Voir à la suite de l'Art du serrurier la planche XIV
exécutée en 1809 par le serrurier Vavin et le ciseleur Forestier, sur les dessins de Percier et Fontaine, est de ce nombre. Mais ces tentatives furent tout exceptionnelles, et, spectacle inattendu, on vit la majeure partie des architectes témoigner un réel mépris pour cet art essentiellement française Les choses en arrivèrent à ce point que les rapporteurs de nos expositions internationales se virent
Fig. 125. — Appui de communion de la cathédrale de Verdun, exécuté par M. A. G. Moreau.
obligés de reconnaître qu'on ne trouvaitplus dans nosgran des villes de forgerons que chez les maréchaux ferrants.
Heureusement un pareil état de choses ne pouvait être de longue durée , et le génie français, revenant à ses généreuses traditions, ne tarda pas à restituer à la serrurerie la place à laquelle elle a droit dans nos Arts de l'Ameuhle^ ment. Ce fut la nécessité de refaire en partie les belles pentures de Notre-Dame de Paris qui provoqua cette renaissance. M. Boulanger, que Viollet-le-Duc chargea de ce
1. Voir notamment Modèles de serrurerie choisis parmi ce que Paris offre de plus remarquable^ etc. (Paris, Bance aîné, 1826.)
délicat travail, était un artiste de talent, amoureux de sa profession. Non seulement il se tira à son honneur de ce difficile ouvrage, mais une fois qu'il eut formé de nouveau des ouvriers capables , il s'efforça de reprendre les traditions glorieuses si malheureusement oubliées. Sur ses traces, des serruriers de premier mérite, M. A. -G. Moreau et après lui ses deux fils, MM. Roy, Favier, Bergotte et Davillier, Augoyat et quelques autres, sont parvenus, par la perfection de leurs ouvrages, à bien prouver que nos serruriers d'art contemporains sont les dignes émules de leurs glorieux prédécesseurs duxvii® et du xviii® siècle.
Ajoutons encore que chez tous les artisans qui exercent cette noble profession, même chez les plus humbles, il est une tradition précieuse qui s'est pieusement conservée. Nous voulons parler de cette honnêteté en quelque sorte proverbiale qui est la sauvegarde de la Société. « La probité du serrurier, écrivait Lamour, devient le premier caractère de son art. Dans les autres elle est toujours une vertu, parce qu'ils sont exercés par des hommes, mais dès l'origine de celui-ci elle a été de son essence. » On tremble, en effet, à la pensée que les serruriers pourraient être malhonnêtes. C'en serait fait de nos secrets, de nos fortunes; aucune sécurité n'existerait plus. A toutes les époques, au surplus, les serruriers ont tiré un légitime orgueil de cette probité professionnelle. Jadis sur leurs armoiries corporatives ils avaient arboré cette fîère devise : Securi- TAS puBLicA^, et pour symboliser leur fidélité en quelque sorte obligatoire, ils firent de tout temps figurer le chien parmi les emblèmes caractéristiques de leur métier. C'est ainsi que dans ce beau couronnement de grille que nous reproduisons (fig. 98) et que Lamour composa pour luimême, au milieu des attributs de la serrurerie nous remarquons trois chiens qu'accompagnent ces deux devises : « Je
1. Voir leur jeton au commencement de cette notice historique.
raporte fidèlement ce que je découvre; » et « Securitas omnium. » On peut voir encore à Versailles, impasse des Ecuries, un balcon qui servit d'enseigne à un serrurier et qui associe aux lettres A. 0. des figures de chiens et des clefs. Enfin, la collection Lesecq des Tourelles possède une enseigne du même genre montrant un lion gardant un coffre-fort dont une icVTcixe tient la clef; et dans celle de MM. Moreau frères on en connaît une autre, faite de deux levrettes tenant des clefs attachées par un ruban.
Aujourd'hui les serruriers, bien qu'ils soient demeurés fidèles à ces traditions de probité et d'honneur, ont renoncé à leurs armes parlantes; mais il y aurait ingratitude à ne pas proclamer bien haut la dette de reconnaissance que la Société tout entière a contractée à l'égard de ces grands artistes et même de ces modestes ouvriers, qui ont fait d'une des vertus les plus rares la base essentielle de la profession qu'ils exercent.
Fig. 126. — Méreau en plomb de la corporation des serruriers. (xvi« siècle.)