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être le lendemain matin. Je regarderai toujours: comme un miracle que nous n’ayons pas été tous gelés ; car nos vêtements de dessous étaient complètement imprégnés de neige fondue, et ceux de dessus étaient raides comme des planches.
« La matinée du 14 ne justifiait que tout juste la lueur d'espoir que nous conservions. Un brouillard épais obscurcissait le ciel ; et malgré le chemin que nous avions fait, il paraît que nous avions tourné dans un cercle, car nous reconnûmes nos précédentes traces. Entre neufet dix heures, cependant, le brouillard se dissipa, et un horizon immense se déroula sous nos yeux. Grâce à cet heureux hasard, Martin et Mooldooyah aperçurent en même temps un promontoire dans le lointain, et reconnurent alors que nous étions dans l'Oong wysac-Coy-ee-mak, ou Havre d'Oongwysac, et que, par conséquent, nous pourrions gagner le village d'Oongwysac avant la nuit. Nous primes immédiatement notre point pour le cas où le temps s'obscurcirait encore, mais il s'éclaircit au contraire de plus en plus, et en mettant à contribution la faible dose d’énergie et d'activité qui nous restait, nous atteignimes Oongwysac après une pénible marche de dix heures.
« Nous arrivâmes dans les yaranga complètement épuisés. Notre premier cri fut pour demander de l'eau. De l’eau ! avec de la neige tout autour de soi! Eh bien! oui, mes bons amis, de l’eau même au milieu des neiges. La soif fut une de nos plus grandes souffrances, et la neige que nous mangions ne faisait que l'augmenter en nous enflammant le gosier. Nos pauvres chiens tombaient d'inanition. »
L'okonch des naturels est un vêtement d’une valeur inappréciable comme protection contre la neige. Il est fait avec des intestins de baleines et autres monstres
marins, ouverts et cousus les uns aux autres. Cette espèce de chemise, qnand elle est bonne, est entièrement imperméable à l’eau et excessivement légère ; elle pèse à peine quelques onces (4).
Les Tchouctchis qu'avaient rencontrés si loin M. Bush et ses compagnons, appartenaient à la catégorie des nomades. Pour leurs voyages d'hiver, ils emploient les mêmes traineaux et les mêmes chaussures à neige que les Koraks nomades. En été, quand ils remontent les cours d’eau ou qu'ils côtoient les rivages de la mer, ils attachent à leurs bateaux une longue courroie de peau de phoque, et se font remorquer par leurs chiens.
Comme tous les indigènes de ces contrées, ils sont grands fumeurs. Leur pipe est fort curieuse et faite exclusivement en vue de l’économie. Le fourneau, généralement en plomb ou en cuivre, n’a guère que la capacité d’un dé à coudre, tandis que le tuyau est plus gros que le bras d’un homme. Ces tuyaux sont évidés à l'intérieur, et ont par le bout inférieur de petites portes fermées avec de la poix, et qu’on peut ouvrir à volonté. Ils sont ainsi faits en raison de la rareté du tabac, qui s'emploie toujours mêlé à une égale quantité de poudre
(1) Nous avons dû limiter nos extraits aux Tchouctchis comme reutrant plus directement dans le cadre que nous nous sommes tracé. L'ouvrage de M. Hooper contient aussi une très intéressante relation d'une expédition sur les côtes arctiques de l'Amérique septentrionale, relation où il est question d'Esquimaux infiniment moins sociables que les bons Tchouctchis ; des rivières Peel et Mackensie remontées par l'auteur ; des forts de la Compagnie de la baie d'Hudson où il prit ses quartiers d'hiver, etc., etc. Ce récit est en outre émaillé d’horribles épisodes de famine, d'Indiens anthropophages, et de combats entre les Indiens et les Esquimaux.
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de bois ou d’écorce. De cette poudre le large tuyau est tout plein ; elle se sature ainsi à la longue de nicotine, el est alors fumée en guise de tabac. Certains Tchouctchis ont une vraie passion pour la nicotine, qu'ils paraissent absorber impunément, el pour en avoir ils font des échanges avec les habitants d'Anadyrsk.
Le 4°" août, comme il n’y avait pas signe de navires, les indigènes qui avaient accompagné les Américains, concluant qu’il n’en viendrait point, et désirant en outre regagner leur pays en temps utile pour faire leurs provisions de poisson et de renne pour l'hiver, déclarèrent vouloir s’en retourner. Les voyageurs, toutefois, parvinrent à en retenir quatre, et par les autres ils dépêchèrent au Cosaque Koschevine des instructions à l'effet de leur envoyer dix ou douze traîneaux, dès que les routes d'hiver seraient praticables, pour le cas où eux-mêmes ne seraient pas revenus auparavant.
