‹ La Sibérie orientale et l'Amérique russe [microforme]Chapitre 23 sur 38 · LL LA [LIL · texte numérisé non relu

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Bristol, tandis que la mer elle-même, dépourvue de profondeur par suite des alluvions qu'y entrainent les cours d'eau, est fermée en arrière, comme par une digue, par la barrière de la presqu'ile Aliaska. La côte est couverte d'une épaisse végétation de mousses que la gelée fait périr et roule en bottes énormes.

Au-dessous de la presqu'ile Aliaska, la conformation de la côte est toute différente. Une haute chaine de monlagnes l’occupe de l’Entrée de l'Observatoire jusqu’à lEntrée de Cook, puis décrit une courbe vers le côté asiatique, le long de la presqu’ile. Les flanes qui regardent le Pacifique descendent en pente rapide vers la mer, très-profonde le long du rivage. Sur la plus grande partie de la ligne de côte du Pacifique s'étend un groupe ou plu- Lt plusieurs groupes d'îles, quelques-unes longues de quatre vingts à cent quarante kilomètres.

L’étroite bande de côte appartenant à l'Amérique russe, de l’Entrée de la Croix à l’Entrée de l'Observatoire, et la côte au-dessous du golfe de Puget, sont masquées par une série d'îles situées de manière à laisser entre elles et la terre ferme une ligne non interrompue de navigation intéricure, la plus extraordintire qui soit au monde. Sir George Simpson, qui l’a parcourue deux fois en 1841, dit qu’ellé est admirablement propre à la navigation à vapeur et sûre par tous les temps, sauf par les brouillards. Au delà de la rivière du Guivre est un autre groupe d'’iles, et, plus loin encore, un dernier groupe, auquel l'ile de Kodiak, qui en fait partie, a donné son nom.

Toutes ces iles sont de nature volcanique, et sur quelques unes de celles qui bordent la presqu'ile Aliaska, comme aussi sur la terre ferme, des volcans sont encore en activité. Des iraces volcaniques se rencontrent encore

sur le petit nombre d’iles qui bordent la côte de la mer de Behring.

Toute la côte de la terre ferme jusqu’à l'entrée de Cook est richement boisée, et nombre d’iles ont aussi des arbres en abondance. Derrière la chaine de montagnes, auprès de la fronti:re et au delà, jusqu’à l’Entrée de Cook, s'étend un pays comparativement plat, couvert d’herhes. Les iles de la côte du Pacifique sont montagneuses. Les rochers y sont revètus de mousses, tandis que les vallées recèlent de bonnes terres couvertes d'herbes et d’arbris- SEAUX.

Les rivières de l'Amérique russe sont nombreuses et importantes. Au nord de la ligne frontière de la colonie anglaise, la première rivière importante qu'on rencontre est la Stikine ou rivière Francis, sous le 56° degré de latitude nord qui constitue la principale entrée du territoire britannique situé en arrière, et qui traverseun pays riche en or, La Stikine a deux embouchures, dont la principale ahuitcents mètres de largeur sur son point le plus large. El est ruvigable, pendant quatre mois de l’année, aux vapeu.. de faible tirant d’eau, sur un parcours de deux cent quarante kilomètres. Le steamer Flying Dutchman l'a remontée plusieurs fois jusqu’à Shakesville, centre minier situé à deux cent quarante kilomètres de son embouchure.

A rente kilomètres au-dessus de Shakesville commence le Grand Cañon, et au-dessus de ce point la navigation est praticable en canot sur une distance considérable, La Stikine, avant d'entrer dans la chaîne de montagnes au Grand Cañon, arrose un pays ondulé, couvert d’une herbe luxuriante, puis coule à travers une région minière fort riche, et finit par se jeter dans la mer, entre des rives à pie, couvertes de forêts de pins et de cyprès.

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De petites rivières se déversent dans les canaux naturels et les anfractuosités de la côte, jusqu’au 60° degré de latitude nord et vers le 1#4° degré de longitude ouest (Gr.), point où se rencontre la rivière du Guivre. Par cette rivière les indigènes communiquent avec l’Youkon ; à peu près sous la même longitude, les deux rivières ei leurs affluents se rapprochent tellement qu'il n’y a que de courts passages entre ce réseau. L'Entrée de Cook, qui s'enfonce profondément dans la côte, a aussi ses cours d’eau tributaires, qui facilitent aux indigènes de la côte les communications avec l'intérieur.

Au-dessus de la presqu'ile Aliaska, le premier cours d’eau qu’on rencontre est le Nachagak, dans la baie de Bristol. Au dre des indigènes, il communique, par des lacs et des marais, d’un côté, avec l’Entrée de Cook, de l’autre, avec la Kousokwime. La Kouskokwime, qui se jette dansla mer de Behring, au-dessus du cap Newenham, a été explorée, par les Russes et les naturels, sur une longueur de près de mille kilomètres. Son cours, à partir de son embouchure, remonte généralement au nord-est ; mais, comme tous les cours d’eau à: a région, il fait un grand nombre d’angles. La Kouskokwime est navigible aux vapeurs de faible tirant d’eau sur la plus grande partie de sa longueur. La vitesse du courant est modérée.

