‹ La servante du curéChapitre 3 sur 36 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

MAGLOIRE , puis ANNETTE.

(Au lever du rideau , Magloire , en tablier de grosse toile, est occupé à repasser. )

MAGLOIRE , d'abord seuL C'est donc aujourd'hui mon dernier jour de service auprès de monsieur le curé de Pierrefonds. Enfin , voilà une nouvelle servante qui nous est arrivée ; j'espère qu'elle conviendra à M. Didier. (Regardant Annelle qui descend l'escalier. ) Elle me convient assez à moi ! les renseignemens qu'elle m'a donnés sm- elle, me semblent satisfaisans.

ANNETTE , à part.

Enfin, m'y voilà donc ! pourvu qu'il consente à me garder près de lui !

MAGLOIRE , quittant son fer à repasser.

Eh bien , jeunesse , vous avez vu votre chambre, là-haut, au fond du coUidor; c'est petit, mais c'est bien exposé... à côté du poulailler... ça tient chaud.

ANNETTE

Oh! je ne suis pas difficile; tout ce que je demande, c'est de pouvoir y demeurer longtemps.

MAGLOIRE

Ce n'est pas moi qui m'y opposerai, je ne suis même pas fâché que vous me succédassiez.

ANNETTE

C'est donc vous que je dois remplacer?

MAGLOIRE

Mais oui ; et j'ose dire que , sous le rapport du physique, M. Didier ne perdra pas au'

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change... là... vrai... vous êtes mieux que moi. (a part. ) Elle a un petit air vertueux qui me revient assez.

ANNETTE

Mais, alors, vous voilà sans emploi?

m.u;loire.

Oh! je n'en manquerai pas.... j'ai des talens variés. D'ailleurs , j'en ai assez de mes fonctions! depuis que ce brave abbé in a choisi entre toutes les jeunes filles pour remplacer défunte son ancienne gouveriiaiite , en ont-ils fait des chansons sur mon compte... et des coq-à-i'àne!.. ils me traitent de javotte ! parole sacrée !

Aia de la petite Cendrillou.

Au bal , si j'ose paraître ,

D' chaqu' garçon je suis Tinvité;

Et c'est just' sous ma fenêtre,

Qu' dimanch' le mai fut planté;

Enfin r plus fort de l'histoire,

C'est c't amour qu'ils ont juré

A la beir monsieur Magloire,

On m'appeir monsieur Magloire , etc.

ANNETTE, étonnée.

Ah! vous vous nommez Magloire?..

MAGLOIRE

Magloire Jolivet, né natif de Pont-Sainte- Maxence.

ANNETTE, à paru Grand Dieu! ce serait

MAGLOIRE

Et vous , Mamzelle , comment vous appellc- ^ t-ou ?

ANNITTE , embarrassée et à part.

: a'il ne sache pas que c'est la pauvre Calhe-

MAGLOIRE

\ous dites?

ANNETTE

On m'^pelle Annette.

MAGLOIRE

C'est un peu mondain... j'aimerais mieux Sco- ! -!ique ou Monique... mais, pendant que je ba'.aide, voilà mes fers qui refroidissent, (il approche le fer de sa joue comme pour juger de la chaleur, ) Aiel il ma brûlé! il est encore bon... (lise met à repasser. ) Vous permettez?.. ANXETTE.

Mieux que cela.... voulez-vous que je vous aide?..

MAGLOIRE , avec empressement, Oh! oh! volontiers. (Anuelte prend sa place; Magloire se croisant les bras et s'asseyaut dans le iauteuii. ) Jc suis bien aise de voir comment elle s'y pread.

AXNETTE.

Monsieur le curé n est donc pas encore de retour ?

MAGLOIRE

Pas encore, Mamzeîle.... nous, faisons aujourd'hui ûotie tournée du jeudi, chez nos paroissiens.

Comment... vos paroissiens?..

