les fers.
L'élection de Paul au pouvoir fut le résultat de cette trahison. Ce nouveau prince eut d'abord à défendre son autorité contre Zacharie , fils de Prébislav, dont l'empereur Romain I*% à la cour de qui il s'était réfugié, appuya les prétentions d'une armée. Zacharie échoua dans sa tentative. Les troupes impériales furent battues; il fut luimême fait prisonnier et envoyé en Bulgarie. 11 semble que Paul aurait dû éviter de confier aux Bulgares un prince de sa famille : l'histoire de sa propre élévation était bien faite pour lui montrer Iqs dangers de cette mesure. L'expérience le prouva bientôt. Après trois ans de tranquillité, la Serbie vit la guerre se rallumer avec la Bulgarie. Aussitôt Zacharie est mis par les Bulgares à la tête d'une armée, et cette fois, plus heureux contre Paul, il parvint à Texpulser de ses États
et s'empara du gouvernement. Les Bulgares n'eurent pas lieu de s'applaudir de leur choix. Dans une guerre qu'ils eurent peu de temps après avec l'empereur, Zacharie prit parti contre eux, fil essuyer une défaite à leurs généraux, Sigrician et Marmey, et envoya à Constantinople, comme un trophée de sa victoire^ un nombre considé* rable de têtes bulgares. Cette conduite irrita la colère des vaincus sans abattre leur courage. Une nouvelle armée, plus forte que la précédente,, envahit la Serbie qui ne put lui opposer qu'une faible résistance. Zacharie, vaincu dans la première rencontre, alla chercher un refuge en Croatie. On ignore quel fut son sort.
Selon leur coutume, les Bulgares avaient amené avec eux un prince de la maison de Serbie, Tcheslavj petit*fils de Stroïmir, mais non plus avec l'intention d'établir son autorité dans le pays. Ils ne se servirent de ce prétexte que pour tendre, aux chefs ou joupans serbes, un piège semblable à celui où ils avaient attiré le
prince Pierre, et dans lequel tous les grands de
la coar le laissèrent prendre* Dès lorsi les Bulgares ne trouvèrent plus de résistance. Une partie de la population fut emmenée prisonnière ; le reste des habitants s'enfuirent en Croatie» Lors*que Tarmée ennemie opéra sa retraite, la Serbie n'offrait plus qu'un désert. Ainsi l'ambition et la discorde qu'elle fait naître entre les princes, font les malheurs du peuple. Concoirdid parvœ reê creêcunî ; dûcordiâ maximœ dilabuntur !
Après avoir ainsi dévasté le pays» les Bulgares se jetèrent sur la Croatie; mais ils expièrent, sous le fer des Croates, leurs trahisons et leurs ravages. Sept années se passèrent néanmoins sans que les Serbes pussent regagner leur malheureuse patrie* Enfin Tcheslav et quatre de ses compagnons de captivité parvinrent à s'enfuir de Bulgarie. Dès qu'ils apprirent le retour de leur prince, les Serbes accoururent pour se ranger sous son autorité* Tcheslav demanda et obtint le protectorat de Gonstantinople à la faveur duquel il put reconstituer son Étaté II mourut sans héritier et eut pour successeur son gendre
TichomiL Ce prince, croyant la Serbie désormais assez forte pour se passer de la protection de l'empereur, chercha à se rendre indépendant.
Ses espérances furent trompées ; il se vit contraint d'accepter les conditions de Gonstantinople. Tous les historiens s'accordent à dire que Etienne Némanïa, le fondateur de la dynastie des Némanïa et du royaume de Serbie, était un des fils de TichomiU