‹ La Serbie: son passé et son avenirChapitre 2 sur 6 · ETIENNE N£HANU ET LE ROYAUME DE SERBIE · texte numérisé non relu

ETIENNE N£HANU ET LE ROYAUME DE SERBIE

A peine arrivé aa pouvoir (1143), Etienne s'empressa de faire alliance avec ses frères qui disposaient, chacun dans sa province, d'une autorité égale à la sienne. Aidé par eux, il envahit la Rassie, la haute et la basse Zinta, et reconquit tout le territoire cédé à l'empire grec par le traité conclu entre Tcheslav et Tempereur.

Ayant ainsi rétabli la Serbie dans ses anciennes limites, il fixa à Pristina le siège de son gouvernement.

La mort de Tempereor Manuel Gomnène (1 1 80) marqua le commencement de la puissance d'Étienne Némanïa. Il étendit les frontières de la Serbie jusqu'au Danube et à la Sâva au nord, jusqu'à la Bosnie à Touest; il conquit tout le territoire qui constitue la Serbie méridionale, alors au pouvoir des Grecs, avec des forteresses importantes, Srédatz, Péternik, Nisch, etc.

L'historien italien Freschoti rapporte qu'Etienne se trouvant en Rassie, l'empereur Frédéric l" d'Allemagne passa par la Serbie pour se rendre en Terre-Sainte; que le prince serbe alla au-devant de lui avec de riches présents et que les souverains se rencontrèrent à Nisch. Helmond et Arnold prétendent que l'entrevue eut lieu sur la Morava, et ils en précisent la date qu'ils fixent au 23 juillet 1 1 89. Etienne pourvut aux besoins de l'armée de Frédéric ; il offrit à ce dernier ftta£r« ehameawt^ fait assez curieux si Ton

songe que ni la Serbie ni les États voisins ne font usage de ce quadrupède. L empereur , à son tour, fit don à Etienne des bateaux qui avaient servi à transporter ses troupes de Ratisbonne à Belgrade.

Cependant Tambition d'Etienne ne se trouvait point satisfaite des conquêtes qui avaient signalé le commencement de son règne. Il comprit qu'un État indépendant, situé sur les frontières de Tempire grec^ n'était possible qu a la condition de réunir en lui les forces disséminées dans les principautés voisines. Il chercha donc et réussit h annexer à la Serbie^ la Dalmaue, la Dioclétie« la Tribunie et la Zaholmie jusau'à la Croatie. Il prit alors le titre de roi. Assez puissant désormais pour lutter contre TEmpire même, il tourna ses armes victorieuses du côte oes provinces grecques, battit les troupes impériales et s'établit dans plusieurs forteresses avancées. A la suite de ces succès, Isaac l'Ange dut traiter avec Etienne Némanïa et lui abandonner ses conquêtes. Pour cimenter la paix conclue, Tempe-

— tireur accorda Eudoxie, sa nièce, ^ Êiiennej fils aîné du roi de Serbie. Tranquille du côté de Constantinople, le vainqueur se dirigea sur la Bosnie, s'empara de cette province et d'une partie de la Croatie connue sous le nom de Syrmie.

La Serbie s'était transformée entre les mains habiles d'Etienne. Ce n'était plus, grâce à lui, un État sans cesse menacé, livré aux discordes intérieures, aux intrigues des princes voisins; il en avait fait un royaume puissant et respecté. Son règne inaugure en quelque sorte une ère nouvelle pour ce pays et prépare, à deux siècles d'intervalle, Fempire serbe de Douchan.

Ce prince laissa trois fils : Etienne^ Youc et Bastco. Ce dernier embrassa la vie monacale et joua, sous le nom de saint Sabbas, un rôle important dans l'histoire de l'Église de Serbie (1).

(1) Il ne sera pas inutile de dire ici quelques mots de ce fils d'Etienne Némanïa. Sous le règne de cô prince, comme aujourd'hui encore, le mont Athos était peuplé de moines grecs répandus dans de nombreux monastères. Ces moines, pour subvenir a leurs besoins, voya-

Parvenu à un âge très-avancé, après quarante ans d'un règne glorieux , le premier des Némariia

geaient dans la péninsule et recueillaient d'abondantes aumônes dans les campagnes, dans les villes et jusqu'au sein des cours. Parmi ceux qui vinrent k Pristina, s'en trouvait un d'origine serbe qui fit à Rastco une peinture si éloquente de l'existence calme et pieuse de ses frères, qu'il séduisit l'esprit du fils d'Etienne et lui suggéra le désir d'embrasser la vie monacale. Le jeune prince choisit l'occasion d'une chasse pour s'enfuir et gagner le mont Athos. Le roi son père fut longtemps sans entendre parler de lui. Lorsqu'il découvrit le lieu de sa retraite, il lui députa plusieurs grands personnages de sa cour pour l'engager à retourner k Pristina. Mais Rastco, bien décidé à se faire moine, offrit un grand repas aux envoyés d'Etienne, et, les ayant fait enivrer, il profita de ce moment pour prononcer les vœux (1159). Quoique jeune encore, il jouissait d'une telle réputation de sainteté qu'il fut nommé archimandrite. Mais, au sein de sa vie paisible, le pieux moine n'oubliait pas sa patrie. C'est pour servir les intérêts de l'Église de Serbie qu'il se rendit plus tard à Gonstantinople, où il obtint du patriarche la création d'un archevêque serbe autorisé k sacrer des èvêques, faveur importante qui assurait une entière indépendance au clergé de son pays. Il fut nommé le premier dans ces fonctions (1219). C'est en sa considération qu'Etienne, son frère, reçut de l'empereur une couronne royale. Après avoir couronné le roi de

abdiqua en faveur de sou fils Ëtieune. Pour lui^ abandonnant la cour et le monde^ il se retira dans le monastère de Stoudénitza^ monument grandiose qui subsiste encore aujourd'hui (département de Tchatchak, Serbie actuelle), et dont

Serbie, Rastco, qu'on ne désignait déjà plud que sous le nom de saint Sabbas, sacra Tévéque Arsène pour le rem*placer et lui succéder; puis il entreprit un voyage en terre-sainte. Il visita l'Egypte , le Sinaï, et, à son retour en Europe, passa par Trnava^ où se trouvait la cour de Jean^Assène, roi de Bulgarie. C'est dans cette ville qu'il mourut le 14 janvier 1237. Les Bulgares, chez qui il était en grande vénération, ne rendirent ses restes à la Serbie que sur les instances du roi Yladislas. Ils furent déposés dans le monastère de Miléchévo. Lors de la domination des Turcs, en 1595, Sikan-Pacha les fit déterrer, et, dans son fanatisme, les livra aux flammes dans la plaine de Yratchar qui se trouve devant Belgrade. La piété du peuple entoura ces cendres d'un monument détruit plus tard, dans les guerres de l'Autriche avec les Otto* mans. 11 existait encore en 1716.

Outre l'immense bienfait d'avoir rendu l'Église de Serbie indépendante du patriarcat de Gonstantinople , les Serbes doivent & saint Sabbas la fondation de plusieurs écoles pour le clergé et pour le peuple. On célèbre sa fête le 14 janvier, jour anniversaire de sa mort.

il était le fondateur. Deux ans plus tard, il se rendait dans le tnont Athos auprès de son fils saint Sabbas. Cest là qu'il mourut en 1197. Son corps fut transporté à Sioudénitza, qui devint le lieu de sépulture de la plupart de ses succes- &eurs«

Autant Etienne Némanïa avait manifesté une humeur belliqueuse, autant son fils se montra pacifique et conciliant. Ce fut un bonheur pour le pays. S'il est nécessaire en effet que le fondateur d'un Etat puissant soit animé d'un esprit guerrier et ambitieux, il est peut-être plus indispensable encore qu'il trouve, dans le continuateur de son œuvre, un prince sage et modéré qui songe à rendre cet Etat prospère par une adminis*tration éclairée* Etienne^ que les historiens désignent par le surnom dHOuroch^ sembla com" prendre ainsi sa mission* Son premier soin fut de conclure la paix avec les Grecs et les Bulgares, afin de pouvoir se vouer tout entier à l'organisation de èon royaume*

Cependant Andréas II, roi de Hongrie, effrayé

de la puissance que la Serbie veoait d'acquérir sous le règne précédent, ne put voir sans inquiétude le pays se fortifier encore au sein de la paix. Uchercha, par tous les moyens, à troubler Tadministration d*Élienne Ourocb. Profitant de ce que la Dalmalie était éloignée du siège du royaume et faiblement défendue, il se jeta sur cette province et s'en empara sans peine. Le but d'Andréas II n'était pas de se maintenir dans sa conquête, mais jmiquement de jeter la perturbation dans la Serbie. II crut ne pouvoir mieux: faire, pour arriver à ses fins, que d'appeler Voue, le frère même d'Etienne Ouroch, au gouvernement de la Dalmatie et de lui donner le titre de roi (1204). Il espérait allumer la discorde entre les deux frères; mais il comptait sans saint Sabbas. A la première nouvelle de cet événement, celui-ci se rendit à la cour de Serbie, réunit les rivaux et les réconcilia sur le tombeau de leur père.

