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LOUE OS ERP 139 151 126
Aïnsi l'excédent de mâles a décru plus vite que le taux de la mortalité du premier âge, puisque le premier baïissait de plus du tiers quand le second baissait environ du quart.
Le tableau que nous venons de donner nous conduit à poser une autre question, plus spéciale encore. Dans la décroissance de la mortalité précoce, lequel des deux sexes à été le plus favorisé ? Appelons coefficient de mortalité précoce, pour chaque sexe, le nombre d’enfants de ce sexe qui meurt à moins d'un an, par rapport à 1.000 enfants nés vivants de ce mème sexe. Et compa-
(1) Statistique internationale du mouvement de la population, page 464.
rons entre eux les coefficients des deux sexes. En ramenant à 100 celui des fiiles, quel sera celui des garçons ? Nous trouvons, pour la première période (1806-10) le chiffre de 115,6, d'après le tableau ci-dessus ; et pour la dernière, environ un siècle après (1901-05), celui de 119,8. Le rapport se serait donc élevé, au détriment des garçons. C’est à la même conclusion qu'aboutit la Séatistique internationale du mouvement de la population. Elle dit (1) que le rapport, parti de 416 au début du xIx° siècle, s’est élevé à 121 en 1891-95; à 119 en 1896- 4900 ; à 195 en 1901-1905. Nous avons voulu contrôler ces chiffres. Malheureusement, ils ne nous ont pas paru concorder avec les données desquelles ils ont dù ètre lirés. Car quelques pages plus haul (2), la même Statistique internationale donne, comme coefficients de mortalité précoce pour chaque sexe :
Périodes 1 Garçons Filles AOC UD RE M Mn ee 180 154 CCE RU SR M UNE 172 144 HODIÉ TOUS RME ES EL Re 151 126
D'où, en ramenant les coefficients des filles à 100, le calcul déduit, pour les coefficients des garcons : 120 (au lieu de 121), 415 (au lieu de 119), et 119 (au lieu de 125). Comment s'expliquer cet écart? Nous avons soumis la question au Service de la statistique générale de la France. Il nous a répondu qu’il maintenait ses deux premiers chiffres 121 et 4119, mais qu’il reconnaissaitl que le
(1) Page 467.
(2) Page 464.
troisième devait être abaissé à 120. Celui-ci ne diffère plus que d’une unité de celui que nous avons trouvé nous-même. Pareillement, il n'y a qu'un écart de moins d'une demie-unité entre le chiffre que nous trouvions pour la période de 1806-10, la première sur laquelle on ait des données (115,6) et le chiffre que proposait pour elle la publication officielle (116). On peut donc dire, en résumé, que par rapport au coefficient de mortalité précoce chez les filles, le mème coefficient chez les garçons s’est élevé en un siècle de 115,6 à 119, ou de 116 à 120 (1). En un mot, les garçons et les filles sont lous fort exposés à la mort pendant leur première année. On en sauve aujourd'hui plus qu'il y a cent ans : leurs chances de mortalité à ces débuts de leur existence ont décru, pendant ce siècle, d’un quart environ. Mais la décroissance a été moins complète chez les garçons : car elle est,chez eux, du quart à peine, tandis qu'elle est, chez les filles, assez sensiblement supérieure au quart. — Commentinterpréter ce résultat? Cela ne peut point être fait avec certitude, à ce qu'il nous semble. Nous nous risquerions toutefois à en proposer l'explication suivante. Les progrès de l'hygiène infantile et de la puériculture, considérables dans ces dernières années, ont dù profiter à la conservation des enfants des deux sexes. Mais l’infériorité de l’enfant mâle est congénitale ; elle tient à une cause qui précède sa venue au monde, à la nutrilion de ses auteurs. Elle crée donc, pour la défense du garçon contre les périls de la première année, un obstacle particulier, que ne connait point la fille. Aussi les progrès des arts que nous venons de nommer ont-ils pu profiter jusqu’à présent à celle-ci plus qu'à celui-là,
(1) Dans tous les pays européens, du reste, il se tient aujourd’hui entre 117 et 123 (Statistique internationale, p. 467).
Après la mortalité du premier âge, envisageons maintenant la morti-natalité. Quelle a été la marche générale de celle-ci dans notre pays ? On sait que la statistique ne remonte pas, pour elle, au delà de 1840. C'est donc surtout dans le dernier demi-siècle que nous pouvons utilement la suivre. Il nous a paru qu'il y aurait certains enseignements intéressants à Lirer, à cet égard, d’un tableau dressé par le Service de la statistique générale pour d’autres fins (1). Gelui-ciindique combien, pour 1.000 habitants, il s’est produit de naissances vivantes etil a été déclaré de morts-nés. Voici ses chiffres :
Années Nés vivants Morts-nés FPS DO -OUP Re ne mr die 266 12 HSCHÉG TL Co ut 7 267 12 HSDO UE ER RO, 255 42 HOTTE NU ET en cn et Le 253 12 MÉDIUM RE ie Lee hate de do 2 253 12 DR de Ru Ve sl 0947 12 HÉROS OR ES RER 230 11 AGE 0 RE CE Re NOR 224 11 HSUCAMOUO ER EE LOC ES: 219 11 OURS Ca AA RSR 212 10
Ce tableau nous montre, une fois de plus, le phénomène que nous indiquions tout à l'heure : la baisse générale de la natalité dans le dernier demi-siècle. Spécialement en ce qui concerne la morti-natalité, il nous fait voir deux choses : 1° Depuis cinquante ans, le nombre des morts-nés baisse par rapport à la population totale. Il est tombé de 12 à 10 pour 1.000 habitants ; il a
(1) Statistique internationale du mouvement de la population, page 166.
