‹ La serrurerieChapitre 2 sur 38 · Yoir la. Menuiserie, p · texte numérisé non relu

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pour assurer la solidité de leurs ouvrages à l'aide de ferrures savamment ouvragées.

Aujourd'hui encore, la plupart de ces meubles ne pourraient être utilisés si le serrurier n'y mettait la dernière main. Les portes et les croisées, les battants des armoires, les couvercles des coffres, exigent, pour pouvoir s'ouvrir et se fermer, des gonds, des pentures, des couplets, des charnières et des fiches. Pour les tenir clos on les garnit de verrous, de targettes, de moraillons, d'espagnolettes, de crémones, de loquets ou de loquetons. Enfin, dans le but d'assurer la fermeture, non seulement de ces meubles, mais aussi de l'habitation, et pour que le propriétaire puisse seul ouvrir sa maison, ses chambres, ses coffres, ses armoires, on a imaginé, dès la plus haute antiquité, une infinité d'espèces particulières de serrures et de cadenas. On voit qu'il est peu de professions dont le domaine soit aussi étendu et qui rende plus de services.

Le nombre et la qualité deces services s'expliquent par la nature même de la matière que le serrurier met en œuvre. Le fer en effet, à sa propriété d'être, sous le moindre volume, le plus résistant des métaux, ajoute l'avantage d'être extrêmement abondant et d'un prix peu élevé. Aussi dujour où l'humanité en eut fait la conquête, a-t-il été constamment recherché pour tous les emplois qui exigent sous un mince développement une grande force de résistance. Ajoutons que cette recherche persistante conduisit rapidement ceux qui le travaillaient à une étonnante perfection dans la maind'œuvre, perfection d'autant plus remarquable qu'il n'est pas de métal dont la façon caractérise mieux le triomphe de l'homme sur la matière.

L'ouvrier aux prises avec le fer n'a pas seulement besoin d'une expérience consommée, d'un coup d'œil juste, d'une main ferme et sûre. Il lui faut encore la force qui dompte la substance rebelle, et cette confiance en soi-même qui bannit le trouble et l'hésitation. La moindre erreur

dans l'application de ces coups formidables qui font retenlir l'enclume, au lieu d'augmenter la qualité du métal, peut îe corrompre et le cribler de gerçures. De là vient cette émotion en quelque sorte respectueuse que l'on éprouve même dans une maréchalerie de village, au bruit retentissant des marteaux dont les chocs cadencés pétrissent les barres rougies, en faisant jaillir à chaque coup une gerbe d'étincelles. De là vient également la considération toute particulière qu'inspirent ces modestes cyclopes aux î)ras d'Hercule, vainqueurs pacifiques et toujours calmes dans cette lutte violente contre la matière ; si bien qu'il suffit, pour ne les oublier jamais, d'avoir une seule fois contemplé leurs silhouettes noires de charbon, se dessinant sur les rutilances embrasées de la fournaise. De là vient enfin le charme spécial qui se dégage de la contemplation de ces ouvrages si variés, de ces barres gracieusement re- £ourbées par un brutal effort, de ces feuillages assouplis à grands coups de marteau, et sur lesquels l'œil attentif distingue le stigmate laissé par l'action d'un poignet héroïque soudant sur l'enclume les pétales d'une rose.

De ce travail où chaque délicatesse est obtenue par un acte de violence, où toute finesse d'exécution résulte du choc brutal d'un pesant marteau frappé à tour de bras sur la matière rougie, les ouvrages du fer conservent quelque chose de grand, de mâle, de noble, que n'offrent pas les autres productions humaines, et c'est ce qui explique comment, dès la plus haute antiquité, tous les peuples ont entouré d'une sorte de vénération superstitieuse ceux qui le mettaient en œuvre. Les Anciens, qui, dans leur chimie primitive, donnaient à notre métal le nom héroïque de Mars, n'hésitèrent pas à ranger au nombre de leurs divinités Vuleain et ses Cyclopes. Les Hébreux conservèrent un pieux respect pour la mémoire de Tubal-Gaïn, fils de Lamech, qui, 2975 ans avant notre ère, les avait initiés aux mystères de la forge. Les Perses vouèrent une espèce de culte à

Djemschid, fils de Tahamouras, qui, durant un règne de 700 ans, combla de bienfaits les habitants de l'Iran et leur apprit à façonner le rebelle métal, a II amollit le fer, dit le schah Nameh. Par sa puissance royale, il lui donna la forme des casques, des cuirasses, des lances *. » En Occident comme en Orient, ce respect reconnaissant entoura, pendant toute une suite de siècles, les initiateurs des ouvrages de la forge. En Gaule, dès les temps préhistoriques, le travail du fer fut en singulier honneur. Avant même que la domination romaine se fût établie sur notre pays, les Oaulois montraient déjà des aptitudes spéciales dans l'exercice de cet art. Tous ceux, au surplus, qui ont écrit sur la serrurerie se plaisent à vanter sa haute antiquité. « Je peux véritablement dire, écrit MathurinJousse^, qu'entre tous les arts mechaniques, il n'y en a aucun qui puisse parangonner àceluy du serrurier pour nous estre utile et nécessaire; l'invention d'icelluy estant sy vieille et antique qu'il semble avoir pris naissance avec cest univers mesme. » Et Lamour ajoute dans son Préliminaire apologétique ^ .• « La forge est aux inventions de ce genre, ce que le génie est aux sciences. Elle en est l'âme et la force, aucune ne peut se passer d'elle, et elle ne les a précédées toutes que pour les créer. Si Cérès donne du pain aux Gyclopes, c'est qu'ils lui avaient fabriqué la charrue. Si le pieux Enée conserve et établit au milieu des combats les fugitifs de Troie, c'est qu'il est armé par l'époux de Vénus. » Vénéré dans l'Antiquité, l'art du fer, pendant tout le

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