Freschoti attribue à une autre cause l'invasion de la Dalmatie par Andréas IL II prétend qu'É-

Uenne Oaroch, pour ajoater une nouvelle consécration à ses droits et raffermir encore son autorité, aurait demandé à la cour de Rome de reconnaître le royaume de Serbie. Pour prix de cette sanction, il aurait offert à Innocent lil d'embrasser la religion romaine. Le roi de Hongrie, craignant de le voir réussir auprès du Saint-Siège, intrigua tant et si bien que le pape n'accéda pas au vœu d'Etienne. C'est par suite de ce refus que les Serbes restèrent attachés à rËglise grecque.

Si Andréas II n'avait pu mettre la désunion dans la famille royale de Serbie, il était parvenu toutefois à diviser l'autorité entre Voue et Etienne et à paralyser en partie le développement intérieur du pays. La mort de Youc vint mettre fin à cepartage. A cette époque, saint Sabbas, revenant de Constantinople, ceignit le front d'Etienne de la couronne que lui envoyait l'empereur.

Alors seulement ce prince prit le titre de roi premier couronné {prvo^ventchani) de Serbie, Dioclétie, Tribunie, Dalmatie et Olhymnie.

Etienne Ourocb laissa quatre fils : Radoslav, YoïslaV) Etienne et Prédislav. Prévoyant sa fin prochaine, il fit appeler son frère saint Sabbas qui le trouva mort à son arrivée (1224).

En succédant à son père» Radoslav prit le nom d'Etienne Némanïa III et fut couronné dans Pris*' tina par son oncle saint Sabbas. Plus heureux qu'Etienne Ouroch dans ses démarches auprès du Saint-Siège, le nouveau roi obtint d'Ho* noré III la reconnaissance du royaume de Serbieé Il ne resta au pouvoir que pendant six années après lesquelles il fut atteint d'aliénation mentale et céda ses droits à son frère Yladislas, pour se retirer dans la ville du Durazzo. Deux événements importants signalèrent ce règne de courte durée» A la suite de la mort d'Ioanikie» roi de bulgariei des troubles éclatèrent dans ce pays. Etienne III y envoya une armée et parvint à annexer à la Servie une grande partie du territoire bulgare et quelques provinces de l'empire grec« Peu de temps après cette expédition , les Hongrois menacèrent la Syrmie qui» par sa position

sar la frontière de la Serbie , ouvrait un chemin vers le cœur du royaume* Etienne III s'empara de cette principauté et la réunit à ses Etats. La mort de ce prince eut lieu en ISISO. Il fut inhumé à Stoudénitza et vécut longtemps dans le souvenir du peuple qui, appréciant son équité et ses vertus^ lui donna le surnom de Juste.

Vladislatj troisième roi couronné, fut sacré par saint Sabbas en 1 S130. Il chercha à maintenir le royaume en paix avec les princes voisins. Cependant TÀIbanie et quelques provinces grecques tentèrent sous son règne de se séparer de la Serbie , mais elles furent aussitôt reconquises. Il eut également à soutenir une lutte dd courte durée contre les princes Jean Patrov de Durachium et Michel d'Épire, qui envahirent de concert la Zinta (partie de THerzégovine et du Mon* ténégro). Vladislas marcha contre eux5 les battit à Scutari, et fit même Jean Patrov prisonnier. L'empereur grec intervint en faveur de ce prince qui était allié à sa famille et fit conclure la paix entre les rivaux à la condition que les agresseurs

renonceraient à leurs prétentions sur la Zinta.

Vladislas songea le premier à enrichir la Serbie par l'exploitation des mines précieuses que renferment les montagnes de ce pays. Le soin qu'il prit pour répandre Tinstruction parmi le peuple, sa sagesse et son amour de la science rbnt fait surnommer le Salomon serbe. Il avait épousé la fille d'Âssène, roi de Bulgarie. Il mourut sans héritier en 1237, en désignant pour lui succéder, son frère cadet Etienne.

Ce dernier, connu sous le nom d'Etienne Ourock le Grande épousa une princesse française du nom d'Hélène, parente de l'empereur Baudoin II. Mavro-Urbain, Freschoti et Dufresne se réunissent pour faire Téloge de cette reine. L'archevêque Danilo, écrivain serbe, lui attribue, outre la fondation de plusieurs églises, l'établissement de nombreuses écoles, et rapporte qu'elle contribua, par ses conseils, à faire fortifier An tivari sur la mer Adriatique. Etienne Ouroch eut deux fils de cette union : Dragoutine et Miloutine. Il fit épouser au premier, Catherine de Hongrie et corn-

mit rimprudence de promettre au jeune prince qu'il lui céderait bientôt la couronne. L'ambition de Catherine, excitée par la politique du roi de Hongrie, lui fit prendre empire sur Fesprit de Dragoutine et réussit à le rendre impatient de succéder à Etienne. Dans un voyage qu'il fit à la cour de son beau-père, il fut circonvenu par lui et entraîné à accepter le commandement d'une armée hongroise, avec laquelle il devait obliger le roi de Serbie à exécuter sa promesse. Mais, sur le point d'entrer dans les États de son

père, Dragoutine hésita à employer la force contre l'auteur de ses jours, et, voulant user de ménagements, il chercha à lui persuader de lui céder le pouvoir. Etienne, outré de colère, lui répondit par des menaces. Le prince, irrésolu jusqu'à ce moment, se décida pour lors à pénétrer en Serbie. Les deux armées se rencontrèrent dans la plaine de Gatzko ; la victoire resta au fils rebelle (1 270).

Le règne d'Etienne Ouroch le Grand fut si-

gnalé par le passage des Tartares (1241) qui traversèrent en très-grand nombre la Hongrie, la Bulgarie, la Serbie, la Rassie, la Bosnie et la Dalmalie, ravageant la contrée sans qu'on pût leur opposer de résistance. Etienne mourut en 1272; rien ne justifie le surnom de Grand que les historiens lui ont donné.

Après la défaite de son père, Dragoutîne prit en mains les rênes du pouvoir avec le titre de roi très-chrétien, autocrate de Serbie, du littoral Adriatique, de la Syrmie et des provinces riveraines du Danube. Il sut entretenir la paix avec les peuples voisins ; mais il ne put étouffer le remords que lui causait sa révolte contre son père. Soit qu'il voulût se faire pardonner sa faute, soit qu'il fût naturellement porté au bien, il s*appliqua à rendre le pays prospère, à mettre la science en honneur dans sa cour. On cite de lui plusieurs édits en faveur de la morale publique et de la justice. Il acheva de gagner Taffection du peuple, très-fervent dans ses croyances, en purgeant le pays des Manichéens qui y prô-

chaient leurs doctrines. Malgré cette conduite et son vif repentir, Dragoutine, s*étant cassé une jambe dans une partie de chasse, crut voir, dans cet accident, un châtiment providentiel. Dès lors , tout entier à ses regrets , fatigué du pouvoir après lequel il avait autrefois soupiré si ardemment, il abdiqua en faveur de son frère Miloutine, se réservant la seule province de Syrmie où il se retira dans la ville de Dobratz. On ignore l'époque de sa mort.

