SCÈNE X
Les MÊMES, M. DIDIER, MAGLOIRE.
MAGLOIRE, bas à l'Abbé, qui s'est anÇlé dans le fond.
Allons , ferme , ferr/.c ' . .
M. DIDIEK, a Magloiie.
Toi , d'abord , ferme ta porte , et laisse-moi trannuille!..
MAGLOIUE , de même.
Voilà le moment de vous montrer.
M. DIDIER, entre Ai.nelte et Julien.
Eh bien ! garçon , tu n'as pas liiii de fumer ta pipe?
MAGLOIUE.
C'est singulier, ça ne sent pas le tabac.
JULIExN.
C'est que je causais avec cette jeune fille, et devant le beau sexe le tabac et les gros mots sont misa la réserve, on sait vivre... sacre... ah! pardon.
(Il bal le briquet et allume sa pipe.) ÎI.VGLOini: , près d'Annette.
Vous êtes bien rouge, M"* Annette, ah! bon Dieu, comme vous clés rouge.
(n fait passer le Curé à sa place.) M. DIDIER , avec une sorte de sévérité. C'est sans donte la honte de s'être trouvée s ; ule, si long-temps, avec un homme qu'elle ne •;• onnaît pas.
MAGLOIRE , à part , entre le Curé et Julien, Il lui aura dit quelque chose de leste.
M. DIDIER, à Annette.
N'est-il pas vrai ?
JULIEN , fumant et passant à son oncle. Ne faites pas attention, mon oncle... je parlais à cette jeunesse , d'une autre , d'une de ses amies, de Catherine Jolivet... :
MAGLOIRE , seul à gauchc. i
De ma cousine ? .^
Ah ! c'est votre... (\iii;v:lle lui fait un signe (!«: supplication.) Je VOUS en fais mon compliment ù tous les deux.
\i. Dinir.R.
Tu la connais donc aussi celte Catherine?
(Il va s'asseoir; Aniiellc reste près du fauteuil.)
JULIEN
Je crois bien;figurez-vons, mon onde du bon Dieu, qu'un jour... c'élrit... non... c'ilait plutôt... si fait... enlin n'importe... Je suis envoyé en ordonnance, je tombe de cheval en traversant Pont-haintc-.Maxcncc, je n'étais pas fort cavalier, alors...
MAGLOIRE
Comme moi , comme moi , les pincettes de M. le Curé, quoi!..
JULIEN, fumant toujours.
J'avais la jambe un peu chagrinée , on me dépose chez la tante à Catherine.
MAGLOIRE
Ma tante Bernicle?
JULIEN , lui serrant la main.
Ah! c'est aussi votre tante; je vous en fais mon compliment de rechef... c'était bien la plus méchante, la plus acariâtre, la plus... enfin n'importe...
MAGLOIRE
Comme il aplatit ma famille.
Et puis? et puis?
JULIEN
Ma blessure m'y retint long-temps; c'est elle , (Regardant Annette.) c'est Catherine qui nie soignait, et dame! c'est qu'alors j'en tenais à so-i intention , et ferme... je fis durer la maladie tant que je pus... vous comprenez?..
M. DIDIER
Peu... peu...
MAGLOIRE
Je comprends, ça suffit...
JULIEN , fumant jusqu'à la fin du récit. Sa tante voulait la marier à un Osîrogoth qu'on attendait pour ça.
MAGLOIRE
Un Ostrogoth... mais c'était moi.
JVLir.N.
Vous... je vous réitère mon compliment!
Came fendait le cœur, parce que... E"Ji!>, un jour, je dis à Catherine : Mamzelle , c'e^t le mois qui vient le jour de votre mariage, eh bien! pour le mois qui vient je vous invite à mon enterrement , car au premier coup de cloche. .. oh ! je Fautais fuit comme je le disais, je l'aimais tant!..
MAGLOIRE
11 y avait de quoi!..
(L'Abbé s'endort.)
Ah ! c'est une justice à lui rendre , on eut beau dire , beau faire , le mariage fut rompu , on écrivit à rOstrogoth de ne pas venir.
JULIEN
Mais à cette époque on nous promettait Albert- Cadet, un bedoiiin qu'ils appellent comme ça I dans le pays , on me renvoie au régiment. .. mai
LA SJlRVANTE dc cuhe.
"iiousnousétlonsjui'é, Catherine et moi, qu a iiioii'<^uioi qui ne voyage jamais seul, la nuit... j'ai Ttlvur... à preuve que v'ià ton anneau... pcm- des criciià et des vers luisans.
