III. — UN BOUQUET
Il y a toujours une heure charmante: c'est celle où l'on s'appi été à aimer, — même pour rire.
Ce jour-là, en s'éveillant, on a l'esprit rose;— on trouve le soleil d'hiver plus doré; — on saute à bas du lit en fredonnant quelque vieil air romantique d'Iïippolyle Monpou ; — on dit du domestique qui vous sert:
— « Ce garçon est moins bête que je ne l'avais cru ; je lui donnerai, ce soir même, un message. »
On s'habille, on se rase, on rêve, on murmure :
— « Que tait-elle en ce moment? »
Mon Dieu ! oui, si blasé qu'il soit, il faut qu'un homme s'occupe toujours d'une femme.
Dès qu'on a pris sa robe de chambre, on se jette sur un fauteuil, devant un petit bureau de palissandre, en s'écriant :
— « Il faut que je lui écrive, — ne fût-ce que cinq lignes ! »
Cinq lignes, chose difficile a bien faire ! — On les fait, on les refait, on les recommence et on les déchire dix fois.
— « Non, ne lui écrivons pas, — la chose la surprendrait peut-être sans lui plaire. — Il vaut beaucoup mieux lui envoyer un bouquet. — Ah! un bouquet l — une délicatesse ou une impertinence? — Il est sans exemple qu'un bouquet bien fait ait jamais été mal reçu. Les Orientaux n'ont pas été si naïfs en imaginant le selcon ou langage des fleurs. »
On sonne.
— Joseph! Joseph!
— Que veut monsieur ?
— Tenez, voilà trois louis; allez chercher, chez la marchande de fleurs, le plus beau paquet de violettes que vous pourrez trouver; — voici une carte de visite que vous mettrez près de l'enveloppe, dans un endroit visible, et vous porterez le tout chez madame Clara Dobliou, rue de Penthièvre. »
Trois jours s'écoulent au milieu d'exercices du
même genre. — On ne bâille déjà plus, on sourit; — on ne fredonne plus, on chante; — on ne se demande plus comment on tuera le temps, on suit, comme malgré soi, en sortant, un sentier qui est toujours le même.