TÉTANOS CÉPHALIQUE
- (Recueillie par M. Rouillard dans le service de M. Achard)
Mne A..., âgée de 50 ans, femme de ménage, entre le 21 février
1920 à l'hôpital Beaujon, Salle Béhier, N° 22.
Le 9 février, à fait une chûte violente dans son jardin ; elle s’est contusionné le front sur une brouette. F
Une hémorragie assez considérable en est résultéo.
“Un pharmacien a cautérisé la plaie. Pas d’autre traitement.
Pendant les premiers jours, aucun trouble de la santé.
. Le 16 février, la malade a ressenti quelques tressaillemnts musculaires ‘et quelques secousses convulsives dans les muscles du visage, en même temps qu'une difficulté croissante à ouvrir la bouche. Elle était fort gênée ous s’alimenter et pour parler 2 c'est pour ce motif qu’elle vient à l'hôpital. Elle n’a fait aucune crise convulsive, ni dans les premiers jours, ni dans la suite. . 21 février. — T1 existe ‘sur le front, à la racine des cheveux, un peu à droite de la ligne médiane, une petite plaie anfractueuse, de 7 à 8 millimètres de largeur, dont le fond suppure.
Les téguments environnants ont un aspect légèrement inflam-
matoire.
Pas de réaction ganglionnaire.
nee
Le facies est bien particulier : leS rides et sillons du visage sont accentués, surtout à droite ; les paupières sont un peu rapprochées, et les sillons de l'angle externe de l'œil sont très marqués. Les lèvres sont pincées. La malade à un aspect soucieux, inquiet. Sa physioncmie rappelle celle d’un individu qui concentre vivement son attention. Les: rides du front sont également très accentuées. -
En examinant de plus près la face, on constate une légère déformation à la partie inférieure du visage. La joue gauche paraît plus flasque ; les sillons sont moins marqués de ce côté, et les traits sont déviés vers la droite. La commissure labiale droite est entraînée du même côté. Ces modifications pathologiques sont rendues plus apparentes par les mouvements de la face.
Lorsqu'on demande à la malade de fermer les yeux, on voit que l’occlusion n’est pas complète, ni à droite, ni à gauche ; mais tandis qu'à gauche la moitié inférieure du globe oculaire reste découverte, à droite l’occlusion est un peu plus complète. Le globe oculaire ‘est attiré en haut et en dehors de.ces tentatives d'occiusion.
Si on ferme les yeux de la malade et qu’on essaye ensuite de relever ses paupières supérieures avcc le doigt, elle ne peut s’y opposer.
D'ailleurs, lorsqu'elle essaye à plusieurs reprises de fermer les paupières, elle y parvient à la fin.
Lorsqu'on demande à la malade de tirer la langue, elle ne : peut pas exécuter ce mouvement, à cause de son trismus ; les
arcades dentaires restent rapprochées.
Si on lui demande de montrer ses dents, la déformation ‘du visage s’accentue, et l’on note l’aspect habituel d’une paralysie
faciale gauche.
a qe
Yeux : pas de strabisme, vision normale, réflexe, pupillaires
normaux.
Done, trismus et paralysie faciale gauche.
Rien à noter du côté du cou ; les mouvements de la nuque
sont libres. |
Le peaucier du cou se contracte très bien à droite comme à gauche.
Pour les membres, motilité et sensibilité normales.
Réflexes tendineux normaux.
Le signe des orteils est en flexion bilatérale.
La malade est assise dans son lit ; elle parle volontiers, sans fatigue apparente, mais elle garde les dents rapprochées, et les lèvres serrées, ce qui donne à sa voix un caractère très spécial. | Elle se plaint de céphalée, surtout frontale, et dont le maximum semble aux environs de la plaie.
Elle ne dort pas la nuit, ni le jour. Les bruits qu’elle entend autour d'elle, lui paraissent fort désagréables. Toute excitation extérieure augmente le trismus.
Pouls 84. Température 3704 à l’entrée. Urines normales. Cœur et poumons normaux.
Le soir de l’éntrée à l’'hépital, on fait à la malade une application locale de sérum antitétanique sur sa plaie ; puis, une demiheure après, excision des téguments, de façon à enlever en surface comme en profondeur, toutes les parties contusionnées. l’incision est poursuivie jusqu’au périoste. On fait le nettoyage de la plaie avec du sérum antitétanique, puis on ferme la plaie avec trois crins.
Le même jonr, injection intra-veineuse de 40 centimètres cubes de sérum antitétanique.
Les jours suivants :
La plaie : un peu de suppuration se produit, et l’on coupe un
des crins le 24 février. Puis l’état local s'améliore ; le décolle-
: Mt
ment tend à disparaître, et la suppuration va en s’atténuant peu à peu ; elle persiste cependant au bout de 25 jours.
On pratique chaque jour une injection intra-veineuse de 40 centimètres cubes de SÉRUM ANTITÉTANIQUE : total 4/40 centimètres cubes en onze jours.
En même temps, on donne 6 gr. de chlorul par 24 heures.
Sous l'influence du sérum, une amélioration très nette se manifeste au bout de 7 à 8 jours.
Au début, en effet, il y avait peu de modifications du trismus et de la paralysie faciale. AS)
Mais, au bout d’une semaine, la malade parvient à desserrer. un peu les arcades dentaires, à tirer d’abord le bout de la lancue, puis à avaler des purées.
Ces progrès sont lents mais continus.
Le 5 mars, la malade ferme l'œil droit complètement ; à gauche, l’occlusion est presque complète. Elle parle encore difficilement, mais elle peut remuer les lèvres.
La paralysie faciale gauche persiste, entraînant les symptômes physiques et fonctionnels déjà notés.
Le sommeil devient plus régulier, dans les premiers jours de mars ; mais la malade reste excitable ; le moindre bruit la réveille.
Son état général s'améliore. La fièvre, qui avait persisté une hüitaine de jours, tend à disparaître.
Le 15 mars, il persiste un peu de flaccidité de la joue gauche ; ; et les traits sont toujours déviés vers la droite, au repos, aussi bien que lors des contractions des muscles du visage.
L’occlusion des paupières à droite est complète, et presque complète à gauche.
La malade peut tirer la langue complètement, quoique ce mouvement soit exécuté avec lenteur et difficulté, le trismus
n'étant pas complètement disparu.
de
Rien à signaler pour les membres, le thorax, ou le cou.
Ces réflexes rotuliens" paraissent un peu exagérés.
Depuis les premiers jours de mars, la malade se lève chaque jour. Le 12 mars, elle reprend l'alimentation habituelle.
La physionomie est devenue plus calme et pare
Dans les premiers jours de mars, il s'est produit quelques phénomènes pathologiques qui semblent causés par les injections de sérum
— Frissons et courbatures, rougeur du visage, survenant une heure après Pinjection, puis disparaissant.
— Erythèmes fugaces, à la face interne des cuisses.
— Engourdissement et sensation « d'électricité » au niveau des doigts.
Ces troubles ont disparu, en même temps que prenait fin la sérothérapie.
Le 27 mars, il n’y a plus qu’une très légère asymétrie faciale ; les lèvres sont toujours un peu pincées, surtout du côté gauche. La plaie suppure toujours. La malade est soumise depuis quelques jours à l’action des rayons ultra-violets et, après quelques séances, la plaie se déterge et se cicatrise.
Quatre jours de suite, la malade a reçu au niveau de sa plaie des injections de cocaïne à 1/200€, 3-7 mars (4 centimètres cubes
environ), sans effet appréciable.