Miloutine arrivé au pouvoir (1275), épousa Elisabeth, fille d'Andréas III de Hongrie. Il eut de cette union Etienne, connu plus tard sous le nom de Detclianski^ et la princesse Néda. Sous le règne de son père, un mariage avait été projeté entre ce prince et la sœur de l'empereur grec, femme ambitieuse et habituée au faste de la cour impériale. Cette princesse s'était même rendue en Serbie accompagnée du patriarche de Constantinople, ce qui peut faire snpposerque les deux souverains étaient d'accord. Mais la sœur de Michel Paléologue ne put voir sans dédain la

fiimplicité qui réguait dans Tentoarage d'Éûenne. Le mépris qu'elle laissa voir pour ces mœurs franches d*uD peuple libre déplut au roi qui renonça à ralliance projetée et laissa Torgueil' leuse princesse s'en retourner auprès de son frère. L'empereur dévora cet affront. Ce ne fut qu'à l'avènement de Miloutine qu'il permit à son ressentiment d'éclater. Il fit alors de grands préparatifs pour venger l'injure qu'il prétendait avoir reçue. Le fils d'Etienne, averti de ses intentions hostiles, voulut le prévenir. Il tint une assemblée nationale dans laquelle la guerre fut décidée. Le roi se mit lui-même à la tête de son armée, passa la frontière et s'empara d'une province de l'empire avec les forteresses de Scopié^ de Zlétovo et de Pianaiz.

La nouvelle de ces succès arriva à Constantin nople grossie et dénaturée: on s'imagina que Miloutine s'avançait vers le Bosphore. L'empereur rassembla à la hâte des forces considérables qu'il accrut de hordes de Tartares et de Turcs. Puis, prenant lui-même le commandement de

cette armée, il se dirigea sur la Serbie. La mort qui le frappa subitement au troisième jour de marche, vint arrêter ses projets et faire échouer son expédition. L'armée privée de son chef opéra sa retraite; quelques bandes de Tartares passèrent seules les frontières pour ravager le pays et faire du butin.

Cependant Miloutine, prévoyant un conflit terrible, avait fait appel à son frère pour qu'il lui fournit les troupes de la Syrmie. Celui-ci vint lui-même à leur tête et les deux princes s'avancèrent ensemble vers le territoire menacé. Ils ne trouvèrent plus que les Tartares. Ils les cernèrent et en firent un massacre général. Peu satisfaits de ce succès facile, ils passèrent dans les provinces grecques et poussèrent leurs conquêtes jusqu'au mont Âthos, s'emparant ainsi des pays de Strouma et de Serez, avec la forteresse de Cresto-polié.

Plus tard, dans une nouvelle guerre qu'il eut avec l'empire, Miloutine s'établit à Dabr^ à Kouichdi et à Poreich. Ces lieux fortifiés, qui

n'existent plus aujourd'hui, sont mentionnés par l'historien serbe Danilo : il est probable qu'ils étaient situés dans la partie orientale delà Serbie actuelle.

Les empereurs grecs n'étaient pas les seuls qui cherchassent à arrêter l'essor de puissance des Serbes; les princes voisins, par ambition et par jalousie, l'entravaient eux aussi de tout leur pouvoir. L'un de ces princes, Chichman de Bulgarie, rassembla une armée à Vidin, place forte sur le Danube, avec l'intention d'envahir les provinces voisines appartenant à la Serbie ; mais, vaincu par Miloutine, il regagna presque seul la Bulgarie. Il eût été facile au vainqueur de s'emparer de cette contrée ; il préféra croire au repentir de Chichman qui lui offrait son amitié. Pour cimenter cette alliance, Miloutine fit épouser au prince bulgare la fille d'un des grands de sa cour. Cette modération lui gagna l'estime de ses. voisins ; ses succès le leur rendit redoutable. Il semble en effet que cette valeur qui ne

pardonnait pas aux Grecs, s'adoucit chez lui pour' un peuple qui, comme les Bulgares, était frère de celui de la Serbie. L'amitié de Chichman ne se démentit pas d'ailleurs ; les deux princes se rapprochèrent plus encore par l'union de Néda, fille de Miloutine, avec Michel, héritier de Chichman.

La Serbie était arrivée à un degré de puissance qui pouvait inspirer de sérieuses inquiétudes à Audronic II Paléologue, alors empereur de Constantinople. La guerre que les Grecs pouvaient à peine soutenir contre les Perses, en occupant en Asie les forces de l'empire, laissait le champ libre à l'ambition de Miloutine. L'empereur chercha un secours dans la cause même de ses craintes, en s'assurant Talliance de cette nation rivale. Elisabeth de Hongrie était morte ; Andronic accorda sa propre fille Simonide au roi de Serbie. Cette politique adroite eut pour résultats immédiats d'arrêter les projets de Miloutine et d'obtenir de ce dernier un corps de troupes serbes pour les opposer aux ennemis de l'empire. Mais bientôt

tes Grecs eurent besoin d'un nouveau secours. Les Perses revenaient en plus grand nombre.

Le nouvel allié d'Andronic II donna au général serbe Novae Bostrekle commandement d'une armée qui passa en Anatolie sur une flotte préparée à cet effet. L'historien Grégoras raconte qu'après une campagne assez longue, les Serbes rentrèrent victorieux dans leur patrie (1 303). La bonne intelligence des deux cours paraît s'être continuée jusqu'à la fin du règne de Miloutine, si l'on en juge par Tinlervention amicale de l'empereur, dans des démêlés qui eurent lieu plus tard, entre le roi de Serbie et les Ragusains, au sujet de l'île de Zaguste que le premier revendiquait comme ayant fait partie de ses États. Les différends furent vidés par l'engagement que prirent les Ragusains de payer à la Serbie un tribut annuel.

Miloutine pouvait enfin jouir du fruit de ses victoires. Dragoutine, bien que retiré enSyrmie, avait néanmoins achevé de conquérir la Bosnie d'une manière définitive (1291). La Serbie respi-

rait un moment après tant d'agitations. Si heureuse que soit une guerre, elle frappe toujours au cœur les nations les plus belliqueuses. Les luttes incessantes au milieu desquelles cet État se constitua, ont sans doute donné au peuple serbe un caractère de noblesse, un instinct d'indépendance qui ont survécu à une domination séculaire; elles ont constamment tenu son courage en éveil devant l'oppression ottomane : c'est le brasier où s'est trempée son énergie persévérante. A ce point de vue, en prévision des événements accomplis depuis, les Serbes peuvent bénir le concours de circonstances qui, en ayant fait d'eux jadis un peuple de soldats, en fera un jour un peuple libre. Mais, si Ton jette un coup d'œil sur l'époque qui nous occupe, on ne pourra s'empêcher de regretter qu'à leur gloire militaire ils n'aient pu ajouter la richesse, la prospérité dont le commerce pouvait doter la Serbie. N'oublions pas cependant que nous sommes encore en plein moyen âge, dans ces siècles de guerres acharnées, de religion et de fanatisme où l'on se ra*

chetait d'un crime par la fondation d'une abbaye. S'il ne s'appliqua pas à développer le commerce, Miloutine s'occupa du moins de l'administration du royaume qu'il divisa en quatorze évêchés.

