‹ La Sibérie orientale et l'Amérique russe [microforme] Octave SachotChapitre 5 sur 45 · PTS 2 RE · texte numérisé non relu

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fallait renoncer à s’aventurer si loin dans la partie septentrionale de la mer d'Okhotsk. Il n’y avait donc d’autre alternative que d'effectuer le voyage par terre avec des chevaux en été, avec des chiens et des rennes au commencement de l'hiver. On n'avait d’ailleurs rien à redouter des indigènes jusqu'à ce qu’on eût atteint le pays des Koraks, tribu à moitié sauvage habitant le nord de la péninsule.

Une fois à Ghijigha, point de départ d’un autre trajet de 2,000 kilomètres à l'ouest, lelong dela côte de la mer d'Okhotsk jusqu'à la ville du même nom, le pays, quoique d'une traversée difficile, est bien connu des Russes. Il n’en est pas de même de celui qui s'étend au nord, de Ghijigha jusqu'à l’ancien poste russe d’Anadyrsk ; celui-là n’est guère pratiqué que par les chasseurs de fourrures. On se rappelle que le lieutenant Macrae devait remonterl'Anadyr jusqu'au posle en question, pour essayer d'y effectuer sa jonction avec une autre partie de l’expédilion. LE

Si le groupe débarqué à Pétropaulovski avait dû gagner Ghijigha par le Kamtchatka, ce trajet aurait pris tout l'hiver, c'est-à-dire à peu près l'année entière. Or il restait 2,000 kilomètres de pays presque absolument inconnu et inexploré, par lequel aurait à passer la ligne télégraphique : c'était toute la côte de la mer d’'Okhostsk, du fleuve Amour au sud, jusqu’à Okhotsk au nord. Cette section était si sauvage, si montagneuse, si inaccessible, que personne jusque-là n’y avait pénétré, et qu’on n'’avait pu obtenir par conséquent aucun renseignement la concernant. Le major Abasa se décida à diviser son monde. Il expédia le capitaine Mahood et M. Bush par mer à Nicolayefsk, sur l'Amour, pour explorer de là le pays jusqu'à Okhotsk, chargeant en même temps le capitaine Kennan du reste. L’O/ga, partant justement

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avec une cargaison pour Nicolayefsk, prit à son bord MM. Mahood et Bush. C'était le 26 août; la traversée dura quinze jours.

Ici commence pour nos voyageurs la partie ardue de la tâche. Les suivre pas à pas nous est, on le comprend, impossible. Le lecteur nous pardonnera nos lacunes forcées.

L'Amour a été visité par les Russes pour la première fois en 1843. Une douzaine d'années plus tard, ceux-ci s'en faisaient céder par les Chinois la rive septentrionale, et en 1860, ils obtenaient le vaste territoire compris entre ce fleuve et l'embouchure du Tu-mên, embrassant une dizaine de degrés de latitude du nord au sud et s'étendant de la côte du Pacifique, à l’est, aux rives de l’'Usuri, l’un des principaux affluents de l'Amour. L'Amour, l’un des plus grands fleuves de l'Asie, a près de 3,500 kilomètres de cours, dont 2,500 navigables par steamer. Avec ses tributaires, il arrose un immense territoire qui présente presque toutes les variétés de climat et de sol. C'est, dit-on, le seul cours d’eau sur les bords duquel se rencontrent les animaux indigènes à la zone arctique et ceux de la zone torride. Si étrange, en effet, que cela puisse paraître, le renne y devient la proie du tigre de Bengale, et le sanglier et le blaireau y vivent côte à côte avec le lièvre du pôle et le glouton.

Des postes clairsemés de Cosaques sont chargés de maintenir l'autorité du gouvernement russe dans ces régions. Ces soldats ne sont guère autre chose que des laboureurs envoyés là pour coloniser le pays. Ils doivent un service de quinze ans, pour lequel ils reçoivent un salaire annuel de 3 roubles (soit une douzaine de francs), le gouvernement leur fournissant d’ailleurs des rations de pain noir et, à l'occasion, un peu de thé. Leur

principale nourriture est le poisson, qu'ils sont requis de pêcher eux-mêmes; mais à la baie de Castries, ils ont aussi des huîtres, qui sont larges et très bonnes, parail-il.

Les habitants primitifs du bas Amour sont représentés par les Ghiliaks, tribu de huit mille âmes environ,

Lotka et village ghiliak.

appartenant à la race tongouse; cette population se livre surtout à l’industrie de la pêche, pour laquelle elle emploie de longs canots à proue élevée nommés ? « lotkas », presque invariablement manœuvrés par des ÿ femmes, à l’aide de courtes rames en forme de pelles, qu'on fait mouvoir alternativement. Les poissons sont très abondants dans le fleuve, particulièrement le sau-

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mon; on en fait des provisions pour les longs mois d'hiver, comme au Kamtchatka, pour l'alimentation des “ens et des chiens. Le poisson, avec différentes baies, et l'écorce et les racines de divers arbres, constituent presque toute l'alimentation des habitants, quoiqu'avec un peu de travailil leur serait aisé de faire pousser diverses espèces de légumes d'une nature plus nourrissante.