(Il le montre à Aiincllc.) ANNETïE , allant à lui , ù part.
Il Ta encore,
M. DIDIEB, élevant la voix.
Hein! quoi... ensuite...
(Il se rendort.) JULIEN , passant près du Curé.
Demandez à M"' Anneite, qui la connait, elle vous dira comment il se fait que cette Catherine, si bonne, si pure, que j'aimais tant, a quitté un beau jour Sainie-Maxence , ses parens, ses amis, pour cnm'ir la prétentaine avec un soldat inconnu... Dieu! si je le connaissais. ANNEtTE , vivement , à demi-voix.
Et si c'était pour vous, pour vous seul.
JULIEX, criant.
Bon... vous dites?..
MAGLOIUE, de même.
Quoi donc ?
M. DIDIER, se réveillant.
Qu'est-ce qu'il y a?
JULIEN
Hien, lien... j'aurai une explication avec Catherine , et plus tôt que plus turtl.
MAGLOIUE.
vous serez repincé , vous serez repincé.
JULIEN
Allons donc , c'est des bètlscs de se remonter oou.nie ça; au diable la fidélité, le mariage, vive les âmoui's! la bombance!.. Ah! ça, moii oncle , pour célébrer le retour de l'eniaiit prodiiiic, il n'y a donc rien! il faut tâcher dc s'égu)er, morbleu!..
MAGLOir.E, à port.
Si tu crois que tu m'amuses , toi.
M. DIDIER , à Ji-.lic.l.
Moa ami, pour céléLrer le retour de l'enfant piot.ijuc, nous allons... nous coucher, il se fait plus que tard , je tombe de scmmeil... (Ucgardanià :.a montre.) Dix heures! miséricorde : depuis quarante ans, que je suis curé, c'est la premicio fois que ça m'arrive.
MAGLOIUE.
11 y a quatre heures que nos poules doi'ment.
JULIEN
C'est ça la fête, merci !..
ANNETTE, à part.
C'a! oui, il saura tout!..
M. DIDlEil.
Ainsi dc;nain, mon garçon, je t'irai voir, car je pense que tu rctouinies ce soir à Couipiègne.
JULIEN
Du tout, je couche.
M. DIDIER
Coiuuicnl!.. tu couches...
MAGLOIUE.
Coiiimenl, il couche!..
JULIEN
J'ai permission, j'en proJite! d'ai)ord, voyezvoiis, je suis venu à Pierrefonds avec Bertaud et Briolel... deux amis...
ANNETlE, à part.
Bertaud, il est ici... ah ! je ne dirai rien.
JULIEN
Où sont-ils à i)réscnl, où les repêcher, »'
M. DIDIER
Tu couches!., mais c'est fort embarrassant, je ne t'attendais pas.
JULIEN
Oh ! je trouverai bien un lit... allez... celui de ce garçon -là...
Par exemple , je ne découche jamais.
(Il rcmoiilc.) JULIEN.
Une botte de paille, ça sufiit, j' suis iron-ier. (Câlinant son oncle.) Que demain , au moins, je puisse ouvrir ma paupière aux premiers rayons du soleil qui lua-oat sur le toit paternel de mou oncle chéri... c'est gentil...
M. DIDIEB.
A la bonne heure... eh bien! mon ami, tu dormiras là, dans la petite cliain])re du rez-dechaussée. (11 «lui désigne la petite porte à droite. A part.) J'ai mes raisons.
MAGLOIRE
Il y a de la paille... votre lit est fait.
M. DIDIER
Magloire, les Imnières! (A Anncitc.) Vous connaissez votre chambre : à droite de l'escalier.
(Magloire prend les Uamlieaux.) AN NETTE.
Oui, M. Didier.
JLLIEN, à part.
J'y suis. (Bas à Anneiie.) Il mc faut unc explication.
M.VGI.OIRE, bas a M. Didier.
A votre place, je l'enfermerais... Crac!
M. DiDiti'i, bas à Magloire.
Pas trop bote!
.N'est-ce pas?., (il se bmie.) Oh ! j'ai la main malheureuse !.. (il lui remet un c!:andelicr. Regardant Anneite :"i pa t.) C'est singulier les cmaginaliuns qu'elle me doiine ! (Haut.) Allons nous coucher!..
(11 remet un chandelier à Julien et à Anneite.)