‹ La Sibérie orientale et l'Amérique russe [microforme] Octave SachotChapitre 6 sur 45 · IR H | U · texte numérisé non relu

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cette portion du globe. Comme dans la Russie propre, la population mercantile est divisée en grades ou « guilds », chaque grade étant réglé par le montant du capital employé. Les étrangers représentent la majeure partie du capital de la place; ils ont largement contribué à tous les embellissements publics.

Le « vodki » ou alcool, avec les autres liqueurs spiritueuses, les cigares, le thé, le sucre, la farine et le sel, sont les principaux articles de commerce, surtout le premier, dont il se fait une immense consommation. On ne compte pas moins de soixante-dix « lafkas » ou débits de spiritueux dans la ville, et l'ivresse se voit à chaque instant par les rues. Les maisons sont grandes et confortables; toutes sont construites en bois, et les plus belles d’entre elles sont élégamment meublées et pourvues de tentures et de tapis. Outre les hôpitaux, les casernes, etc., la ville possède un club pour les officiers avec salles de bal, de billard, de jeux,etc Une malle semi-mensuelle de Saint-Pétersbourg renouvelle la provision de journaux et autres publications. Un petit journal hebdomadaire se publie dans la ville. Deux florissantes écoles ont été fondées, l’une pour les jeunes demoiselles, l’autre pour les enfants des soldats et des marins.

Sur la rue principale descendant à la rivière, quelques arpents de terrains ont été réservés pour l’établissement d’un parc; c’est là que le public se promène, particulièrement le dimanche dans l'après-midi, alors que joue la musique militaire, e. cette musique n’est pas mauvaise, eu égard à son peu de pratique et à la manière dont elle a été recrutée. On raconte que, pour se procurer les différents exécutants qui composèrent l'or- # chestre au début, le commandant fit mettre en rang 4 une longue file de soldats. Le chef de musique alors passa devant ce front de bandière, examinant la bouche

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Le séjour de la petite expédition américaine à Nicolayefsk fut rempli par de courtoises réceptions, des dîners et des bals. Les autorités russes se piquèrent d'honneur pour fournir aux voyageurs tous les moyens en leur pouvoir capables de faciliter leurs explorations. Toutefois les renseignements sur la première portion de territoire assignée à MM. Bush et Mahood étaient à peu pis nuls. De la vaste étendue de pays que ces messieurs avaient à franchir pour gagner Okhotsk — 2,000 kilomètres environ, — il n’y avait de connue qu’une très petite portion touchant à l'Amour, sur laquelle une demi-douzaine de personnes avaient passé. Deux de celles-ci, un Suédois, M. Lindholm, et un Polonais, M. Swartz, se trouvaient à Nicolayefsk, et purent donner de bons avis aux deux Américains; M. Swartz, même, se joignit à eux en qualité d'interprète.

Le premier point à gagner en quittant Nicolayefsk devait être Tougoursk, station de baleiniers au fond de la baie de ce nom. Par les ordres de l’amiral Furruhelm, le gouverneur russe, les voyageurs, dûment pourvus de rennes pour eux et leurs bagages, et accompagnés d’un Cosaque et de deux guides tongouses, se mirent en

marche, le 24 octobre, pour leur première étape, au lac Orell.

Ce ne fut pas sans un certain serrement de cœur qu'ils se séparèrent de leurs nouveaux amis. Le souvenir des fatigues et des privations endurées par Kane, Hall et autres explorateurs des régions polaires, leur donnait un avant-goût de ce qui les attendait. A ces souvenirs se joignaient les avis décourageants des habitants du pays, relativement à l’inévitable sort ‘qui les menacait dans les gorges profondes et inconnues de la chaîne des monts Djoukiour (ou Tjouggour), aux effroyables tempêtes ou « pourgas » qu'ils auraient à affronter sans secours possible d'aucune part. Il y avait bien, il est vrai, deux ou trois postes russes le long de la côte; mais ces établissements n'étaient accessibles que par mer, et les vastes solitudes qui les séparaient les uns des autres n'étaient connues que de rares chasseurs tongouses qui y avaient pénétré à la poursuite de l'élan, de la chèvre sauvage et de la martre.

Le premier troupeau de rennes qu'ils rencontrèrent leur enleva beaucoup d'illusions sur cet animal. La plupart étaient blancs et eussent pu à distance être pris pour de vulgaires vaches. Ces animaux gagnaient cependant à être vus de plus près. Quelques-uns avaient des bois magnifiques ; mais c'était le plus petit nombre: les autres formaient sous ce rapport la collection la plus disparate qu’on pût voir. Tel n'avait que la corne droite, tel autre que la corne gauche; celui-ci en manquait complètement, celui-là les avait sciées à 20 centimètres du crâne pour la commodité de l'individu qui le montait. C'était d’ailleurs la saison où ils se dépouillent de la peau velue qui garnit leurs bois, et de longs lambeaux sanglants pendaient aux andouillers. Les deux sexes sont pourvus de bois élégants, mais ceux des mâles sont beaucoup plus forts et plus lourds et mesurent quelquefois 2 mètres. La taille de l'animal n’est

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pas très élevée cependant; elle n'atteint guère que 19,50 au garrot. La tête sans les cornes ressemble beaucoup à celle de la vache, mais le corps est beaucoup plus étroit et les jambes beaucoup plus fines, avec un pied large qui facilite la marche sur la neige.

Sur le dos du renne tenant la tête de la troupe était assis un homme enveloppé de fourrures qui doublaient ses dimensions naturelles. Chaque animal portait sur le dos, ou plutôt sur les épaules, un très petit bât. Un

autre individu, affublé comme le premier, avait charge

de l’arrière-garde. Ces deux conducteurs appartenaient

4 à la race tongouse. Baptisés suivant le rite grec, comme

de coutume, ils avaient reçu respectivement les noms

russes de Michaeloff et de Constantin.

Les Tongouses ont la peau bronzée, les pommettes très saillantes et les petits yeux noirs vifs des Tartares en général, bien qu’on en rencontre quelques-uns avec des yeux gris. Sous le rapport de la propreté, des mœurs, de la langue et de la manière de vivre, ils diffè-

rent beaucoup de leurs voisins les Ghiliaks. Leur

costume aussi est autre, bien que fait des mêmes maté- Jriaux, c'est-à-dire de peau de renne plus ou moins

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“épaisse, selon qu'il s’agit de l’hiver ou de l'été. Le vête- “ment principal est une espèce de large houppelande de fourrure ouverte par devant et dépourvue du capuchon des Kamtchadales. Une sorte de culotte collante

fde peau avec le poil en dedans leur couvre les cuisses ; es pieds et les jambes, jusqu’au-dessus du genou, sont

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