Des monastères furent construits par ses soins ; il chercha même à partager avec les Grecs l'influence que les moines orthodoxes exerçaient à Jérusalem, en fondant une église dans cette ville. Il faut attribuer aux conseils de la reine Simonide la fondation d'un hôpital et d'une église à Constantinople, Mais la fille d'Andronic II ne se bornait pas à maintenir l'union de son époux avec son père. Elle avait donné à Miloutine un fils du nom de Constantin qu'elle cherchait à favoriser au détriment d'Etienne, héritier légitime du trône. L'empereur l'entretenait dans ses projets et se complaisait dans l'idée de voir son petitfils régner en Serbie. Une opposition formidable s'éleva au sein même de la cour, parmi les sénateurs et les grands du royaume, contre les prétentions de la reine. Cette opposition prit le caractère d'une révolte dans la Zinta, province dont

l'administration avait été confiée à Etienne après son mariage avec une princesse bulgare. Le roi réduisit les turbulents au silence et s'empara de Scadar dans la Zinta. Etienne avait pris la fuite devant son père. Lorsqu'il jugea la colère deMiloutine apaisée, il vint demander son pardon. Le roi l'accorda au repentir que son fils témoignait; mais Siraonide, craignant que la présence du prince ne nourrît les espérances de ses partisans, parvint, à force d'intrigues, à le faire reléguer dans la forteresse de Scopié (1307). Une fois qu'elle l'eut ainsi éloigné de la cour, elle décida Miloutine à l'envoyer à Constantiuople ; mais elle eut soin de lui faire crever les yeux avant son départ. Dès son arrivée auprès de l'empereur, Etienne fut enfermé dans le monastère de Pento^ cràtor. Dufresne prétend, avec quelque raison, qu'il avait échappé à l'ordre cruel de sa marâtre, et qu'il passa pour être aveugle afin d'endormir les soupçons. La légende veut que son retour à la lumière ait été l'œuvre miraculeuse de saint Nicolas, pour qui Etienne professait une dévotion

particulière. Quoi qu'il en soit, il demeura sept ans à Gonstaniinople et ce ne fut que sur les instances de l'archevêque serbe Danilo qui rapporte ces faits, qu'il lui fut permis de retourner dans la Zinta. La mort de Miloutine vint mettre fin à celte persécution (1321). La voix unanime des grands et du peuple appela au trône ce malheureux prince en faveur de qui la croyance populaire admettait le miracle de saint Nicolas, et qui avait en effet recouvré la vue.

Etienne fut sacré par l'archevêque Nicodème sous le nom d'Etienne Ouroch III^ en 1 321 . Il prit le titre de roi de Rassie, de Dioclélie, d'Albanie, de Bulgarie et de tout le littoral adriatique jusqu'au Danube. Les guerres qu'il eut à soutenir lui furent suscitées par son beau-frère le prince bulgare Michel. Ce fiU de Chichman, oubliant l'amitié qui avait uni son père et Miloutine, amitié cimentée par son mariage avec Néda, ne serappellait que la défaite des Bulgares et nourrissait en secret le dessein de la venger. Tandis qu'il était dans ces dispositions hostiles, il s'éprii

d'un violent amour pour la princesse Théodora, sœur de rempereurAudroniclIPaléologue. Cette passion qu'il ne pouvait satisfaire que par un divorce avec Néda et, par conséquent, en s'exposanl à la colère d'Etienne, lui fit précipiter ses projets. Il chercha, par ses intrigues, à créer des embarras à la Serbie afin que le roi, occupé ailleurs, ne pût se porter immédiatement contre lui. Dans ce but il persuada à Robert I" de Hongrie d'attaquer la Yalachie, dans Tespoir qu'Etienne, allié au duc valaque dont il avait épousé la fille, viendrait au secours de son beau-père. L'événement justifia ce calcul. Robert I" envahit la Yalachie et s'empara de la forteresse, de Sévérin (1330). Le duc, ne pouvant opposer aux troupes hongroises une longue résistance, appela son gendre à son aide. Etienne passa le Danube pour opérer sa jonction avecTarmée de son allié. Pendant ce temps les Hongrois s'engageaient imprudemment dans le pays; bientôt ils se trouvèrent pris entre les Valaques et les Serbes. Lorsque leurs provisions furent épuisées et qu'ils vou-

larent retourner sur leurs pas, ils se virent cernés par leurs ennemis : presque tous restèrent sur le champ de bataille. Le roi Robert courut luimême les plus grands dangers.

Cependant le prince Michel, croyant Etienne très-occupé par les Hongrois, avait fait entendre à l'empereur grec que l'occasion était favorable pour lui de mettre une armée en expectative sur ses frontières du côté de la Serbie, afin qu'au premier échec qu'essuierait le roi, aux prises avec Robert P', il pût se jeter sur les provinces grecques conquises par Milouline et les faire rentrer sous sa domination. Ce conseil était trop dans la politique de l'empereur pour qu'il se refusât â le suivre; aussi vit-on bientôt ses troupes s'avancer vers la Serbie.

Quanta Michel, après avoir répudié Néda, il rassembla une armée et se dirigea sur les Etats de son beau-frère, ne doutant pas que la coalition qu'il était parvenu à former contre lui ne lui assurât l'impunité. Dans cette confiance il ravagea les provinces voisines de la Bulgarie. La

malhenreuse issue de l'expédition hongroise vint tout à coup déconcerter ses projets. Etienne put marcher contrôlai; mais, avant d'engager la lutte, il oifrit à Michel d'oublier son agression s'il consentait à rappeler auprès de lui sa sœur Néda. Ce prince ne voulut rien entendre.

Une bataille sanglante eut lieu; l'armée bulgare fut complètement détruite et le fomentateur de ces troubles périt lui-même de la main de Douchan, fils aîné du roi de Serbie. Etienne entra dans la Bulgarie sans défense par suite de l'anéantissement de l'armée. Il usa avec une modération rare d'une victoire qu'il n^avait point cherchée et rétablit dans le pays l'autorité de sa sœur Néda et de son neveu Alexandre.

L'empereur, voyant la tournure que prenaient les événements, songea à retirer ses troupes des frontières delà Serbie. Etienne lui demanda raison de cette démonstration hostile. Andronic évita de répondre. Le roi victorieux, outré de cette conduite, passa dans les provinces de l'empire et s'empara de plusieurs forteresses» Yélé$, ProS"

sekj etc. De retour dans ses États, il distribua des récompenses aux chefs de son armée, et , pour reconnaître les services militaires de son fils Douchan, il lui donna le gouvernement de la Zinta. Au sein de la paix qui suivit ces succès, il fonda le monastère de Detchani d'où lui vient le surnom de DetchanskL

L'empereur grec, impuissant à s'opposer par la force aux progrès de la Serbie, cherchait à les entraver pas les intrigues de sa politique. Il voulut renouveler, auprès d'Etienne Ouroch III, les troubles auxquels l'ambition de Simonide s'était si bien prêtée sous le règne précédent. Le roi leur donna lui-même accès en épousant, en troisièmes noces, une princesse grecque qui le rendit père d'un fils nommé Sinicha. Ce prince, objet de la sollicitude maternelle, devint bientôt le rival de Douchan, légitime héritier de la couronne. La reine, appuyée par l'empereur, mettait tout en œuvre pour faire partager au roi et à la cour les projets ambitieux qu'elle caressait pour son fils. Douchan, dont la franchisse et le carac-

tère ardent s'arrangeaient mal de ces sourdes menéeset des dehors hypocrites de sa belle-mère, manifesta hautement son mécontentement et prétendit même que l'autorité lui fût confiée du Tirant de son père. Etienne indigné, le poursuivit dans la Zinta, défit les mécontents qui servaient la cause de son fils et détruisit les palais appartenant à ce dernier. Malgré cette colère» il pardonna à Douchan ; mais les partisans du jeune prince furent exclus de la faveur royale. Ceux-ci, lésés dans leur ambition , firent entendre au fils d'Etienne que l'armée tout entière était à ses ordres, que le soldat l'aimait pour son caractère belliqueux et chevaleresque, enfin qu'il ne tenait qu'à lui de s'emparer du pouvoir et de détruire ainsi les projets de sa belle-mère. Douchan se laissa persuader ; il surprit son père dans les environs de la forteresse de Pétrik, le fit prisonnier et l'envoya à Zvetchan. Dans ces dernières mesures, on reconnaît l'action des conseillers du jeune prince plas que son propre mouvement, car cette

oondaite s'allie peu avec la caractère qu'il montra depuis. Ces courtisans, les mâmes dans tons les temps et dans tous les pays, appréhendaient que le père et le fils ne se réconciliassent. Cest cette crainte qui les avait fait éloigner Etienne ; c'est elle encore qui les porta i le faire étrangler dans sa prison (1 336).

Etienne Ourocb IIl Detcbansld fut inhumé dans le monastère de Detchani. Sous soo règne» les Turcs s'avancèrent en Asie Mioeare et firent de Broussai leur capitale«

DOUCBÀN ET L'eUPiaS SERBE.

