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CHAPITRE I

SÉRODIAGNOSTIC DE LA FIÈVRE TYPHOIDE

Nous définissons aujourd’hui la fèvre typhoïde une infection fonction d'uu microorganisme spé- cifique connu sous le nom de bacille d'Eberth. Le déterminisme étiologique définit donc la fièvre typhoïde. Celle-ci n'avait été longtemps qu’une entité anatomo-clinique édifiée par les beaux tra- È vaux de Bretonneau (1820) et de Louis (1829).

Si l'action du germe pathogène estaujourd'hui à peu près universellement reconnue, il ne faut pas oublier que le bucille d'Eberth peut vivre au sein de notre économie parfaitement inoffensif : et l’on ne saurait faire table rase des anciennes doctrines étiologiques de la fièvre typhoïde. Sans doute la théorie pathogénique de Murchison (que la fièvre typhoïde « peut naître indépendemment. d’un cas antérieur par la fermentation des ma tières fécales et peut être par la fermentation =

d'autres formes de matières organiques; qu'elle peut être communiquée par les malades aux personnes saines, mais que, dans ce cas, le poison ne s'échappe pas du corps sous une ne virulente comme la petite vérole, mais qu'il est déve- Aoppé par la décomposition des éléments après leur expulsion» (1). Cette théorie, disons-nous, non plus que la théorie de Pettenkoffer (que le niveau de lanappe d’eau souterraine joue un rôle dans la maturation des germes typhiques), ne saurait aujourd'hui être prise au pied de la lettre. Mais nous ne pouvons nous empêcher de nous rappeler les lecons de notre maître le professeur Peter. On sait quelles étaient ses idées sur l'autotyphisation spontanée. Il y aurait pour lui comme une série d'états qui menaient à la fièvre typhoïde: la fièvre de fatigue, la fièvre de surmenage. Fréquemment la fièvre de surmenage, ce typhus ébauché devient le typhus vrai dans les armées. Pringle a décrit les épidémies de tvphus qui frappèrent une partie de l’armée anglaise en 1745, ainsi que les conditions qui engendrèrent ce typhus :,

(1) Murchison. Contribution to the étiology of continued fevers (Méd.Chir. trans. 1858), cité par Brouardel et Thoinot, Traité de médecine et de thérapeutique, tome I, page 639.

Er Of ee « Vers la fin de la campagne de 1745, dit-il, trois bataillons des gardes à pied et sept autres s’embarquèrent en Hollande: ils abordèrent au sud de l'Angleterre. La traversée fut courte etces troupes arrivèrent en parfaite santé.

«Le reste de l'infanterie, ayant campé plus.

longtemps, s'embarqua lorsque la saison était déjà avancée et les vents contraires ayant retenu ces soldats en mer, ils débarquèrent malades à Newcastle, à Holy-Island et à Berweck ; car pendant la traversée, plusieurs furent attaqués de fièvres remittentes, qui, par le grand nombre de personnes et par l'air corrompu et renfermé du fond de la cale, se tournèrent bien vite en fièvres de prison (le typhus), et devinrent contagieuses. NS « On choisit à Newcastle un certain nombre de maisons pour les malades qui y abordèrent. Comme on mit aussi dans ces mêmes maisons ceux qui se trouvèrent mal à l’armée du maréchal Wade, ils furent si serrés qe l'air se corrompit en peu de temps.

! La fièvre devint si contagieuse que la plupart des gardes malades et de ceux qui prirent soin de cet hôpital en furent attaqués; trois apothicaires de cette ville, quatre de leurs apprentis et deux garçons en moururent. eo) « Les régiments de Ligonier ét de Price abor-

ol

dèrent à Holy-Island. Ayant laissé leurs malades à Anvers, ils embarquèrent en parfaite santé ; mais lorsqu'ils arrivèrent, ils se trouvèrent dans un étataussi fâcheux que ceux quiétaienta Newcastle. L'on n'avait point prévu ce désastre, et il se fit sentir dans le temps qu’on était dépourvu de tout. On tira des vaisseaux quatre-vingt-dix-sept soldats attaqués de la fièvre de prison : quarante en moururent.

L'infection s'étant répandue dans l'ile, elle emporta cinquante personnes en quelques semaines, ce qui fait un sixième des habitants de ce petit pays. La mème fièvre fut portée à Berwich, par les soldats qui y débarquèrent; mais les malades étant en plus petit nombre, la maladie ne fit pas de progrès (1).

