TÉTANOS A MARCHE LENTE
Delam.., âgé de 57 ans, mécanicien, entré le 12 juin 1916 à l'hôpital Necker, salle Vernois, N° 7.
Antécédents. — Le malade à eu quelques accidents de tra vail et, en fait de maladies, une fluxion de poitrine à 17 ans et des douleurs sciatiques dans ces dernières années. Il a eu 18 enfants, dont 10 sont morts en bas âge ; les survivants se portent bien.
Histoire de la maladie. — Il a été blessé le 20 avril 1916, sa main droite ayant été prise entre la roue d’une charrette et une machine. Il en est résulté une plaie par écrasement à la face
dorsale de la main avec lambeau triangulaire à demi-sphacélé, qui s’est éliminé progressivement. La plaie était en bonne voie de cicatrisation, lorsque Je blessé est allé trouver un médecin le 7 mai, se plaignant de courbature et de malaise général. Une purgation et de la quinine lui furent prescrites. Le 10 mai, il s'aperçut qu'il ne pouvait ouvrir la bouche ni remuer le cou. Le médecin lui fit, le même jour (20 jours après la blessure), une injection sous-cutanée de 20 centimètres cubes de sérum antité-
tanique qui fut renouvelée le lendemain 11 mai, et le malade
fut envoyé à l'hôpital.
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Examen du malade (12 mai). — La plaie est superficielle et en bonne voie de cicatrisation. Le malade ne peut ouvrir la bouche, il parle avec beaucoup dé difficulté, la mastication est impossible. Son facies est grimaçant. Le cou est raide, cependant ia tête peut se tourner. Les muscles du tronc sont légèrement contracturés et le malade-ne peut s'asseoir sur son lit. Les muscles des membres et de l'abdomen ne sont pas contracturés. Il s’est produit quelques spasmes douloureux, mais peu accentués.
L'état général est bon, le pouls bien frappé, mais la température atteint 89 le soir. L'intelligence est très lucide. Urines abondantes, sans albumine. Aucun signe pulmonaire, ni circulation. Constipation. |
Le 13 mai, on fait une injection intra-veineuse de 40 centimètres cubes de sérum antitétanique et l’on donne une purgation suivie d'une abondante évacuation. La température tombe au-dessus de 38°. On injecte successivement, les 14, 15, 16, 17, 19 et 20 mai, 20, 20, 40, 40, 20 et 20 centimètres cubes de sérum et l’on donne de 4 à 8 gr. de chloral. : |
Le 15 mai, une légère amélioration s’est produite et le malade peut légèrement écarter les mâchoires. Le 16, il y a, au pli du coude et à la cuisse, à l'endroit des piqûres (qui ont été faites en partie dans les veines, en partie sous la peau), une éruption érythémateuse assez étendue, mais non douloureuse. La raideur a gagné le dos et les muscles de l'abdomen. Le 18, le malade peut se retourner dans son lit et a dormi la nuit. Le 19, après la piqûre, survient un malaise général avec quelques étouffements. Le 20, la piqûre est encore suivie d’un malaise plus prononcé, avec accélération du pouls et de la respiration, cyanose, angoisse secousses convulsives, ce qui fait cesser la sérothérapie.
D'ailleurs, l'amélioration est manifeste. Le malade peut ouvrir la bouche, avaler des potages et des œufs, s'asseoir sur son lit ;
}) mais la contracture de l’abdomen cause une grande difficulté
pour aller à la selle.
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Cette amélioration se poursuit les: jours suivants. Les éruptions s’effacent. Les contractures disparaissent à la face, à [a tête et au cou. Celle qui persiste le plus est la contracture des grands droits de l’abdomen.
Le malade sort de l'hôpital le 13 juin. Il a reçu 240 centimè-
tres cubes de sérum antitétanique et pris 36 gr. de chloral.