La non-arrivée du navire ne laissait pas d’inquiéter nos explorateurs. Un accident au bâtiment attendu eût en effet rendu leur position peu enviable. Leur intention était de rester à leur campement tant qu'il n'y aurait plus possibilité pour un bâtiment d'entrer sans danger dans le fleuve, et alors de retourner sur leurs pas jusqu’à Outchostika, si c'était possible, sûrs qu'ils étaient d'y être bien reçus et d’y trouver des vivres en attendant les traîneaux d'Anadyrsk. Le saumon était encore rare, et les filets étaient tellement usés, que la plupart des poissons passaient à travers les mailles. Les voyageurs élaient donc à la portion congrue. Heureusement la loundra voisine leur fournit en abondance airelles et autres baies, ce qui ranima un peu leur espoir. Leur aspect extérieur était d’ailleurs misérable : leurs vêtements de dessous étaient en lambeaux, et quant à leurs habits de peau de renne, quoique parfai-
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tement entiers, ils avaient fini par devenir horriblement sales. L'eau, à vrai dire, ne manquait pas ; maïs il n’eùût pas été prudent, à cause des moustiques, de s’en séparer même un instant pour les laver.
Dans ces circonstances on comprend l'anxiété avec laquelle tout le monde attendait l’arrivée du steamer Wright chargé d'apporter des vivres, des matériaux pour la ligne à construire et un renfort d'ouvriers de la Californie. On était au commencement d'août; il était grand temps que le navire parût, si l’on voulait utiliser les derniers jours propices à l'inauguration des travaux.
Le 14, le Wright se montra enfin, et il s’en détacha un canot dont l'équipage vint fort à propos tirer d’inquiétude les habitants du camp Macrae. Après un déjeuner rapidement expédié, M. Bush avec le « bateau bleu » et ses indigènes se rendit à bord du steamer. Rien ne saurait rendre l’étonnement et les continuelles exclamations des naïfs Sibériens à bord du Wright devant chaque objet qui frappait leur vue. Le sifflet de la machine leur fit une telle peur, qu'encore un peu les pauvres diables se seraient jetés à la mer. Deux petits chiens terriers excitèrent au plus haut point leur curiosité. Aussi, en eurent-ils ensuite pour des semaines à raconter toutes ces merveilles à leurs compatriotes moins favorisés qui avaient été laissés à terre.
A dix kilomètres environ au-dessous du camp Macrae, l’'Anadyr s'élargit considérablement et forme une baie de plus de 30 kilomètres d’étendue, dans laquelle se déverse la rivière Arnora. Au delà les rives se rapprochent et, plus loin, reforment une autre baie qui fut plus tard baptisée du nom de « baïe du Golden- Gate » (la Porte-d’Or), C'est là que le Wright était à l'ancre quand M. Bush le rejoignit. À 5 ou 6 kilomètres
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Le Wright, après avoir déchargé une portion de son matériel dans le bateau de M. Macrae, gagna le large pour aller rejoindre à la baie du Pluvier, à deux journées au nord-ouest, deux autres navires de la compagnie qui y attendaient des ordres.
M. Bush, chargé du soin de construire une station sur ce point, se mit immédiatement à l’œuvre. Cette occupation ne l'empêcha pas d'explorer le voisinage. Dans ses excursions à l'entrée de la baie avec le Wright, il eut plus d’une occasion de visiter les Tchouctchis qui y étaient campés. Ces indigènes ressemblaient beaucoup aux Tchouctchis déjà décrits, bien que la stérilité du pays d'alentour et l'absence totale de bois flotté les obligeassent à puiser à d’autres sources les matériaux de leurs habitations et de leurs canots. Leurs tentes, faites de peaux de morses, de phoques et de rennes, sont généralement de forme ovale par cette raison que, ne pouvant se procurer de perches droites, les habitants, comme on l’a vu au chapitre précédent, remplacent la charpente de bois par des os cintrés de baleines.
Leur seul combustible est la graisse. Leurs embarcations, grands bateaux de peau appelés « bideras », sont généralement faits de peaux de morses tendues sur des os. Ils s'en servent même par le gros temps, et, pour les empêcher de chavirer, ils les équilibrent avec des peaux de phoques gonflées d'air et fixées aux flancs. Ils les manœuvrent avec de courtes pagaies à un seul plat. Leur costume d'hiver est de peau de renne avec des bottes de peau de phoque; mais, en été, beaucoup d'entre eux portent des vêtements faits de peaux d'’oieasux [préparées avec les plumes et cousues les unes
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