Et M. le professeur Peter attribuait les épidémies de la guerre de Crimée aux mêmes causes d’encombrement et de surmenage, se refusant à croire « que tout soldat Français emportàât dans son sac en même temps que son bâton de maré-

- chal de France, son bâtonnet de fièvre typhoïde ou de choléra ».

Il n’en est pas moins vrai que si le bacille

(1) Pringle. Maladie des armées (1750):

SAS 1 MS d'Eberth n’est pas suffisant à faire de la fièvre typhoïde, il y est nécessaire (1).

Ce bacille pathogène de la fièvre typhoïde, quels sont donc ses caractères ? Car dire qu'une maladie est spécifique, c’est établir la spécificité de son agent pathogène.

Toute la question se résume à distinguer, à

différencier absolument le bacille d'Eberth d’une

forme microbienne très voisine, le bacillus coli

communis (Escherich). Cette différenciation on.

ne la trouve ni dans les caractères morphologiques, ni dans les caractères de coloration.

& ne. ee ARR PT E LEE LE

(1) Il est certain que toutes les fois que nous voyons aujourd’hui une épidémie de fièvre typhoïde, nous cherchons jusqu'à ce que nous l’ayons trouvée, l’origine de Finfection, plus exactement le véhicule du germe, car nous n’admettons plus de fièvre typhoïde sans germe apporté et même sinous ne le retrouvons pas, nous en faisons, comme disent les mathématiciens, un postulatuin. Il faut avouer cependant que certains cas paraissent d’abord favorables à l'hypothèse d'une genèse autochtone des maladies infectieuses. Telle, cette épidémie de fièvre typhoïde apparue brusquement dans une colonne en marche en plein désert alors qu'auparavant il n’en existait aucun cas parmi les soldats, M. Kelsh a rapporté le fait tout dernièrement à l’Académie de Médecine (Séance du 1e décembre 1896).

M. Kelsh ajoute d’ailleurs : « C’est aux atténuations de virulence avec revivicences se produisant tout à coup que J'on peut attribuer dans nombre de circonstances l’éclosion de maladies infectieuses semblant se produire spontané-

ment ou tout au moins se manifestant en dehors de toute contagion ». ;

Bacille typhique et coli-bacille sont des bâtonnets cylindriques à extrémités arrondies de dimensions très variables, très mobiles, grâce à l’'existence de cils vibratls (les cils du coli communis seraient d’après Rémy et Sugg. 1893, beaucoup plus difficiles à colorer que ceux du bacille d'Eberth). Ni l’un, ni l’autre ne prennent le Gram. — Les caractères de culture sont les mêmes; ni l’un, n1 l’autre ne liquéfient la gélatine. Sur gélose lactosée tournesolée (Wurtz) la culture d’Eberth se développe sans modifier Ja coloration bleue de la culture, le bacille d'Escherich rougit habituellement la gélose: mais les exceptions sont loin de faire défaut à cette règle générale (Rodet et Roux). La culture sur pomme de terre a longtemps passé pour êtresd’un bon caractère différentiel : voile incolore et mince du bacille d'Eberth, purée épaisse du bacille d'Eschérich. — Dans le bouillon, caractères identiques : trouble très rapide et uniforme ; puis au : bout de quelques jours, le bouillon redevient limpide, tous les bacilles se précipitent dans le fond de l’éprouvette en fins sédiments blanchâtres.

Dans le bouillon Jactosé, tournesolé la culture d’Eberth se développe en respectant la coloration bleue : au contraire le développement du “bacille du colon s'accompagne de formation rapide

d'une coloration rouge, en même temps qu'apparaissent assez souvent des bulles gazeuses, mais il y a des exceptions.

Le bacille d'Eberth en bouillon peptonisé alcalin ne donne pas d’ordinairela réaction de l’indol; au contraire le bactérium coli la donne dans la grande majorité des cas. La réaction de l’indol (Brieger) n'a qu'une valeur différentielle toute relative.

En bouillon lactose, la culture d’Eberth se fait normalement; au contraire le coli bacille exerce sur la lactose une très énergique action fermentative qui se traduit par un très abondant dégagement de gaz, dont les bulles montent à la surface du bouillon surtout quand on agite le tube. Mais, certains échantillons de coli bacille ont une action fermentative très peu marquée et d’autres échantillons d’Eberth en ont une presque aussi active. Les cultures dans le lait donnent un caractère différentiel plus important. Ensemencé dans du lait stérilisé, le bacille d'Eberth s’y développe très bien, mais sans modifier son apparence extérieure. Et il ne produit pas de coagulation même après plusieurs mois de culture. Au contraire, le lait ensemencé avecle bactérium coli se prend en masse sous forme de coagulum plus ou moins dense, |

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