‹ La Séroréaction et le SérodiagnosticChapitre 5 sur 24 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Voici près de six mois, M. Fernand Widal communiquait à la Société médicale des Hôpitaux de Paris un nouveau signe de fièvre typhoïde : c'était bien un signe clinique, car on pourrait en quelques minutes le rechercher et le constater près du lit du malade ; mais avec sa valeur chnique, le signe avait une importance doctrinale extrême, puisqu'il se présentait comme la conclusion logique, nécessaire, des travaux successifs de ces dernières années, et de la connaissance la plus en plus parfaite que nous avons prise de la” fièvre typhoïde et de sa cause première. D'un mot -très heureux, M. Widal appela le signe qu’il apportait : le sérodiagnostic.

Le sérodiagnostic de la fièvre typhoïde se présentait d'importance si immédiate que de nombreuses communications se sont, depuis le mois de juin, succédées devant les sociétés savantes ; tous les journaux médicaux se sont à maintes

thus

reprises occupés de la question, et il n'est pasun service hospitalier où le sérodiagnostic n'ait été pratiqué chaque fois que l'ont permis les rencontres de la clinique. Tous ces travaux se sont pressés avec une telle abondance et une telle rapidité qu’il ne nous a pas paru imutile d’en faire ici comme une revue générale (1). Nous aurons à dépouiller, avec les travaux français, un grand nombre de travaux étrangers.

M. Widal s’est inspiré des travaux de Pfeiffer que nous analysons plusloin, mais nous verrons que le sérodiagnostic appartient bien en propre à M. Widal. Si Pfeiffer s'est occupé de la fièvre typhoïde, ce n’est qu’accessoirement, pourrait-on dire; le travail qu'il y a consacré ne vient qu’'après un premier travail beaucoup plus important, sur le choléra.

Si la même méthode de recherches a été apphquée à la fièvre typhoïde après l'avoir été au: choléra, c’est que choléra et fièvre typhoïde ont ce caractère commun d'être maladies infecheuses. Par cette même raison d’analogie, après que M. Widal eût trouvé le sérodiagnostie de la fièvre

(1) Ces pages étaient déjà écrites quand un nouveau document s’est ajouté à la bibliographie déjà si riche du sujet: - « Le sérodiagnostic de Widal dans la fièvre typhoïde, par Pierre Dumas ; — thèse Paris, 1896.

Da”

tr — typhoïde, d’autres expérimentateurs sont venus qui ont appliqué le même procédé de sérodiagnostic à d’autres infections.

Ce rapide aperçu de la question montre quel

‘doit être notre plan : nous consacrerons un pre-

mier chapitre à la fièvre typhoïde ; faire l’historique des doctrines médicales sur la fièvre typhoïde ce sera du même coup faire l'historique général des doctrines successives sur ces maladies que tous les médecins appellent aujourd’hui infectieuses. Mais nous devrons dire, à propos de la fièvre typhoïde, à propos de l’infection éberthienne, l’histoire aussi des infections colh-bacillaires. Qu'on rapproche le coli-bacille et le bacille d'Eberth jusqu’à les confondre; au contraire, qu’on en fasse deux espèces bien distinctes, peu importe: il faut les étudier ensemble pour en montrer les dissemblances aussi bien que les ressemblances.

Dans un second chapitre, nous aurons toutefois à reprendre, pour en donner une vue plus nette, l'histoire propre de ces infections coliennes.

Un troisième chapitre sera consacré au sérodiagnostic du choléra.

Un quatrième au sérodiagnostic (seulement

“expérimental encore) de la diphtérie.

Un cinquième chapitre sera comme un chapi-

AGE tre d'attente: celui du sérodiagnostic possible d’autres maladies infectieuses.

C’est à la fièvre typhoïde que le sérodiagnostic a d’abord été appliqué par M. Widal; et c’est aussi le sérodiagnostic de la fièvre typhoïde qui a donné lieu aux recherches les plus nombreuses et qui est aujourd'hui le mieux connu jusque dans certains points de détail comme ceux-c1: Quelle est la date d'apparition de la séroréaction ? et à quelle époque disparaît-elle ? La rencontre-ton dans d’autres humeurs que le sérum sanguin et dans lesquelles? Que devient-elle pendant la convalescence, entre les rechutes, pendant les rechutes ? Pouvons-nous, à son degré, prévoir quel sera le degré d'infection? Y a-t-il un séropronostic de la fièvre typhoïde ? Ce sont-là autant de questions, auxquelles certains faits ont déjà répondus, que nous aurons à exposer. C’est dire que le chapitre du sérodiagnostic de la fièvre typhoïde doit être et sera de beaucoup'le moins incomplet de ce travail. Mais comme on a raisonné par analogie pour tenter le sérodiagnôstic d’autres affections après qu'a ctéétablile sérodiag : nostic de la fièvre typhoïde, de même seronsnous en droit de conclure des points plus précis dès maintenant acquis dans la séroréaction de la fièvre typhoïde, aux détails du sérodiagnostic des

MS autres infections, que l'expérience doit évidemment venir confirmer et compléter.

Nous aurons enfin à nous demander quelle est la nature de la substance agglutinante dont l’action constitue la séroréaction etle sérodiagnostic. Nous aurons à ce propos à remonter plus haut qu'à la venue du sérodiagnostic; ses origines sont dans les expériences sur l’immunité expérimentale. Nous montrerons rapidement l’évolution des idées scientifiques sur ce point; et faire l'historique de la séroréaction d’immunité, sera montrer la genèse du sérodiagnostic.

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