‹ La Sibérie orientale et l'Amérique russe [microforme] Octave SachotChapitre 42 sur 45 · SOURIS · texte numérisé non relu

SOURIS

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masquées par une série d'îles situées de manière à laisser entre elles et la terre ferme une ligne non interrompue de navigation intérieure, la plus extraordinaire qui soit au monde. Sir George Simpson, qui l’a parcourue deux fois en 1841, dit qu’elle est admirablement propre à la navigation à vapeur et sûre par tous les temps, sauf par les brouillards. Au delà de la rivière du Cuivre est un autre groupe d'îles, et, plus loin encore, un dernier groupe, auquel l’île de Kodiak, qui en fait partie, a donné son nom.

Toutes ces îles sont de nature volcanique, et sur quelques-unes de celles qui bordent la presqu'ile Alaska, comme aussi sur la terre ferme, des volcans sont encore en activité. Des traces volcaniques se rencontrent encore sur le petit n:mbre d'îles qui bordent la côte de la mer de Behring.

Toute la côte de la terre ferme jusqu'à l’Eatrée de Cook est richement boisée, et nombre d'iles ont aussi des arbres en abondance. Derrière la chaîne de montagnes, auprès de la frontière et au-delà, jusqu'à l'Entrée de Cook, s’étend un pays comparativement plat, couvert d'herbes. Les îles de la côte du Pacifique sont montagneuses. Les rochers y sont revêtus de mousses, tandis que les vallées recèlent de bonnes terres couvertes d'herbes et d’arbrisseaux. |

Les rivières de l'Amérique russe sont nombreuses et importantes. Au nord de la ligne frontière de la colonie anglaise, la première rivière importante qu'on rencontre est la Stikine ou rivière Francis, sous le 56° degré de latitude nord, qui constitue la principale entrée du territoire britannique situé en arrière, et qui traverse un pays riche en or. La Stikine a deux embouchures, dont la principale a huit cents mètres de largeur sur son point le plus large. Elle est navigable, pendant quatre

mois de l’année, aux vapeurs de faible tirant d’eau, sur un parcours de deux cent quarante kilomètres. Le steamer Flying Dutchmann l’a remontée plusieurs fois jusqu'à Shakesville, centre minier situé à deux cent quarante kilomètres de son embouchure.

A trente kilomètres au-dessus de Shakesville commence le Grand Cañon, et au-dessus de ce point la navigation est praticable en canot sur une distance considérable. La Stikine, avant d'entrer dans la chaîne de montagnes au Grand Cañon, arrose un pays ondulé, convert d’une herbe luxuriante, puis coule à travers uüe région minière fort riche, et finit par se jeter dans la mer, entre des rives à pic, couvertes de forêts de pins et de cyprès.

De petites rivières se déversent dans les canaux naturels et les anfractuosités de la côte, jusqu’an 60° degré de latitude nord et vers le 144° degré de longitude ouest (Gr.), point où se rencontre la rivière du Cuivre. Par cetterivière les indigènescommuniquentavecl'Youkon ; à peu près sous la même longitude, les deux rivières et leurs affluents se rapprochent tellement qu’ n’y a que de courts passages entre ce réseau. L'Entrée de Cook, qui s'enfonce profondément dans la côte, a aussi ses cours d’eau tributaires, qui facilitent aux indigènes de la côte les communications avec l’intérieur.

Au-dessus de la presqu'île Alaska, le premier cours d’eau qui se présente est le Nachagak, dans la baie de Bristol. Au dire des indigènes, il communique, par des lacs et des marais, d’un côté avec l’Entrée de Cook, de l’autre avec la Kouskokwime. La Kouskokwime, qui se jette dans la mer de Behring, au-dessus du cap Newenham, a été explorée, par les Russes et les naturels, sur une longueur de près de mille kilomètres. Son cours, à partir de son embouchure, remonte généralement au

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nord-est ; mais, comme tous les cours d’eau de la région, il fait un grand nombre d’angles. La Kouskokwime est navigable aux vapeurs de faible tirant d’eau sur la

plus grande partie de sa longueur. Lu vitesse du courant est modérée.

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Le Kvihpak et les montagnes du Gros-Castor.