Les Ghiliaks sont très superstitieux et adonnés à l’idolâtrie, bien que beaucoup d’entre eux aient été baptisés suivant le rite grec et portent de petites croix de métal suspendues au cou. Ils ont leurs prêtres particuliers ou « chamans », espèces de sorciers tenus en grand respect, qui dirigent toutes leurs cérémonies et sont leurs conseillers intimes. Leurs rites funéraires sont parfois assez imposants. Le cadavre est d’abord brûlé; on élève ensuite sur les cendres une petite maison de bois ou tombeau. Quand un individu meurt, son âme est supposée se réfugier dans le corps de son chien favori, où elle reste jusqu’à la mort de l'animal, Pour faciliter sa délivrance, l'habitude est venue de sacrifier le chien sur la tombe du maître ; mais préalablement on a soin d'engraisser la bête.

Entre autres idées superstitieuses, les Ghiliaks ne permettent pas qu'on enlève de leur maison la moindre parcelle de feu, même dans une pipe. La violation de cette coutume, croient-ils, entrainerait pour eux de grands malheurs : elle ferait manquer complètement la pêche ou la chasse, ou déterminerait la mort d’un proche parent ou d’un ami précieux. Toutes leurs supersti: tions cependant ne sont pas aussi inoffensives. Quelques-unes sont absolument cruelles. Ainsi, pendant la parturition, soit en été, soit en hiver, la malheureuse mère est liltéralement mise à la porte de son habitation,

exposée à l’inclémence du temps, pour se tirer d'affaire comme elle peut, solitaire et ignorée, jusqu'à ce qu’un certain laps se soit écoulé. Durant cette période, toute espèce d'assistance lui est refusée ; on considère presque comme un crime de lui prêter la moindre attention. Il en résulte le plus souvent pour l’infortunée une mort certaine. Les chiens sont infiniment mieux traités ; ils ont au moins un abri.

Les Ghiliaks ne connaissent d’autres lois que celles que leur dictent leurs superstilions, et ces superstitions diffèrent suivant les diverses localités. Le meurtre est chez eux de fréquente occurrence, et il se commet souvent sur les provocations les plus futiles. Il est puni d'ordinaire par les amis du défunt, lesquels sont tenus de venger la mort de celui-ci d’une façon ou de l’autre, — généralement par le meurtre du coupable. Leur notion de la justice est la loi du talion: œil pour œil, dent pour dent.

Autrefois la lance et l'arc étaient leurs uniques armes, mais maintenant ils ont des fusils à pierre de petit calibre qu'ils achètent des Russes. Leurs habitations ne se ressemblent pas toutes. Beaucoup sont élevées sur des espèces de pilotis, à un mètre et plus du sol, et sont entourées d’une plate-forme sur laquelle ils emmagasinent leurs traineaux, leurs filets, leurs armes, etc. On monte à ces plates-formes par des marches grossières taillées dans un tronc d’arbe. Bon nombre de maisons sont chauffées par un feu placé au centre de la pièce, la toiture ayant un trou carré par lequel s'échappe la fumée; les espèces de couches sur lesquelles on dort sont rangées le long des parois. D’autres ont pour cheminée une sorte de four placé dans un coin, et dont la famée et la chaleur sont conduites sous les lits avant leur sortie de la pièce. Suspendus aux solives sont la

l'affaire plupart du temps des centaines de saumons qui se fa- > qu'un : connent dans l'épaisse fumée du lieu. Ce saumon fumé e, toute * est ce que les Russes appellent « oukale » ; quand il est nsidère convenablement préparé, ce mets n'est pas mauvais. e atten- ÿ Nicolayefsk, qui doit son nom au czar Nicolas, a été née une : fondée en 1851, par le capitaine Nevilskoï, comme port traités ; de commerce pour la Compagnie russo-américaine ; mais ce n'est qu’en 1854, alors que les troupes et les e celles . approvisionnements de guerre y furent transportés du stitions “ Kamtchatka, que la ville prit de l'importance. Elle est rtre est “installée sur un plateau de la rive gauche ou septennet sou- “ trionale de l'Amour, à 40 kilomètres environ au-dessus st puni du Liman ou golfe. Le fleuve, en cet endroit, a 2 kiloit tenus î mètres de largeur avec un courant de 4 à 5 nœuds, mais l’autre, <il manque de profondeur du côté habité, à ce point que eur no- “les navires ne peuvent approcher du débarcadère. En il, dent “face de la ville, sur une île, est un fort armé de pièces ‘de 24 et de mortiers, appelé « le fort Constantin ». Il niques “commande les approches de la place en amont, tandis erre de “que trois autres forts la défendent en aval. L'aspect de habita- “la ville n'est pas très imposant; elle présente du fleuve ont éle- | ; une rangée de maisons de bois à un étage, disséminées du sol, “sur le bord de l’eau et s'appuyant à une forêt de sapins ils em- “ de petite taille, sur le fond sombre de laquelle se profile es, etc. june petite église surmontée d'un dôme; une bonne )ssières “route conduit de la rivière au centre de la place, sur le aisons sommet du plateau.

ièce, la © Nicolayefsk renferme une population de cinq mille

“âmes environ, composée principalement de militaires et

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de déportés. Les dames y sont en nombre comparative-

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r che- ment très restreint. Beaucoup de maisons de comdont la merce étrangères, plusieurs maisons américaines, entre s avant autres, ont là des représentants qui vivent dans un luxe sont la “relatif qu'on ne s’attendrait guère à rencontrer dans

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