donc, à cet égard, décru d’un sixième. 2 Mais, pendant le mème laps de temps, le nombre des morts-ués monte par rapport à celui des enfants nés vivants. Le rapport du premier de ces nombres au second est toujours, nous
Le il Te le savons, assez voisin de 454. Avec précision, On cons-
tate ici qu'il est parli de La pour aboutir à Li c'est-àz 266 212?
dire qu’il est passé à peu près exactement de ; à Il
est donc en léger relèvement. Un autre tableau l'exprime d'une façon à peine différente, en disant que : en 1856-60, ily avait 430 morts-nés sur 10.000 naissances, tandis que, en 1901-1905, on en comptait 432 (1). Le fait de ce relèvement n’est peut-être pas sans surprendre. L’on eût pu croire, en effet, que l’amélioralion générale des conditions économiques el hygiéniques devait avoir eu pour conséquence de produire des enfants mieux constitués, plus aptes à la vie, donc de faire baisser le nombre des morts-nés. il semble que la statistique démente cet espoir. Mais est-ce bien réel? Peut-être n'y a-t-il ici qu'un trompe-l'œil. Nous savons, en effet, combien la statistique des morts-nés est sujette à caution (2). fl peut parfaitement se faire que l'accroissement aperçu dans le nombre des mortls-nés se soit produil, non pas chez les morts-nés réels, mais seulement chez les morts-nés enregistrés; en d'autres termes, qu'il y ait eu seulement progrès dans la constalation de la morti-natalité. Il est probable, en effet, que les accoucheurs et les familles déclarent les morts-nés plus souvent aujourd’hui qu’autrefois et que les secrétaires de mairie les enregistrent
(1) Statistique internationale du mouvement de la population, page 472. ; (2) Voir notre chapitre un, $S 1.
plus fidèlement. Il est donc fort possible que, bien qu'on en compte plus, il n’y en ait pas plus que jadis. Admettons toutefois que la statistique ici ne fasse que suivre la réalité. Le fait constaté ne demeurerait pas sans explication. L'augmentation effective de la morti-natalité pourrait très bien se comprendre. Par exemple, le développement du travail industriel chez les femmes expose de plus en plus celles-ci à des fausses couches. Et peutêtre aussi la volonté des auteurs n'est-elle pas tout à fait étrangère à ce résultat. Ainsi un relèvement du chiffre des morts-nés par rapport aux nés vivants se relierait à des faits qui caractérisent, tristement mais certainement, notre état de civilisation. — S'il était réel (ce qui, répétons-le, reste douteux pour nous) l’ensemble du phénomène se présenterait de la façon suivante. La mortinatalité baisse dans son rapport à la population {de 12 à
10 pour 1.000 habitants en un demi-siècle). Elle monte
au contraire par rapport à la natalité totale (de - à =
des naïssances vivantes dans le même laps de temps). La coexistence de ces deux mouvements contraires n'a rien d’impossible, car la morti-natalilé renferme deux choses à la fois. Par l'une de ses faces, elle est natalité; par l'autre, elle est mortalité. En tant que natalité, elle est entraîuée dans le mouvement général de la natalité française; elle subit l'influence des causes qui font tomber celle-ci par rapport à la population. En lant que mortalité, elle a ses causes propres, les phénomènes qui peuvent déterminer la mort de l'embryon, phénomènes qui ne se confondent, ni avec ceux qui conduiraient à une naissance, ni avec ceux qui pourraient entrainer la mort d’un adulte. Cette série de phénomènes, qui agissent sur le côté « mortalité » de la morti-ratalité, est parfaitement indépendante de la série des causes qui agit sur
Worms. Ÿ)
son côté « natalité ». Il se peut donc que la première reçoive un renforcement, pendant que la seconde subit une diminution. Et ainsi s'explique la double allure qui caractérise l'évolution de la morti-natalité, suivant qu’on la rapporte à tel ou tel des critères qui peuvent être employés pour l'apprécier.