Mais la grande rivière de l'Amérique russe est l’Youkon ou Kvihpak, qui, resté longtemps un mystère pour les hydrographes anglais et américains, n'avait jamais été exploré complètement par des blancs, avant l'été de 4866. C’est le Mississipi du nord-ouest. L’Youkon prend sa source dans la région montagneuse de Pelly

Banks de l'Amérique anglaise et coule au nord-ouest jusqu’au point où il entre sur le territoire russe, à peu près sous le 64° degré lat. N. Il poursuit sa course, dans la même direction, jusqu’à son confluent avec la rivière du Porc-Epic, dont il reçoit les eaux venant du nordest. A cent vingt kilomètres environ au-dessus de ce confluent, il se fraye un passage dans les montagnes du Gros-Castor, puis traverse un pays plat pendant environ cent soixante kilomètres, coupe de nouveau un éperon fes montagnes du Gros-Castor et entre dans le système de la grande péninsule septentrionale. De ce point, il incline un peu au sud jusqu’en face de Ia partie supévieure da lac Norton. Là, il tourne brusquement plein sud jusqu’au 62° degré lat. N., où il reprend la direction ouest, pour se jeter enfin dans la mer de Behring.

De sa jonction avec la rivière du Porc-Epic jusqu’à son embouchure dans la mer de Bebring, l’Youkon est navigable par steamers, sa profondeur variant d’une à dix brasses et sa largeur de seize cents à deux mille quatre cents mètres. Son cours est très sinueux. Il a quatre embouchures connues ; la plus septentrionale est obstruée par une barre, sur laquelle il n’y a guère plus d’un mètre d’eau ; le chenal du sud en compte trois à l'entrée.

D'autres cours d'eau de moindre importance se jettent dans le golfe de Norton et dans le golfe de Kotzebue. La rivière Colville, qui se déverse dans l’océan Glacial, a été longtemps prise pour l'embouchure de l’Youkon ; elle est, au dire des naturels, navigable sur un très long parcours.

Presque tontes les rivières coulent généralement de l’est, en s’inclinant un peu au sud. Les chaînes de montagnes venant du sud cessent avant d'atteindre l’océan Glacial. La grande péninsule située au-dessus de l’En-

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trée de Cook est traversée par un grand nombre de chaînes peu élevées, courant dans une direction sudouest. Les principales rivières se frayent leur chemin dans les intervalles de ces chaînes.

Règle générale, les rivières lavent la base des montagnes sur la rive droite : la rive gauche est basse et souvent marécageuse jusqu’à une certaine distance. Le flanc méridional des collines est, cependant, presque toujours en vue, et des contreforts s’en élancent quelquefois, pour faire saillie, sur la rive gauche. Un caractère particulier du pays, c’est la manière dont les affluents des grandes rivières s’enchevêtrent ou sont réunis par des lacs ; de telle sorte que la péninsule, tout en pouvant être traversée de l’est à l’ouest par la ligne

des principales rivières, peut l'être aussi du sud au

nord par de courtes passes à travers les montagnes ou par les cours d'eau moins importants, qu’on remonte et qui profitent des coupures des bords rocheux de la rive droite des rivières, et par des lacs et de courts portages, qui vous conduisent aux nombreuses rivières secondaires suivant la direction du nord pour se jeter dans les grandes rivières. C’est ainsi que les indigènes et les commerçants passent de la rivière du Cuivre au fort Youkon, et de l’Entrée de Cook au golfe de Kotzebue.

Le centre de la partie supérieure de la péninsule est bien boisé jusqu’à cent cinquante kilomètres environ de la côte sur la ligne du Kvihpak ou Youkon, et plus près encore sur d’autres cours d’eau plus petits. L’essence dominante et la plus utile est le sapin, qui atteint souvent un énorme diamètre et s'élève en hauteur de vingt à trente mètres. Le bouleau se rencontre aussi, mais en quantité restreinte, jusqu’à la ligne du Kvihpak. Le peuplier, l’aune et le saule bordent aussi les rivières

en masses considérables. Sur la côte du Pacifique, la terre ferme et beaucoup d'îles sont couvertes d'épaisses forêts de pins, — le plus utile de tous les arbres, — qui vont jusqu’au rivage même. Dans le voisinage de la Stikine, on trouve, d'après sir George Simpson, un cyprès qui, par sa légèreté et sa durée, est sans égal pour la construction des bateaux.

Martres.