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Nous toachons à Tapogée de la puissance des Némanïa et du royaume de Serbie, Je ne veux pas dire que sous le règne de Douohan le peuple serbe soit arrivé à son complet développement ; loin de là. Uavénement de ce prince (4 336) ou* Trait au pays une ère nouvelle ; il élargissait son horizon politique, il lui assurait une place im* portante parmi les nations. Cétait, en quelque sorte, l'aube d'une grandeur dont l'avenir gar-

dait encore le secret, mais qui aurait pu continuer jusqu'à aujourd'hui, dans la péninsule tout entière et peut-être même en Asie, Tempire caduc de Constantin. Lorsqu'il prit les rênes du gouvernement, Douchan pouvait déjà se considérer à juste titre comme le prince le plus important, au milieu des petits États qui occupaient la rive gauche du Danube. L'époque des luttes avait cessé pour la Serbie; les différentes provinces dont elle se composait, habitées par des hommes issus de la même origine, parlant la même langue, professant la même religion, habitués aux mêmes mœurs, formaient un tout homogène :

rère de l'unité nationale commençait pour le royaume, et avec elle s'ouvrait, pour lui, celle de la force et de la gloire. L'invasion et les con» quêtes des Turcs arrêtèrent le développement de ces germes de prospérité. C'est en ce sens que le règne de Douchan est resté le plus haut degré de la puissance des Serbes. Cet homme, doué d'un véritable génie, comprit toutes les ressources qu'il y avait dans son peuple jeune et plein de

séve ; mais il ne s'illusionnait pas non plus sur le danger qui le menaçait dans ces hordes turques qui harcelaient Fempire grec. Le rêve constant de sa politique fut de renouveler cet empire à Tagonie, d'étendre sa domination jusque sur Constantinople, afin d'opposer ensuite aux Ottomans de vraies troupes et un vrai peuple. Les Grecs n'étaient plus en effet ni soldats ni citoyens. Le patriotisme — cette force suprême des enfants d'un même sol — s'était effacé parmi eux au sein des dissensions religieuses, des troubles incessants qui déchiraient le pays et dont la cour elle-même donnait le funeste exemple. Tandis que l'indifférence gagnait la population, Constantinople, livré aux intrigues des ambitions vulgaires, ces symptômes de décadence, ne recelait pas une seule volonté capable de galvaniser ce cadavre : Douchan aspirait à le ressuciter au profit de la Serbie. Dès les premières années de son règne, il s'empara de la Macédoine jusqu'à Négrepont et à Salonique (1337-40). Andronic III le jeune, pour arrêter le conquérant, con-

•entit à lai abandonner celte vaste province. Doncban parut ae contenter de cette concession, mais il ne fit en effet qu'ajourner ses projets sur la capitale même de Tempire. Cependant il mettait cette trêve à profit pour faire occuper par ses troupes l'Albanie et TÉpire jusqu'au fleuve Artha, et les établissait dans plusieurs forteressesi Kobtouff Strounitaaf Serez, Janina^ etc. Les dissensions qui s'élevèrent peu de temps après entre Andronic et Jeanl** Paléologue, lui permirent de s'emparer de l'Acarnanie et de la Thessalie tout entière knoinsSalonique. Les limites de la Serbie se trouvèrent alors embrasser tout le nord de la péninsule, à l'exception de la Remanie (les environs de Constantinople). Parvenu à cet élat d'agrandissement, Doucban jugea que le moment était arrivé de proclamer un empire serbe. Pour donner plus de poids à cette mesure, il résolut de fonder un patriarcat et réunit à cet effet les évéques du paya en concile. A la suite de cette réunion, qui eut lieu dans la forteresse de Scopié en 1 340, l'évéque Joannic fut élu patriarche. Dès lors, si

Tarobevôqua avait couronné le roit le patriarche pouvait sacrer Temperean Douchan reçut le titre de Czar des Serbes, Grecs et Bulgares. En tnôme tempBi il créait Tordre de Saint-Étienne dont il décorait les hauts dignitaires de sa cour, les en« voyés de Ragnse qui assistèrent à la solennité da sacroi et les historiens Freschoti et Dufresnei éga* lement présents à la cérémonie*

Cependant, vis-à-vis des Grecs annexés à la Serbie et que la cour de Byzance avait habitués au faste des empereurs, il fallait user du même moyen de séduction afin de les plier an respect de l'autorité nouvellet C'est dans ce but que Douchan s'entoura des nombreux dignitaires qui se partageaient, à Constantinople, les charges de Tempire, Despotes, Logothètes, chambellanê^ etc., et tout Tattiraii de Tadministration byaantine. Il fut interrompu, au milieu de ces réformes, par Tagression de Louis I" de Hongrie qui, effrayé de sa puissance, voulut en entraver le développement. Les Hongrois passèrent le Da<^ nube et se portèrent sur la Serbie actuelle. Dou-

chan les attendit aux pieds des monts Lomnik et Boudnik^ les battit, et força leur roi à regagner ses États.

Deux ans s*étaientà peine écoulés que Louis I"", croyant Temperenr serbe occupé sur un autre point, passa de nouveau le Danube. Mais Douchan surveillait ses mouvements. Il se montra à rimproviste, avec une armée formidable, aux Hongrois déconcertés qui n'osèrent engager Taction. Poursuivis à outrance et refoulés du côté de la Sàva, leur armée périt presque tout entière dans les flots de cette rivière (1 346). Douchan, pour assurer désormais ses frontières sur la Hongrie, fit fortifier Belgrade et pourvut amplement cette place de troupes et tle munitions de guerre.

Le Gzar victorieux s*en retourna ensuite par la Rassie, province voisine de Raguse. Les Ragusains sollicitèrent Thonneur de le voir visiter leur ville. Il y fut accueilli au milieu des acclamations du peuple. Douchan, satisfait de cette réception, donna à la république de Raguse les tles de Lérina

(rancienDePharos), de Mélite et de Carcyre (Corfou). Au sein de la paix qui suivit ces événements , le Czar serbe se voua à l'organisation de Tempire. Il le divisa en gouvernements dans lesquels il établit ses principaux voïvodes pour les récompenser de leurs services militaires. Cette mesure qui, à cette époque, pouvait avoir son opportunité, devint par la suite une source de dissensions et de discordes. Jusque-là, les chefs serbes étaient de vaillants guerriers ; devenus feudataires, l'ambition du pouvoir domina, dans leur cœur, le besoin de vaincre uniquement pour la gloire et pour Thonneur du pays. C'est, du reste, la faute qu'ont commise presque tous les fondateurs des États de l'Europe. Mais, à côté de cette décision funeste, Doucban en prit d'utiles et de glorieuses. Après avoir élevé la Serbie au rang des grandes puissances par l'extension que ses conquêtes avaient donnée à son territoire, il répandit, dans toute les provinces de ce vaste empire, les bienfaits d'une sage administration; il y établit le règne des lois par la rédaction d'un

Gode, don plas beau titre de gloire et le monu* ment le plus remarquable en ce genre qui existât de son temps.

Mais, tandis que le conquérant devenait légis^ lateur, les Ottomans gagnaient do terrain en Asie et menaçaient de plus en plus Constantinople. Douchan voulut mettre la dernière main à Tœuvre qu'il n'avait pas cessé de poursuivre* Il réunit quatre-vingt mille. hommes de troupes aguerries et bien disciplinées et se dirigea avec ses forces vers le Bosphore. Après avoir conquis la Thrace d'une manière défiaitive, il s'empara de la Remanie et se trouva ainsi aux portes de la capitale de l'empire. On peut supposer que la ville impériale allait bientôt tomber en son pouvoir, lorsque arrivé au village de Diavoli^ situé à peu de distance de Constantinople, il fut atteint d'une fièvre violente qui le conduisit an tombeau en quelques heures. Sa mort mit fin à son expédition. L'armée s'en retourna en Serbie emportant le corps de son empereur (18 décembre 4 356). Douchan mourait dans sa quarante-cin-

quième année, dans toute la force de Tâge, après un règne de vingt ans. Il fat inhamé dans un monastère qu'il avait fondé sur les bords du fleuve Bistritza ; le peuple le surnomma Silni le puissant) mais les historiens étrangers le dési*gnent constamment sous le nom de Douchan le Grand. Son empire comprenait la Serbie, la Bosnie, la Dalmatie, TAlbanie, TÉpire, la Thessalie, la Macédoine, la Bulgarie, la Remanie et quelques provinces moins importantes comme la Syrmie, la Slavonie, la Croatie, etc. Les frontières de Tempire serbe étaient donc, au nord, le Danube ; au sud, la Livadie ou ancienne Grèce et ' la Morée ; à Touest, l'Adriatique ; à Test, les limites mêmes de la Thrace. L'héritier de ces vastes États fut Ouroch que Douchan avait eu de son mariage avec Hélène, fille de l'empereur grec Jean Cantacuzène (1 338).

