SCÈNE XII
Mad. BROUILLON, ensuite GERMAINE.
Mad. BROUILLON.
Enfin la voisine va venir... J'ai fail demander à lui parler en particulier... {Germaine entre) Eh! bonjour, ma chère amie , comment vous poi lez-vous?.. toujours occupée, toujours, toujours !..
«ERMAINE.
Ah! ne m'en parlez pas, Madame Brouillon, j'en ai par dessus la tète.
Mad, krouillon, à mi-voix.
Pauvre femme! par-dessus la tète... c'est bien ça!..
GERMAINE
Il faut que je sois à tout... mon mari ne fait rien de rien...
liad. an ruiLLON , à mi-voix.
Il n'en fait que trop... pauvre femme!...
GERMAINE
Et c'te petite indolente de Georgclle, d'puis que c'diable d'homme lui trotte dans ta lele...
Mad. BROUILLON.
Comment, vous vous en êtes aperçue , j'en suis désolée , voisine; je comptais vous apprendre c'te bonne nouvelle. C'est une des meilleures de la semaine !
GERMAINE
Ah! ça , quoi donc !
Mad. BROUILLON.
Ne disiez vous pas qu'elle avait dans la léle...
GERMAINE
C'est vrai... qu'y voulez-vous faire, on ue peut pas empêcher...
Mad. BROUILLON.
On ne peut pas empêcher , dites-vous!, mort de ma vie!
GERMAINE
Mais non , à son âge , j'étais comme elle... La Serrante justifiée. 4
Mad. BROUILLON.
À son âge, vous fesiez comme elle? du tems de votre premier mari?., je ne savais pas celle-là, par exemple ! je croyais que vous aviez toujours été sage.
GERMAINE
Est-ce qu'on ne vous a jamais fait la cour?
Mad. BROUILLON.
Je ne dis pas qu'on ne m'a jamais fait la cour j mais jamais!..
GERMAINE
Claudin n'est qu'un jaidinier, mais faut ben commencer,
Mad. brouillon.
Je ne dirais rien, s'il était le seul; un à la foi, passe, on ne peut guère en avoir moins , mais ils sont deux !
GERMAINE
Deux? mais Claudin est le seul aimé de Georgelte, et si mon mari ne mettait des anicroches à leur mariage...
Mad. brouillon, à part.
Je crois ben, la rivalité.
Gh'RMAlNE.
Jl veut lui trouver un parti plus riche, à ce qu'il dit, il aime tant cet enfant, et c'est bien naturel.
MTld. BROUILLON.
Ah! vous trouvez ça naturel , voisine !
GERMAINE
Vous ne pensez pas comme moi?
Mad. BROUILLON.
Moi!., oh! mon dieu , je ne me mêle jamais des affaires des autres; je ne parle jamais des absens... si c'était pour mon compte.. . après ça , tout cela dépend de la manière de voir... il y a, p'têlre moyen de prendre ces choses-là...
GERMAINE
Quel amphigouri me faites-vous donc; je ne vous entends pas.
Air : Vaudeville de Çatinat à Saint-Giatiem
Je vous 'disais tout simplement Qu'Georgette n'a plus de courage , QuTamour l'occupe à tout moment, Qu'il faut que j'fasse son ouvrage.
Mlle. BROUILLON.
Allez, grAce à votre mari ,
Vous vous aidtz bien l'une et l'autre,
Si vous faits son ouvrage ici,
Je crois aussi qu'ell1 fait le vôtre.
Mad. BROUILLON.
Esl-c'que vtfus savez quelque chose?...
Mad. BROUILLON.
Qu'appelez-vous quelque chose ? je sais toul.
GERMAINE
Un secrel ?...
Mad. BROUILLON.
Un secret? non , tout le monde a pu le voir; ils ne se cachaient pas , en plein jour , là...
GERMAINE
Esl-c'qu'il est arrivé quelque malheur?
Mad. BROUILLON.
Un malheur, belle bagatelle, ! un malheur, il est bien arrivé autre chose '. — ciel , à quoi notre malheureux sexe est-il exposé ! ayez doue des soins, des prévenances, après des traits... enfin !...
GT RMAINE.
Expliquez-vous donc vite.
Mad. BROUILLON.
Figurez-vous . ma chère amie que je regardais quel vent il fesait ; j'aime assez tout savoir., lofsquèfe jette un coup d'osil dans votre cour... ah ! .'hère amie , une femme aussi vertueuse que vous ! ce sont toujours celles-là. ..
GERMAINE
Achevez !
MKl. BROUILLON.
Je vois Georgelte sur cet arbre ; un homme au-dessous, qui
la lirait par son tablier... mais cette homme grand die»? qui élail-ce? votre mari î
GERMAINE
C'est là ce malheur !
Mad. brouillon.
Laissez donc , vous allez voir le tableau ; elle descend, il la reçoit à bras ouverts, elle va pour prendre de i eau avec l'arrosoir, il la soutient...
GERM4INE
Eh mais, mon dieu, c'était mou
Mad. buouillo;*.
Bah !
GERMAINE
J'vous disons c'qui en est.
Mad brouillon , avec ironie.
Oui, ah! et c'est vous qui avez reçu ta rose que votre mari a donné à Georgelle!
GERMAINE
Comme vous dites, pardine , la v'ià.
Mad. CROLJLLOX.
J'enrage!.... ah! vous crovrz donc que j'n'y vois pas!... vous me prenez donc pour une imbécille ? c'était Georgelle et elle s'est assise sur ce banc-là
GERMAINE
Oui , de ee côlé, c'était moi.
Mad. BR U1LLON.
Eh bien , oui , oui , c'était vous , c'était vous... c'est vous aussi qui avez été embrassée... lia !
GERMAINE
Cert linement, et bien tendrement encore.
wad. eroihllon , riant de pitié.
Ha ! ha ! ha ! pauvre i'emme , lu le veux! mais, (criant, ) t'était Georgetle !
germaine, criant.
C'était moi!... je sais mieux que vous ce que j'ai fait, peu'-
être. D'ailleurs , on vous connaît , vous êtes fâchée de voir un ménage tranquille.
Mail. BROUILLON.
Eli ! que nf importe , s'il v us pla:l ? G EBM AI Jl£.
Sur tout quand le mari n'a pas voulu vous épouser ,
Mad. BROUILLON.
Ii n'a pas voulu de moi ; di'es donc que je n'ai pas voulu de lui !
GERMAINS
Vous avez eu raison , il était trop bon pour vous!
mad. BIIOUILLON.
Voisine, retenez vol' langue, je vous en prie !
GERMAINS
Ali! }' voudrais bon voir!... allez donc, boule-feu!... on ne vous crains pas !.. .
Mad. bbouklloHj très-animée.
Ni moi non plus !
GERMAIhe*
Allez voir ce qu'on fait chez vous, et ne vous mêlez plus des affaires des autres. ( Elle sort. )