Les Russes ont négligé de tirer parti de cet immense fonds de richesse, de peur de voir leur monopole du commerce des fourrures atteint par l'établissement d’un commerce de bois. Le pin est de la plus grande dimension, comme aussi de la plus belle qualité; il vaut celui des fameuses forêts de la Norwège. Bougard parle de pins et de sapins de la côte ayant plus de deux mètres de diamètre et près de cinquante mètres de hauteur.

L'Amérique russe a une grande richesse animale. Ses mers offrent les plus belles pêcheries du monde ; ses ri-

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vières sont pleines de poissons ; ses bois, ses vallées et ses montagnes recèlentuneimmense quantilé d'animaux à fourrure et d'oiseaux estimés. Les eaux du Pacifique septentrional, tout le long de la côte du canal de Dixon, à l’extrémité des îles Aléoutiennes, fourmillent de morues de la plus grande taille. En 1865, les autorités du territoire de Washington appelèrent sur ce fait l’attention du ministre de l’intérieur. Après avoir dit la valeur des pêcheries du détroit de Fuca, l'inspecteur Giddings s'exprime ainsi: « Plus loin, au nord, lelong de la côte, entre le cap Flatterie et Sitka, sur les possessions russes, la morue et le cabillaud se trouvent en grandeabondance et d’une bien plus grande taille que ceux qu’on prend au ap ou plus loin, en haut des détroits et du golfe. Il n’est personne au courant de ce fait qui ne soitconvaincu que des bâtiments semblables à ceux dont se servent les pècheurs du Maine et du Massachussets pour le banc de Terre-Neuve, qui viendraient pêcher ici sur la côte, feraient d'excellentes affaires. La morue et le cabillaud, sur cette côte, jusqu'auprès de Sitka, égalent les plus gros poissons de même espèce qu'on prend dans les eaux de l’est. »

Dès avant l’annexion, la législature du territoire de Washington avait, par une résolution formelle, sollicité l'intérêt du gouvernement général sur l'importance des pêcheries de la côte de l'Amérique russe et réclamé l'adoption de mesures pour obtenir, au profit des Américains, le droit de pêche dans ces eaux. Le lieutenant Pease rapporte que, lorsqu'il traversa le groupe desîles Kodiak, dans son voyage au Nord, les eaux étaient tellement pleines de morues, que, rien qu'à la ligne, on en prit un baril pendant la marche du navire. Aucune tentative pour utiliser ces richesses n’a été faite, si ce n’est par les Russes des îles et de la côte, qui pêchent pour

eux-mêmes et pour les Indiens sous leur dépendance. Les baleines sont nombreuses au nord du Pacifique et aussi dans la mer de Bebring ; les baleiniers les poursuivent jusque dans le détroit du même nom.

Les rivières, depuis la Stikine jusqu'à la plus septenirionale connue de la grande péninsule, sont extrêmement poissonneuses. Le saumon et la truite aboncent dans la Stikine. Le saumon rouge ou « squoggan » des indigènes, pesant environ deux kilogrammes, se prend en juillet et en août ; le saumon de mer (« kase » desindigènes), pesant jusqu’à quatorze kilogrammes, se prend du commencement de la saison de la pêche à la fin de l'automne. Dans les rivières septentrionales de la péninsule, on trouve en abondance le saumon, le poisson blanc, l’esturgeon, le brochet et la truite de montagne. Les indigènes prennent le brochet, le saumon et le poisson blanc, en les harponnant au moyen d'une longue perche munie d’une tête de flèche dont ils se servent avec beaucoup d'adresse. Le lisutenant Pease a vu prendre ainsi des saumons de dix-huit kilogrammes, et des brochets de deux mètres de ‘ong. Les indigènes sècaent le poisson en bandes ou lanières; c’est, avec la viande séchée de renne, la base de leurs provisions d'hiver.

Les îles de la côte du Pacifique sont le pays de prédilection des animaux :. fourrure et des otaries. C'est de là que la Compagnie russe des fourrures a surtout tiré ses peaux..Quatre-vingts années de chasse n’ont pas diminué beaucoup le nembre des phoques et des otaries. Au-dessus de la presqu'îie Alaska, où on les a laissés à peu près tranquilles, on rencontre ces amphibies en nombre immense. L'île de Saint-Paul est fréquentée par d'énormes quantités de phoques de toutesles variétés ;les morses pullulent le long de la côte dela mer de Behring.

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