Ouroch y(1 ) atteignait à peine sa dix-neuvième

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(1) Etienne Douchan étant considéré comme le quatrième roi du nom d'Ouroch, son fils est désigné sous celui d'Ouroch V.

année lorsqu'il succéda à son père. Loin de partager les vues ambitieuses de Douchan, il ne chercha qu'à jouir paisiblement du pouvoir qui lui était confié. Avec cette humeur pacifique et sa jeunesse, Tempire devint une lourde charge pour Ouroch. Les provinces nouvellement annexées à la Serbie demandaient une main ferme pour être maintenues dans Tobéissance. Au lieu d'une administration énergique et centralisée, le nouvel empereur trouva, dans les gouverneurs établis par son père, autant de rivaux et d'ennemis. Le système féodal portait déjà ses fruits. Le premier qui méconnut Tautorité du jeune prince fut son oncle môme, Sinicha, qui administrait la Romanie. Ce dernier leva une armée composée d'Albanais et de Grecs avec laquelle il s'empara de Scutari* En même temps Nikiphor, gouverneur de Thessalie, se séparait de l'empire. Il était bientôt imité par les autres feudataires, qui, sous le prétexte de fortifier l'État, se retranchaient dans leurs provinces. Le plus dangereux de tous était Youkachine, allié à la famille de Dou-

chan et qui résidait à la cour. Il était parvenu à captiver entièrement la confiance du jeune empereur, et sut si bien déguiser ses vues ambitieuses qu'il obtint même d'Ouroch le titre de roi de Rassie. Une fois dans cette haute position, il tourna ses regards sur le trône même. Les amis de Tempereur essayaient en vain de Téclairer sur les projets de son vassal. L'imprudent Ouroch, en dépit de leurs justes observations, le retenait auprès de lui et lui continuait ses bonnes grâces* Il s'aliéna ainsi le peu de partisans qui lui restaient. Bientôt son autorité fut généralement méconnue : quatre grands feudataires se partageaient en réalité le pouvoir ne lui laissant qu'un vain titre.

Les progrès des Turcs en Europe précipité-* rent les projets de Youkacbine. Les Ottomans, après s'être emparés d'Andrinople, se portèrent sur Philippopol qui tomba également en leur pouvoir (4 360). Au milieu des dissensions qui divisaient la Serbie, on ne put leur opposer une résistance sérieuse. Dans cette situation critique,

Vonkachiiie Jeta le masque. Ourooh V reoonnat alorSy mais trop tard, la faute qu'il avait commise. Il voulut éloigner son vassal de la cour et le dépouiller de ses titres ; il ne fit qu^aggraver sa position. Youkachine leva une armée en Rassie et marcha contre Tempereur. Les troupes d'Ourooh furent vaincues. Obligé de fhir luimême, il se dirigea vers Raguse. Son ennemi Tatteignit dans sa fuite et le fit périr (1367)« Avec Ouroch V s'éteignit la famille des Némanïa qui avait régné plus de deux siècles.

Youkachine ne devait pas jouir longtemps du fruit de sa victoire. Les Turcs commençaient à s'établir dans les provinces serbes de TEst. Àma« rat P% à la tête de soixante-dix mille hommes^ se préparait à faire irruption dans Tempire. De son câté, Youkachine fit appel aux autres feudataires et parvint à réunir soixante et un mille guer* riers. Il passa, avec ces forces, en Macédoine, où il rencontra les troupes du sultan. La lutte fut des plus meurtrières, Le nouvel empereur dé« ploya une grande habileté et un courage digne

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d'étoges. Les Serbes restèrent enfin maîtres du champ de bataille. Les Turos, poursuivis j Qsqne snr les bords delà Maritza (le Yardar), périrent pres^ quetous. Amurat r% échappé à grand*peine à Tardenr des chrétiens, arriva presque seul à Andrinopie, ville voisine du lien du combat. Sans se laisser abattre par ce revers» il réunit à la hâte de nou«" velles troupes et revint, dès la nuit suivante, sur les Serbes harassés de fatigue. Cette fois la vie* toire resta aux Turcs. L'armée de Youkacbine fut écrasée ; il succomba lui*méme en héros, avec son frère Ougliécba et la fleur de la jeunesse de Serbie (septembre 4 371 ). Amurat V* victorieux, envahit les provinces voisines dont il obligea les gouverneurs à lui fournir un contingent de troupes* Cest ainsi que les discordes intérieures^ nées des ambitions égoïstes, détruisaient, en quelques années, Tœuvre grandiose de Douchan.

La Serbie, restée sans chef, était menacée de devenir tout entière la proie des musulmans. Au milieu de la division des partis, tous les regards

— Oise fixèrent sar un prince allié à la famille tles Némanïa, Lazare Gréblianovitch. Les services rendus par lui au pays avaient porté Douchan à lui accorder en mariage la princesse Militza, issue de Voue, le troisième fils du fondateur de la royauté serbe; il lui avait de plus confié le commandement de Tarmée de Bosnie et, peu après» le gouvernement de la Syrmie. Lazare convoqua une assemblée générale de tous les feudataires de Tempire et fut élu par eux empereur de la Dioclétie, de la Dalmatie, de la Bosnie et de la Serbie- propre (1374). Les États voisins lui reconnurent ce titre. Mais les Hongrois, voulant venger la défaite qu'ils avaient essuyée sous Douchan » profitèrent de la position difiicile dans laquelle se trouvait la Serbie pour l'attaquer* Lazare les repoussa, les poursuivitméme en Hongrie et s'empara du pays jusqu'à la Tbéiss. Victorieux sur ce point, il songea aux moyens de reconquérir sur les Turcs les provinces de l'Est. L'empire était alors réduit à l'Herzégovine, la Rassie, la Serbie^propre, la Syrmie, au Banat, avec quel-

qaes provinces moins importantes ; il s'étendait de l'Albanie à la Drâva en Croatie et de l'Adriatique au Danube et à la Bulgarie.

Cependant les Turcs devenaient de plus en plus menaçants. Le sultan Amurat 1" réunissait une armée considérable dans les environs de Philippopol. L'empereur Lazare, prévoyant son dessein, se tint prêt pour la lutte. Il envoya Démé- Irius, l'un de ses généraux, pour s'emparer de CerkvichCé, forteresse située sur la frontière. En même temps Amurat I" chargeait un de ses beys de la détruire et lui confiait vingt mille hommes pour dévaster le pays environnant. Démétrius devança les Turcs. Il fit passer les habitants en Serbie avec tout ce qu'ils possédaient et, n'ayant pas l'intention de se retrancher dans Cerkvichté, il se relira avec son corps d'armée. Le bey arrivé trop tard n'osa rien entreprendre contre lui. Ce ne fut que lorsque le sultan put disposer de nouvelles troupes, que les Turcs prirent l'initiative. Pour lors l'empereur Lazare ne se jugeait pas

en mesure de résister avec avantage ; il demanda

ane trêve afin de gagner du temps^ et l'obtint moyennant un léger tribut. Cette paix fut de courte durée. Bientôt Amurat V déboucha en Serbie par Novi-Bazar(1387). Lazare parvint à . le repousser hors de ses Etats. Pour se créer de nouvelles ressources, il chercha à gagner le roi de Bosnie à sa cause qui était celle de tous les peuples de la péninsule, celle de la chrétienté. Le prince d'Albanie Georges Caslriote, appelé aussi Skander-Beg, avertit le sultan de cette alliance et lui proposa de conduire lui-même une expédition contre le roi de Bosnie. Amurat I" s'empressa d'acquiescer à sa demande, et Georges, à la tête d'une armée turque, dévasta cette province. Mais tandis que ses troupes chargées de butin s'en revenaient en longeant la frontière de la Serbie, les Serbes, au nombre de trente mille, leur coupèrent le chemin et, à la suite d'un engagement général, détruisirent complètement l'armée turque. Georges n'échappa qu'à grand' peine à leur vengeance (1). Ce revers ne fit qu'exciter

(1) Ce fait est rapporté par Lewen Clavius, traducteur de l'histoire turque.

la colère d'Amurat I". Il était secondé dans ses desseins par plusieurs dignitaires de la cour de Serbie et surtout par l'ambition de Voue Brancovitch, l'un des gendres de Tempereur, qui aspirait à remplacer son beau-père. Ainsi appuyé contre Lazare par son propre entourage, le sultan se dirigea avec une armée nombreuse vers la plaine de Kossovo.

