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CONCLUSIONS

La nouvelle méthode sérothérapique est maintenant âgée de dix années ; et en parcourant les pages qui précèdent, on a pu se convaincre de son grand succès scientifique.

Issue d'expériences faites dans un laboratoire français, c'est chez nos voisins d'abord, ainsi qu'il en va toujours, qu'elle devait prendre son premier développement, pour nous revenir ensuite avec le prestige qui s'attache à tout ce qui nous vient de l'étranger, et dûment enrobée dans des considérations théoriques suffisantes pour en démarquer l'origine.

Mais déjà les théories se sont évanouies, et la méthode reste. L'antitoxie ne sera bientôt plus qu'un souvenir, et la sérothérapie gagne chaque jour du

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terrain dans ses applications à la médecine pratique.

On a vu à quelle riche éclosion de recherches elle avait donné naissance. Des infections aiguës, on peut dire que toutes ont été Tobjet de recherches expérimentales sérothérapiques, et que presque toutes ont été l'objet d'essais thérapeutiques sur l'homme.

L'évolution des idées sur le mécanisme des infections, le rôle attribué à l'intoxication de l'organisme par les toxines microbiennes, le rapprochement des maladies diathésiques et des maladies infectieuses par l'assimilation des intoxications d'origine parasitaire et des auto-intoxications d'origine cellulaire, toutes ces notions nouvelles ont contribué à étendre encore le domaine de la sérothérapie et à la porter sur le terrain des diathèses, des maladies du système nerveux, sur celui des auto-intoxications résultant des vices de nutrition, sur celui des intoxications banales elles-mêmes.

Et avec la sérothérapie de l'alcoolisme, dont il est maintenant question, la nouvelle méthode entre décidément dans une phase nouvelle, qui sera l'œuvre de demain.

Nous devons, pour clore la première période de son existence, faire le bilan de ses conquêtes, et

distinguer entre les applications qui paraissent assurées, définitives, qui déjà ont fait leurs preuves et conquis leurs lettres de naturalisation dans la pratique médicale, et celles qui, pour des causes variées, n'ont guère franchi le seuil des laboratoires, ou n'ont pas reçu des médecins un accueil décisif.

Au premier rang des sérothérapies définitivement acceptées se place la sérothérapie antidiphtérique, dont la marche a été vraiment triomphale.

La sérothérapie antipesteuse rend des services tels, qu'on doit la considérer, d'autre part, comme un très bon remède, et le seul remède actuellement possible contre ce terrible mal, qui nous menace si gravement.

La sérothérapie antivenimeuse, qui ne nous touche pas de bien près, dans nos pays, est appelée à rendre, aux Indes^ par exemple, des services inappréciables et assurés.

La sérothérapie antitétanique, employée préventivement, précieuse déjà en médecine vétérinaire, pourrait, en temps de guerre, jouer un rôle de premier ordre comme conservatrice d'existences humaines.

Et la sérothérapie anticholérique n'attend que la malheureuse occurrence d'une épidémie — qui, nous l'espérons , ne se produira pas — pour montrer ce dont elle est capable.

A elles seules, ces cinq grandes conquêtes suffiraient à la gloire de la méthode.

Mais, au point de vue scientifique, les sérothérapies antistreptococcique, antipneumonique, antirabique, antityphique^ anticharbonneuse, n'ont pas moins de valeur, ni moins d'intérêt.

Si leur application à la médecine humaine n'a pas eu le succès que l'on pouvait espérer, de par les résultats obtenus au laboratoire, la cause n'en est pas à l'insuffisance de ces résultats, mais bien aux conditions mêmes de la pratique médicale.

Il s'agit en effets pour la pneumonie, pour la fièvre typhoïde, par exemple, de maladies contre lesquelles la thérapeutique classique est assez bien armée, et ne sollicite pas assez vivement le secours des laboratoires ; puis il est acquis que le médecin est toujours un peu lent dans son diagnostic de la fièvre typhoïde^ et qu'il l'assure seulement alors que l'heure de l'intervention sérothérapique est déjà passée.

Il faut espérer d'autre part que les sérothérapies antirabique et anticharbonneuse s'imposeront avant peu à la pratique médicale, qui serait sans excuse de n'y pas recourir; les laboratoires spéciaux ne sauraient d'ailleurs s'en désintéresser, et devraient tenir la matière thérapeutique à la disposition des praticiens, de façon courante.

Enfin, à côté de ces sérothérapies qui sont toutes, en somme, de réels succès à l'actif de la méthode, il faut placer les sérothérapies de la fièvre jaune, de la malaria, de la variole, de la fièvre récurrente, de la morve, de la fièvre typhoïde du cheval, qui ont déjà, comme point de départ, des expériences suffisantes pour donner l'espoir qu'elles seront capables, à brève échéance, d'être portées sur le terrain de la pratique, oi^i elles auraient de nombreux bienfaits à procurer.

Il suffit de noter l'impuissance de la thérapeutique banale contre la fièvre jaune et contre la morve pour indiquerl'avenir qui attendrait une sérothérapie efficace contre ces infections.

Espérons que ce seront là les conquêtes de demain.

Nous avons, hélas ! moins de foi en la sérothérapie des infections chroniques ; et nous en avons donné les raisons, insuffisantes cependant pour décourager les chercheurs.

La tuberculose, la syphilis, ces deux lèpres des temps modernes, n'ont pas encore été entamées. Ce sont cependant les sérothérapies antituberculeuse et antisyphilitique, ainsi que le faisait remarquer M. Landouzy, qui à elles seules assureraient la santé de plus d'individus et la vigueur de plus de races que toutes les autres sérothérapies réunies.

Mais il semble aussi que ce soient elles qui, le plus longtemps^ occuperont l'ardeur et l'activité inlassable des chercheurs.

La science ne fait pas de promesses, disait récemment mon ami Charles Richet ; aussi ne fait-elle jamais faillite.

La sérothérapie, en naissant, n'avait pas dit qu'elle guérirait ou préviendrait la diphtérie, la peste, le choléra, les morsures de serpents, le tétanos, pour ne parler que de ses grandes conquêtes de ses dix premières années.

Peut-être les dix premières années du siècJe prochain y ajouteront-elles d'autres bienfaits encore.

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