SCENE X
MICHEL, MAD. GAILLARD, puis LELEU.
MAD. GAILLARD, sortant de chez elle, et àLeleu qu'elle rencontre. Dépêchez, dépêchez, il ne faut jamais faire attendre. (A part.) Eh ! ce soldat est tout-à-fait bel homme. . . (Appelant. ) Leleu ! . . . Leleu!..
LELEU, apportant une bouteille, du pain et du fromage. Voilà ! voilà! (A Michel.) Dites donc, troupier, ne laissez pas refroidir ça, à cause de la sauce...
11 rentre en courant
MICHEL, cherchant à lui allonger un coup. Gamin... MAD. GAILLARD. Monsieur séjourne-t-il?
Air du Château perdu.
Sur mon enseign', vous avez pu le'lire,
Je loge à pied, aussi bien qu'à cheval;
Et pour les lits, la cuisin', je puis dire
Qu ' jamais personne n' s'est- plaint d'êtie mal.
Lesvoyageurs que chaque jour j'héberge,
Sont constamment désolés de partir,
Car, lorqu'un' fois on couch' dans mon auberge
On est toujours tenté d'y revenir.
MICHEL, buvant. Eh! mais, came parait bien naturel, aimable aubergiste.
MAD. GAILLARD. Monsieur connait-il le pays? va-t-il plus loin?
MICHEL. Non ma toute belle ; eh parbleu! puisque vous êtes si avenante , et qu'il parait que votre langue ne demande pas mieux que d'aller, je vais vous demander un renseignement, et vous dire ce qui m'amène : îl y a aux environs de trois mois, que j'ai fait à Paris, la connaissance d'une certaine Brigitte.
MAD. GAILLARD, djtart. Brigitte!..
MICHEL, continuant. Et comme elle m'a fait savoir qu'elle était chez le curé de ce village...
MAD. GAILLARD. Oh ! mais je la connais. .. (A part.) Quelle découverte! il y a trois mois, c'est cela, lors qu'elle est allée chercher sa filleule... voyez-vous la sainte n'y touche! [Haut.) Et vous veniez pour la voir?
MICHEL. Uniquement dans l'intention de me procurer ce plaisir. Croyez-vous qu'il soit possible...
MAD. GAILLARD. Eh!., c'est bien difficile; le curé est un homme, à cheval sur les principes, et s'il se doutait de la moindre chose.
MICHEL, buvant. Ah! le curé est à cheval...
M AD. GAILLARD. Mais vous m'avez donné votre confiance , je veux vous être utile. J'aurais bien du malheur, si avec un peu d'adresse, je ne trouvais pas le moyen. . . j'ai justement une noce, votre belle doit en être, cachez-vous là... (Elle lui désigne le petit bâtiment.) J'irai vous prévenir lorsqu'il sera temps de vous montrer.
MICHEL. Dites donc, tâchez que la faction ne soit pas trop longue?
MAD. GAILLARD, lui donnant deux des bouteilles qui sont à rafraîchir. Pour vous désennuyer, prenez ceci, et surtout ne paraissez pas que je ne vous le dise.
MICHEL. Il le faudra bien, puis que c'est vot' consigne; mais... c'est que voyez-vous...
Air des Noces de Gamache.
J' n'ai pas grand' patience , Je vous le dis franchement ; Tâchez en conséquence D' m'en fair' sorlir promptement.
ENSEMBLE
MICHEL
J' n'ai pas grand' patience , etc.
MAD. GAILLABD.
Avez d' la patience , Voyons, cachez-vous la d' dans , J' vais faire en conséquence , Qu' vous n'y restiez pas long-temps.
Michel prend les deux bouteilles avec son bagage, monte le petit escalier et
disparait.