Lazare s'avança à la rencontre des Turcs. Voue Brancovitch, pour dissimuler sa trahison , chercha à faire tomber les soupçons sur Miioch Obilitch le héros de la Serbie. La veille du jour de la bataille, l'empereur réunit ses voïvodes dans tin banquet et reprocha à Miioch la trahison dont on l'accusait. Celui-ci, maîtrisant sa colère, se borna à répondre que l'on verrait bientôt qui était le traître. Le lendemain, il choisit deux de ses amis et, cachant à tous ses projets, il se dirigea avec eux vers le camp des Turcs. Les trois Serbes prétendirent avoir à révéler au sultan des secrets de la plus haute importance. Amurat, habitué à voir la trahison le servir contre ses en-

nemis» ne fit pas de difficulté d'admettre Miloch en sa présence. Introduit devant lui, le héros s'incline en signe de respect ; puis, se relevant tout à coup, il lui plonge son poignard dans le cœur. Aussitôt on entoure le nouveau Scaevola qui, dans son héroïque colère, culbute les assaillants. Il parvient même u sortir de la tente impériale. En présence de Tarmée turque qui s'agite sous ses yeux, il ne désespère point encore de se frayer un chemin vers les siens. Mais accablé par le nombre, il succombe enfin avec ses deux compagnons.

La mort d'Amurat I" ne fit qu'exalter le fanatisme de son armée. Parmi les Serbes, au contraire, la disparition subite de Miloch , dont on ignorait l'aclion héroïque, avait jeté la consternation. Lazare parvint cependant à ranimer leur courage. Ses paroles, pleines d'une généreuse ardeur, enflammèrent a tel point la valeur de ses soldats qu'ils demandaient le combat à grands cris. L'action s'engagea bientôt. Tel était l'enthousiasme des Serbes que, dans la première partie de la journée, ils battirent les Turcs et

les mirent en fuite. Les Beys parvinrent à arrêter les fuyards, et leur montrant d'un côté le Strymon et la mer Adriatique, de l'autre Tarmée de Lazare, ils leur firent entendre que la victoire était leur seule espérance de salut. Les Turcs recommencèrent la lutte avec un nouvel acharnement. Rien n'était décidé encore, lorsque Voue Brankovitcb, au lieu d'appuyer les Serbes avec ses huit mille hommes de cavalerie, se retira du champ de bataille. Dès ce moment la partie devenait par trop inégale. En vain les Serbes firent-ils des prodiges de valeur autour de leur empereur. Lazare, son beau-père et ses neuf beaux-frères périrent en combattant (15 juin 1 389). Le sort de la Serbie venait d'être décidé. La bataille de Kossovo, désastreuse pour les vaincus, n'était pas moins terrible pour les vainqueurs. Bajazet, filsd'Amurat I*', voyant son armée épuisée, abandonna les projets de son père sur la Serbie. Il laissa au pays une semi-indépendance, et, au lieu de lui imposer Voue Brankovitcb pour récompenser ce dernier de ses hon-

— Totaux services, il établit Tautorité du fils de Lazare, Etienne Lazareviichy qui devait partager le pouvoir avec sa mère Mililza et prendre le titre modeste de Despote. Les autres conditions du sultan furent que la Serbie fournirait à l'armée turque un contingent de troupes; que, dans le cas où les Ottomans auraient la guerre avec Tun des peuples voisins, Etienne et son frère Voue Lazarevitch dirigeraient eux*mémes les Serbes ; enfin que Miléva, fille de Tempereur Lazare, lui serait donnée en mariage. Par suite de ce traité, les Serbes assistèrent à la bataille d'Angora dans laquelle les Turcs furent battus par Tamerlan.

Etienne, retournant en Serbie après cette défaite, passa par Constantinople. L'empereur grec lui fit accueil et le reconnut dans son titre de Despote.

Le fils de Voue Brankovitch, Georges, avait épousé les prétentions et le ressentiment de son père. Bajazet, qui avait trompé les espérances de Voue, étant mort, Georges demanda au nouveau sultan la réalisation des promesses d'Amurat I". Il parvint à se faire écouter et obtint même quel-

qnes troupes pour appuyer ses vues ambitieuses. Malgré cette ressource il ne put se faire accepter en Serbie où le souvenir de la trahison de son père indignait encore tous les cœurs. Sur ces entrefaites, la division qui régnait entre les fils de Bajazet cessa par l'élévation de Soliman P' au pouvoir. Ce sultan conclut la paix avec la Serbie. Etienne put alors veiller au rétablissement de Tordre dans son État. Il fit fortifier Belgrade et pourvut cette forteresse d'un approvisionnement considérable. Mais ce qui assure à ce prince une place honorable dans Thistoire, ce sont les réformes qu'il apporta dans le système gouvernemental. L'expérience lui avait démontré les effets funestes du régime féodal. Désireux de consolider le pouvoir, il comprit que la force de l'État était dans le peuple et uniquement dans le peuple. Imbu de cette idée, il créa deux chambres chargées de toutes les délibérations. La première, présidée par lui, était composée des voïvodes. Elle traitait les affaires et prenait des décisions qui passaient ensuite à la seconde

chambre formée des représentants de la population , qai devaient les ratifier pour les rendre exécutoires. Cette institution libérale au xv* siècle ne laisse pas que d'être fort remarquable et bien faite pour gagner à Etienne Lazarévitch les sympathies de notre époque. A la suite de ces sages mesures, la prospérité commença à renaître en Serbie. Il n'entrait pas dans les vues du sultan qu'il en fût ainsi; il voulait au contraire perpétuer dans le pays les divisions intestines qui préparaient les voies à la domination définitive des Turcs. Dans ce but, il persuada à Voue, deuxième fils de Lazare, de demander à son frère le partage de l'autorité, et l'appuya, dans cette démarche, d'un corps d'armée de trente mille hommes. Etienne ne chercha pas à défendre ses droits et donna ainsi une nouvelle preuve de son amour du bien public (mars 1 409). Voue Lazarévitch devait payer cher ses vues ambi* lieuses. Les fils de Soliman I" se disputaient le pouvoir. Voue embrassa la querelle de l'un d'eux qui fut vaincu par son frère Moussa : le nouveau

sultan s'empara du prince serbe et le fit déca* piter. Etienne, reslé neutre dans ces débats, ne put échapper néanmoins au ressentiment de Moussa qui s'avança en Serbie avec une armée considérable. Une bataille eut lieu à Yerbitza (1413). Les Serbes essayèrent une défaite dont les conséquences furent Tinvasion du pays que les Turcs dévastèrent, et la destruction de plusieurs forteresses. Une partie de la population fut réduite à l'esclavage. Mais Moussa ne devait pas jouir longtemps de sa victoire. Il trouva dans Mahomet, lefjls de son frère, un rival et un vain* queur. Pour accomplir ses desseins contre son oncle, Mahomet avait fait alliance avec les Tar* tares de l'Asie Mineure d'une part, et, de l'autre, avec Etienne qui, désireux de venger la Serbie du désastre qu'elle venait d'essuyer, embrassa le parti de l'ennemi de Moussa. Mahomet réunit les forces dont il disposait, attaqua son oncle, défit ses troupes et, s' étant emparé de sa personne, le fit aussitôt décapiter (1415). Pour reconnaître les services d'Etienne, il restitua à la Serbie les

provinces passées sous la domiDation des Turcs à la suite de la bataille de Yerbitzar

Etienne avait épousé en 1403 une princesse de la famille de Jean Cantacuzène. Il n*eut pas d'enfants de cette union. Se sentant près de succomber à une maladie grave, il fit reconnaître pour son successeur Georges Brankovitch qui s'était réconcilié avec lui. Il mourut à Sré- 6riit&le19juin U27.

