M. THOMAS, BRIGITTE
M. THOMAS, doucement. Eh bien, Brigitte, vous voyez si j'avais tort, lorsque je prévoyais que votre liaison avec madame Gaillard finirait mal?
BRIGITTE. Je crois bien , elle a un si mauvais caractère !
M. THOMAS. Eh! mon Dienîelle en dit probablement autant de vous , et hier encore vous vous trouviez charmantes. Vous Mirez pourtant combien je hais les propos, les querelles, et vous êtes
en guerre avec tout le monde; cela me chagrine beaucoup , et décidément je veux que cela finisse.
BRIGITTE. Fort bien , donnez-moi tort ; grondez , accablez une brave et honnête fille qui vous est attachée, qui vous a sacrifié sa jeunesse, qui vous soigne, qui... qui vous dorlotte depuis vingt ans!., et cela pour plaire aux méchans, aux envieux qui vous montent la tête contre moi !.. car enfin que peut-on me reprocher?., manqu'ai-je à aucun de mes devoirs? suis-je curieuse, bavarde, mauvaise langue?., est-ce ma faute, à moi, si madame Gervais fait mauvais ménage? si le vieux Laurent est un banqueroutier? si la veuve Gaillard vole ses pratiques? si tant d'autres encore...
M. THOMAS, L'arrêtant. Mais tout^e que vous dites- lu, c'est de la méiisance, et voilà ce que je vous reproche.
BRIGITTE. De la médisance !
Air : Trou là là.
C'est connu , bis.
Parlez au premier venu ; C'est connu, bis.
Chacun V sait , chacun Ta vu.
La conduit5 du percepteur, Avec la femm' du r'ceveui , Et 1' commerc' du brigadier Avec Jean, le braconuier...
C'est connu, etc.
Jacqu5 n'est-il pas un joueur ?
Pierr' n'est-il pas un voleur?
Eh quoi! ce s'rait médir' d'eux Que d' dir' que c' sont tous des gueux ?. . C'est connu , etc.
M. THOMAS. Mais qu'est-ce que cela vous fait? Avant de parler mal des autres , regardez d'abord s'il n'y a rien a dire sur vous; c'est un petit moyen bien simple , et qui a retenu plus d'une langue.
BRIGITTE. Oh! moi, monsieur, je ne crains rien, et je puis en toute assurance défier qui que ce soit...
M. THOMAS, Tant mieux, car il ne faut exciter la haine de personne , et il est si doux au contraire d'être bien avec tout le monde !
BRIGITTE. Oui, oui, sans doute, et de donner aussi des conseils qu'on ne suit pas soi-même...
M. THOMAS. Comment... prétendriez-vous que mes paroissiens...
BRIGITTE. Oh! ceux-là vous aiment, vous êtes si accommodant sur tant de choses !.. vous ne les forcez pas à venir à la messe , vous!
M.THOMAS. J'en serais bien lâché; ce seraitlc moyen que mou église fut déserte, tandis que chaque dimanche elle est pleine.
BRIGITTE, Vous permettez la danse.
M./THOMAS. C'est quelle est moins dangereuse que l'oisiveté.
BRIGITTE. Quand vous leur faites un sermon c'est en des termes si simples !..
M.THOMAS. Pour qu'ils profitent, il faut bien leur parler un langage qu'ils comprennent.
Brigitte. Oui, et votre manière est en tout si bonne, qu'elle vous a fait autant d'ennemis, que vous avez de confrères dans les environs.
M. THOMAS. Ah! c'est là, ou vous en vouliez venir?., et que vous importe , puisque je ne m'en affecte pas ? mes confrères !..
Air d'Aristipe.
Chacun , je sais , nie blâme et me déchire , Mais j'ai compris ma sainte mission, Libre aujourd'hui, le peuple veut s'instruire, Notre devoir, notre religion, Est d'éclairer, de guider sa raison; D'autres , plus tard , achèveront sans doute , Ce qu'en bon prêtre, ici, j'ébauche... enfin , Si je succombe en leur traçant la route, C'est un jalon pour montrer le chemin.
// remonte la scène , puis par réflexion
Ah! tandis que je vais m'habiller pour la noce, portez ceci à Thibaut et à la vieille mère Julien; c'est aujourd'hui qu'échoit leur semaine, et cette petite fête pourrait me faire oublier... Il lui remet deux papillotes contenant de l'argent.
Brigitte. Ah! oui, vos deux pensionnaires; yous avez en effet raison de vous priver pour de pareilles gens!
M.THOMAS. Faites ce que je vous dis, et surtout...
Air '.j'en guette un petit de mon âge.
En franchissant le seuil de leur chaumière , Abandonnez cet air sombre et grondeur, Car songez-y , soulager la misère , Ça rend heureux, et ça porte bonheur , Pressez le pas , vous devez bien corapreudre Que leur besoin excite l'intérêt; Le seul mérite d'un bienfait Est de ne pas le faire attendre.
// en re au presbytère