MAGLOIRE

Ah! je dis ça... c'est une manière de parler entre servantes de curés... nos paroissiens, nos poules... c'est reçu... ça donne de la consistance. Mais, vous n'avez peut-être pas encore servi chez un ecdésiastisque?

ANNETTE

Moi?., jamais.

MAGLOIRE

En ce cas , je dois vous donner des instructions.

ANNETTE, Se rapprochant de lui.

Au fait, en qualité de servante de curé, comme vous disiez tout à l'heure , c'est à la plus ancienne à guider l'autre.

MAGLOIRE

C'est juste ; d'aljord , manizclle Ar.nette, vous saurez que vous êtes ici dans un endroit oîi le calme, !c repos et la tranquiiiiié sont suivis delà tranquillité, du repos et du calme, ainsi de suite et successivement; toujoujs de môme, pour changer . on ne sort pas de là. Il y a trente ans que ça dure. M. Didier est un petit homme tout rond , tout gai, tout dou\, mais sévi^re. |

ANNETTE. I

Ah ! sévère !.. (A part. ) 11 me fait peur !... MAGLOIRE, lui prenant les mains et duu air recueilli. I

Sur l'arlirlc des mœurs, primo, d'abord!.. je n'ai pas besoiti de vous demander si vous en , avez des mœurs? Ah' dame! c'est qu'il en faut ici des solides. (Annette retire ses mains.) Pas ' d'allures, pas de mots lestes... ce nesl pas j pour moi... ah! Dieu, j'ai dû me marier, ainsi!., j Après ça, la place est bonne... dix écus par an, , de VcM à dise rétion et un habillemnii iiti.f à Pùqucs... moi. c'était uu.... vous ce sera autre ^''

«ô» chose... quant à nos habitudes , nous pratiquons j quatre repas dans le courant de la jomnée» I recta ! il n'y a pas à y manquer, c'est la règle de la maison... Après cela, il est inutile de vous parler des petits soins que vous devez avoir pour votre maître. Par exemple, moi je vais au-devant de lui avec un fallot allumé , quand il revient le soii- au presbytère; et puis toutes sortes de dorloteries... je suis là au premier coup de sa sonnette... drelin!... drelinî.. drelin !.. je lui liens son souper chaud , je lui mets un moine dans son lit...

ANNETTE

Comment, uu moine?

MAGLOIRE

Eh bien, oui, une bouteille de grès, pleine d'eau bouillante , aiL\ pieds ; nous appelons <;a un moine, nous autres.... (a part.) Elle avait compris !.. ah ! que c'est jeune , mon Dieu !

ANNETTE

Mais, dame, quand on ne sait pas.

MAGLOIRE

On ne peut pas savoir ; c'est juste.

(On entend M. Didier.)

Ah! voilà, M. Didier, qui rentre avec Brisqueite.

ANNETTE

Brisquette?

MAGLOIRE

Sa jument noire, sur quoi il va quelquefois jusqu'à Compiègne. Une bête précieuse pour un homme d'âge; elle ne bouge pas; aussi , Brisquette est peut-être ce qu'il aiiue le mieux au monde, après son neveu Julien.

ANNETTE

Julien! (Avec effroi.) Est-ce qu'il est ici?

MAGLOIRE

Ah bah! oui! il est bien loin! soldat; uu hoiuiete jeune homme de soldat , qui était plutôt né pour être séminariste que pour faire un pareil méticT. Mais il ne s'agit pas de ça !.. vite, préparez ce fauteuil, là... bien, vous y êtes... ANNETTE, à part, après avoir préparé le fauteuil.

Ah! mon Dieu! comme je tremble!

MAGLOIRE

A présent , le coussin pour mettre sous ses pieds, vous allez voir comme ça se soigne, un curé. (Il sort.)

ANNETTE , à eUemème.

Oui, j'ai bien fait de venir ici... du moins, si je ne dois plus le voir, Julien.... je vivrai près de celui qui lui a servi de père... et si ce bon vieillard vient a savoir qui je suis , il aura pitié de !i)')i!

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