Le sultan Amurat II qui succéda à Mahomet I*% voyant la famille de Lazare éteinte, éleva des prétentions sur le gouvernement de la Serbie en sa qualiléde descendant de Bajazet et de la princesse Miléva. Sous ce prétexte, il se refusa à reconnattre Georges et marcha contre lui à latôte d'une armée considérable. Il s'empara de Krouchevatz, capitale du Despote serbe, et vint mettre le siège devant Srébrnié. Après être resté quarante-huit jours devant cette forteresse, désespérant de s'en rendre maître, il reprit le chemin de ses États sans renoncer toutefois à ses prétendus droits. En 1 433, il mit Aly-Bey à la tête

d'une expédition en Herzégovine ; les Tares furent repoussés cette fois encore. Geor^s, harcelé par les Musulmans, rechercha l'ailiaDce de Sigismond, roi de Hongrie. Ce prince, effrayé des progrès des Ottomans en Europe, pressait le Despote serbe de lui céder Belgrade, qu'il considérait comme nécessaire à la défense de ses frontières. Georges Brankovitch, porté à faire des concessions à un prince chrétien et désireux de s'assurer Tappui des Hongrois contre les Turcs, abandonna Belgrade à Sigismond en échange de treize forteresses situées en Hongrie. Il put ainsi ouvrir un refuge aux Serbes des provinces conquises par les sultans et améliorer leur état (1 435) . L'alliance des deux peuples arrêta, pour quelque temps du moins, les projets d'Amurat H. Mais à la mort de Sigismond, le sultan se porta de nouveau contre la Serbie, dévasta plusieurs provinces et ne conclut la paix avec Georges qu'en se faisant donner en mariage la princesse Mara (Marie). Cette condition était importante à ses yeux. Elle lui donnait en quelque sorte droit

d'ingérance dans les affaires du pays, et sous le prétexte de relations amicales, il espérait s'établir définitivement en Serbie. C'est dans ce but qu'il demanda pen après à son beau -père que la forteresse de Sémendria, le dernier rempart des Serbes, lui fAt livrée provisoirement pour qu'il pût en faire le centre de ses opérations contre Albert, roi de Hongrie. Georges devina ses intentions, et, bien décidé à lui répondre par un refus, il fit fortifier Sémendria, y établit son fils Grégoire comme son successeur, puis passa en Hongrie pour y demander des secours contre les Turcs. Amurat H prévint son adversaire. Il se porta immédiatement sur la place forte qu'il convoitait, s'en empara et fit le prince Grégoire prisonnier. Toute la Serbie fut ensuite envahie par ses troupes et passa sous son autorité.

Cependant Georges, qui avait échoué dans sa démarche, se retira à Antivari, puis àRaguse. Le sultan envoya des émissaires dans celte ville et fit signifier au sénat que le prince serbe lui fût livré s'il ne voulait exposer Raguse à sa colère.

Georges, averti à temps, s'enfuit à la hâte abandonnant son trésor et les archives de Tempire. II passa en Hongrie et fat reçu à Bude par le roi Yladislas, avec tous les égards dus à son énergique persévérance et à ses malheurs. Aux yeux de Ylâdislas, Georges n'était pas seulement un prince dépossédé ; la Serbie, un empire détruit, un peuple réduit à l'esclavage. C'était le champion de la chrétienté vaincu par les Turcs envahisseurs; c'était un rempart de l'Europe chrétienne renversé par l'islamisme de jour en jour plus menaçant. Ce fut sans doute parce qu'il envisagea la question à ce point de vue que, pressé par Georges de lui fournir les moyens d'arracher au sultan sa conquête, il se rendit à ses sollicitations et se mit lui-même à la tête d'une expé* dition contre Amurat. Les Hongrois chassèrent les Turcs de la Serbie, de la Bulgarie et les refoulèrent jusqu'au Balkan. Amurat H qui avait en son pouvoir le prince Grégoire, chercha à traiter avec Georges, lui promettant de le reconnaître dans ses Étals et de lui rendre son fils, s'il

Obtenait de Vladislas qae la paix fùt conclae. L'armée hongroise était crueliement décimée par les maladies ; le roi, satisfait de son expédition, ne demanda pas mieux que de traiter avec les Turcs. Une trêve de dix ans fut acceptée par les deux souverains y et Georges rentra en possession de ses droits (1444).

Une année ne s'était pas écoulée depuis ces événements, que les Hongrois enivrés de leurs succès, violèrent la trêve conclue ; leur armée s'empara de la Bulgarie presque tout entière. Dès que cette attaque fut connue d'Amurat II qui bataillait en Asie, il se hâta de retourner en Europe. Il rencontra Tarmée hongroise à Varna et la détruisit(1 décembre 1 444). Georges avait sagement gardé une entière neutralité dans cette expédition malheureuse des chrétiens, malgré les soliicitatious de leur général Hounïady. Ce dernier retourna presque seul en Hongrie où il se prépara à réparer sa défaite. En effet, il reparut bientôt en Serbie avec de nouvelles troupes et

rencontra les Tares à Kossovo. Amurat II lui fit essuyer un nouveau désastre.

On ne s'explique pas le motif qui porta Georges à faire arrêter Hounîady fugitif, à son passage dansla ville de Eiadovo, d'autantplus qu'il lui rendit la liberté peu de temps après son arrestation. On peut supposer que le général hongrois avait laissé voir quelque ressentiment au prince serbe de la neutralité qu'il avait gardée pendant la guerre ; une fois entre les mains de son ennemi^ Hounîady aurait dissimulé et serait par* venu à lui persuader qu'il n'avait à son égard que des intentions bienveillantes. Mais, à peine fut-il de retour en Hongrie, qu'il se vengea de la conduite de Georges en s' emparant des forteresses cédées à la Serbie en échange de Belgrade. Il s'avança même jusque dans la Rassie qu'il dévasta. Georges n'était pas en mesure de lui opposer une longue résistance; il le conjura d'épargner un pays dont le peuple était le plus sûr défenseur des frontières de la Hongrie. Hounîady céda à ses prières. Mais Amurat II préparait à la

Serbie de plus cruelles épreuves. Pour punir Georges d'avoir délivré son prisonnier, il envahit de nouveau le pays. En face de ce danger, le prince Serbe se tourna de nouveau vers la Hongrie. Hounïady vint à son secours. Les deux armées réunies battirent les Turcs à Krouchevatz et s'emparèrent de la forteresse de Yidin qui fut rasée, afin que les ennemis ne pussent s'y retrancher à Tavenir.

L'avènement de Mahomet II ne changea rien tout d'abord à la situation de la Serbie. Le nouveau sultan, occupé en Asie, conclut la paixavec Georges et poursuivit ses conquêtes du côté de Constantinople dont il s'empara en 1 453. Alors seulement il tourna ses armes contre les Serbes, faisant valoir, comme prétexte à son agression, les droits héréditaires dont Amurat II s'était déjà prévalu. Il assiégea sans succès Sémendria et Belgrade, et, remettant à plus tard la réalisation de ses projets, il regagna le centre de son em* pire.

Dès l'année suivante, il fit de nouveau irrup-

lion en Serbie. Dans ce malheureux pays dévasté par des invasions si fréquentes, les habitants épuisés par les luttes n'offraient plus de résistance*Georges passa en Hongrie pour la deuxième fois espérant encore y trouver quelque secours. Mahomet II ne lui laissa pas le temps d'user de ce dernier moyen. Belgrade fit cependant une résistance opiniâtre ; les assiégeants furent même repoussés le 22 juillet 1456. Cette lutte désespérée ne pouvait sauver la patrie : elle permit néanmoins à Georges, parvenu à un âge fort avancé, de mourir au milieu des siens, dans la forteresse de Sémendria, le 24 décembre 1 457.

Georges Brankovitch laissait trois fils : Gré* goire, Etienne et Lazare. Ils occupèrent alternativement le pouvoir pendant une année. Le dernier, Lazare, mourut en 1458, laissant l'autorité entre les mains d'Hélène, sa femme, de la famille des empereurs grecs. Dès lors, Mahomet II s'empara sans peine de Sémendria et fit passer d'une manière définitive la Serbie sous sa domination (1459).

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