‹ La sexualité dans les naissances françaisesChapitre 14 sur 41 · ON 0 RP PEN TE · texte numérisé non relu

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Notre figure 2, placée plus loin (page 91), résume ce mouvement, en le rapprochant de celui de la mortalité.

On le voit, la baisse du taux de la natalité se produit en même temps que la baisse du taux de la masculinité. Sans doute le parallélisme ne peut pas se poursuivre dans tous les détails : il n’y a pas correspondance numérique exacte entre chacune des phases des deux phénomènes ; les deux courbes par lesquelles on peut les traduire ne sont pas complètement superposables. Mais enfin, elles sont de même allure générale. Toutes deux montrent un mouvement à peu près continu de descente. Même, si l’on voulait comparer au taux de la natalité, non pas le taux de la masculinité, mais seulement l'excédent des procréations masculines, on pourrait trouver une remarquable coïncidence dans la réduction simultanée de leurs proportions respectives. La natalité est tombée de 33,0 à 20,7, tandis que l’excédent des mâles tombait de 6,8 à 4,4. Tous deux ont donc subi une diminution d’un tiers dans la période observée. En présence de semblables constatations, on est naturellement conduit à se demander s’il n’y a pas un rapport de causalité entre deux phénomènes dont les variations sont si remarquablement concomitantes.

La baisse de la masculinité serait-elle la cause de la

baisse de la natalité? Certains esprits seraient peut-être portés à le croire. Ce sont ceux qui voient dans le premier de ces phénomènes un symptôme de dégénérescence ethnique. Ils raisonneraient ainsi: une race faliguée donne d’abord une moindre proportion de mâles, puis elle finit par donner un moindre lotal d'enfants. Mais un semblable raisonnement ne parait guère acceptable. L'excès de mâles est, chez nous, sans influence sur la natalité générale, puisqu'il disparaît, par l'effet des décès, avant dix-neuf ans, c'est-à-dire avant l’âge où les garçons concourent normalement à la reproduction de l'espèce. Ce n’est donc pas de ce côté qu'il faut chercher la causalité.

Mais peut-être se trouverait-elle du côté opposé. La baisse de la natalité ne pourrait-elle être la cause de la baisse de la masculinité ? Nous avouons qu'il nous est impossible d'apercevoir comment elle le serait. Logiquement, nous ne voyons aucune raison pour que la réduceton du chiffre total des naissances entraine, par ellemême,un changement du rapport que présentent les deux sexes dans ce lotal. Donc, nous ne tenons pas encore la cause demandée.

Pourtant, nous n'en sommes pas loin. Si les deux fails considérés ne sont pas cause et effet l'un de l'autre, ils pourraient bien être tous deux les effets d’une même cause. [ls pourraient dépendre, l’un comme l’autre, d'un troisième phénomène.:C'est ce que, pour notre part, nous croyons. Et ce troisième phénomène n’est pas difficile à découvrir. Nous venons de le rencontrer il y a un moment. (C’est le progrès de la richesse et du bien-être. Ge progrès fait baisser à la fois la natalité et la masculinité. Il opère consciemment sur les individus pour leur faire réduire le chiffre de leur descendance. Les Francais

procréent moins, non parce qu’ils ue peuvent plus procréer, mais parce qu'ils ne le veulent plus: ils tiennent en effet à ne pas s'imposer à eux-mêmes les frais de l'éducation de nombreux enfants, el à ne pas obliger leurs descendants à diviser les biens qu’ils ont gagnés, conservés ou réunis. D'un autre côté, le même progrès opère inconsciemment sur les organismes pour créer les conditions favorables à la naissance des filles. En permeltant une alimentation plus ample et plus saine, il supprime les causes qui produisaient l’excédent des mâles.

La première de ces actions, l’action consciente, est élablie par toutes les recherches de la démographie contemporaine. La seconde, l’action inconsciente, se rattache aux nombreux fails biologiques que nous avons rappelés dans notre premier chapitre et fait corps avec l’ensemble de la théorie que nous exposons.

L’accroissement général du bien-être et la baisse de la natalité ne sont pas les seuls grands fails auxquels soil liée la baisse de la masculinité dans notre pays. Le développement de la richesse, à la vérilé, amène une réduction de la procréation; mais, en revanche, et par une sorte de compensation, il entraîne aussi un recul de la mortalilé. La raison en est simple : une population qui à plus de richesses possède par là même plus de moyens de défense contre les forces destructrices. Aussi, en France, voit-on le chiffre des décès se réduire en même temns que celui des naissances (1). Cette baisse de la

(1) On peut même soutenir que la réduction de la mortalité a une certaine influence sur celle de la natalité. Un peuple frappé

mortalité a été mesurée avec précision, et nous devons encore au D' Jacques Bertillon le tableau des chiffres qui la résument (1). D’après lui, pour 1.000 habitants, on comptait en France :

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Ce tableau est traduit graphiquement par la figure 2, que nous avons dressée. On y constate que la baisse est continue, sauf de très légers relèvements pendant des périodes où des guerres, soit extérieures, soit civiles, se sont produites. Bien plus, cette baisse atteint, d'une extrémité de la série à l’autre, une valeur considérable. Le chiffre final n’est plus que les deux tiers du chiffre initial. Or, cette réduction d’un tiers est celle que nous avions constatée pour la baïsse de la natalité, et aussi pour la baisse de l'excès de mâles. Voilà donc trois évolulions qui se poursuivent parallèlement, qui affectent la même allure, et dont les résultats généraux se traduisent presque exactement par les mêmes chiffres. Comment nier, dès lors, qu'il y eût entre eux une étroite corrélalion ? Ils ne sont pas, sans doute, la conséquence directe

par de nombreux décès éprouve le besoin de combler ses vides par une procréation abondante. Un peuple où l’on meurt peune l’éprouve pas.

(1) Article précédemment cité, même page.

les uns des autres. Mais tous dérivent d’une même cause

à F1 À Le Le 0 k l'évolution économique, et c'est pourquoi tous ont la même direction et sensiblement la même vitesse.

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