Reste enfin, à propos de la morti-natalité, à se poser le problème du rapport qui unit en elle les deux sexes. La statistique officielle nous donne à cet égard un nouveau tableau (1). Nous y trouvons que, pour la période 1901-1905, il y a eu en France une moyenne annuelle de 22.607 morts-nés masculins et de 16.722 morts-nés féminins, légitimes et naturels compris. Le coefficient de masculinité serait donc 435,2 environ. En remontant à un demi-siècle, comme nous l’avons fait précédemment, on trouve, pour la période 1856-60, une moyenne annuelle de 25,921 morts-nés masculins et 17.531 morts-nés
féminins. Le coefficient de masculinité est à cette date
147,8. Il est donc tombé de plus de 00 2 Un demi-siècle. Il est vrai que, si nous remontions encore plus haut, à la première période quinquennale pour laquelle l'enregistrement des morts-nés ail été pratiqué, celle de 1840-45, nous trouverions une moyenne annuelle de 19.558 morts-nés masculins contre 13.490 morts-nés féminins,ce qui ne donnerait plus qu'un coefficient de mascu. linité de 145,3. Mais il faut se défier des chiffres que la statistique officielle indique pour Les morts-nés en cette période. Car leur total ne donne qu'une moyenne annuelle ‘de 33.048 pour les deux sexes réunis. Et les totaux pour Jes deux périodes suivantes ne donnent encore que des
(1) Statistique internationale du mouvement de la population, page 158-159.
moyennes annuelles de 33.219 et 38.266. Au contraire, avec la période de 1856-61, on arrive à une moyenne annuelle de 43.452 pour les deux sexes réunis. On est donc fondé à croire que,pour les trois premières périodes, l'enregistrement a été insuffisant et a laissé échapper beancoup de morts-nés. Il est,par suite, rationnel de ne commencer les comparaisons qu’en 1856-60. Et alors on voit que le coefficient de masculinité était,à cette époque,bien plus élevé chez les morts-nés qu'il ne l’est aujourd’hui. Il est tombé, en un demi-siècle, c’est-à-dire à la fin de la période décennale 1896-1905, de 147,8 à 135,2. Dans le même laps de temps, il tombait, chez les nés-vivants, de
105,1 à 104,0. Cela fait, dans le premier cas se daus le
second cas 100‘ La chute est donc dix fois au moins plus
rapide dans le premier que dans le second. Mais c’est aussi que l'excédent des mâles est dix fois environ plus grand chez les morts-nés que chez les nés-vivants en ces deux périodes (1). Ainsi la correspondance subsiste.
L'on aimerait,enfin, à savoir par quelles étapes a passé celte chute du coefficient de masculinilé chez les mortsnés depuis un demi-siècle. A cet égard, le même tableau va nous permettre de nous renseigner. il donne en effet les chiffres absolus des morts-nés des deux sexes pour les périodes quinquennales successives. On peut, d’après ceux-ci, calculer les coefficients, et nous les donnons ici (2) :
(1) 47,8 chez les morts nés, et5,1 chez les nés vivants à la première ; 35,2 chez les morts-nés et 4,0 chez les nés-vivants à la seconde.
(2) Nous reproduisons le tableau que la Statistique internatio nale du mouvement de la population en a dressé, page 188. De notre côté, nous avions fait des calculs, qui ne diffèrent des
Figure 3.
Evolution de la masculinité en France chez les enfants morts-nés (1856-1910).
Combien de morts-nés masculins pour 100 morts-nés féminins ?
siens que par quelques décimales. Le chiffre de la dernière période quinquennale a été calculé uniquement par nous.
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La série, comme on le voit par ce tableau et par la figure 3 (page 100) qui le résume, est presque continue. Peut-être le serait-elle tout à fait si l’enregistrement des morts-nés était effectué dans des conditions plus parfaites. En tous cas, elle suffit pour confirmer ce que nous avons trouvé chez les enfants nés-vivants. La baisse de la masculinité s'opère, en somme, d’une façon frappante dans les deux calégories d'enfants et elle y accompagne la baisse de la natalité et celle de la mortalité, en suivant, comme elle, le relèvement des condi-
lions d'existence.
eu
Il vient d’être question de la baisse du taux de masculinité en France, dans le courant du siècle écoulé, et des phénomènes que nous considérons comme connexes à celui-là. Il reste à chercher si l'évolution s’est produite dans le même sens pour les nations voisines. La Sfatistique internationale du mouvement de La population va
nous instruire à leur sujet (1).
(t) Voir ses tableaux pages 187-189.
L'Angleterre est à beaucoup d'égards le pays qui se rapproche le plus du nôtre. Nous allons constater ici, entre eux, une similitude de plus. Voici, en effet, les chiffres que ce grand ouvrage donne, d’après les statistiques officielles, pour l'Angleterre proprement dite :
Groupes d'années ; Coefficients de masculinité 1841-45 105,2 1846-50 104,5 1851-55 à 104,6 1856-60 104,6 1861-65 104,3 1866-70 104,1 1871:75 103,9
Ces chiffres sont si clairs par eux-mêmes, qu'il n'est vraiment guère besoin pour eux de commentaire. La figure 4 (page 103), en laquelle nous les avons résumés, fait ressortir l'enseignement qui s'en dégage.
Tous tirés de la période où l'on a des renseignements précis, et correspondant aux sept dernières décades, ils montrent une baisse du taux de masculinité presque continue, malgré le redoublement de quelques chiffres et.le relèvement infime marqué par quelques autres. Au total, cette baisse est assez accentuée, puisqu’en soixante ans le taux est tombé de 14,5 0/0. L'Angleterre présente donc, en ce qui concerne la masculinité, le même fait général que la France. Or, nous savons que, chez