Mais la grande rivière de l'Amérique russe est l’Youkon ou Kvihpak, qui, resté longtemps un mystère pour les hydrographes anglais et américains, n'avait jamais été exploré complétement, par des blancs, avant l'été de 1866, C’est le Mississipi du nord-ouest. L'Youkon prend sa source dans la région montagneuse de Pelly Banks de l'Amérique anglaise et coule au nord-ouest jusqu’au point où il entre sur le territoire russe, à peu près sous le 64°

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degré lat. N. Il poursuit sa course, dans la même direction, jusqu’à son confluent avec la rivière du Porc-Épie, dont il reçoit les eaux venant du nord-est. À cent vinet kilomètres environ au-dessus de ce confluent, il se frave un passage dans les montagnes du Gros-Castor, puis tra-

verse un pays plat pendant environ cent soixante kilomètres, coupe de nouveau un éperon des montagnes du Gros-Castor et entre dans le système de la grande péninsule septentrionale. De ce point, il incline un peu au sud jusqu’en face de la partie supérieure du lac Norton, Là, il tourne brusquement plein sud jusqu’au 62° degré lat. N., où il reprend la direction ouest, pour se jeter enfin dans la mer de Behring.

De sa jonction avec la rivière du Porc-Épic jusqu'à son

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embouchure dans la mer de Behring, l’Youkon est navigable par steamers, sa profondeur variant d’une à dix brasses et sa largeur de seize cents à deux mille quatre cents mètres. Son cours est très-sinueux. Il a quatre embouchures connues ; la plus septentrionale est obstruée par une barre, sur laquelle il n’y à guère plus d’un mètre d’eau ; le chenal du sud en compte trois à l'entrée.

D'autres cours d’eau de moindre importance se jettent dans le golfe de Norton et dans le golfe de Kotzebue. La rivière Colville, qui se déverse dans l’océan Glacial, a été longtemps prise pour l'embouchure de l'Yceukon; elle est, au dire des naturels, navigable sur un très-long parcours.

Presque toutes les rivières coulent, généralement, de l'est, en s’inclinant un peu au sud. Les chaines de monlagnes venant du sud cessent avant d'atteindre l'océan Glacial. La grande péninsule située au-dessus de l'Entrée de Cook est traversée par un grand nombre de chaines peu élevées, courant dans une direction sud-ouest. Les principales rivières se fravent leur chemin dans les intervalles de ces chaines.

Règle générale, les rivières lavent la base des montaones sur la rive droite; la rive gaucheest basse et souvent marécageuse jusqu’à une certaine distance. Le flanc méridional des collines est, cependant, presque toujours en vue, et des contre-forts s'en élancent quelquefois, pour faire saillie, sur la rive gauche. Un caractère particulier du pays, c’est la manière dont les affluents des grandes rivières s’'enchevêtrent ou sont réunis par des lacs; de telle sorte que la péninsule, tout en pouvant être traversée de l'est à l’ouest par la ligne des principales rivières, peut l'être aussi du sud au nord par de courtes passes à travers les montagnes ou par les cours d’eau moins importants,

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qu'on remonte et qui profitent des coupures des bords rocheux de la rive droite des rivières, et par des lacs et de courts portages, qui vous conduisent aux nombreuses rivières secondaires suivant la direction du nord pourse jeter dans les grandes rivières. C’est ainsi que les indigènes et les commerçants passent de la rivière du Cuivre au fort Youkon, et de l’Entrée de Cook au golfe de Kotzebue,

Le centrede la partie supérieure de la péninsule est bien boisé jusqu’à centcinquante kilomètres environ de la côte sur la ligne du Kvihpak ou Youkon, et plus près encore sur d’autres cours d’eau plus petits. L’essence dominante etla plus utile est le sapin, qui atteint souvent un énorme diamètre et s'élève en hauteur de vingt à trente mètres, Le bouleau se rencontre aussi, mais en quantité restreinte, jusqu’à la ligne du Kvihpak. Le peuplier, l’aune et le saule bordent aussi les rivières en masses considérables. Sur la côte du Pacifique, la terre ferme et beaucoup d’iles sont couvertes d’épaisses forêts de pins, — le plus utile de tous les arbres, — qui vont jusqu’au rivage même. Dans le voisinage de la Stikine, on trouve, d’après sir George Simpson, un cyprès qui, par sa légèreté et sa durée, est sans égal pour la construction des bateaux.

Les Russes ont négligé de tirer parti de cet immense fonds de richesse, de peur de voir leur monopole du commerce des fourrures atteint par l'établissement d’un commerce de bois. Le pin est de la plus grande dimension, comme aussi de la plus belle qualité; il vaut celui des fameuses forêts de la Norwége. Bougard parle de pins et de sapins de la côte ayant plus de deux mètres de diamètre et quarante-huit mêtres de hauteur.

L'Amérique russe a une grande richesse animale. Ses mers offrent les plus belles pêcheries du monde; ses ri-

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vières sont pleines de poissons; ses bois, ses vallées et ses montagnes recèlent une immense quantité d'animaux à fourrure et d'oiseaux estimés. Les eaux du Pacifique septentrional, tout le long de la côte du canal de Dixon, à l'extrémité desiles Aléoutiennes, fourmillent de morues de ia plus grande taille. En 1865, les autorités du territoire de Washington appelèrent sur ce fait l’attention du ministre de l’intérieur. Après avoir dit la valeur des

Murtres.

pêcheries du détroit de Fuca, l'inspecteur Giddings s’exprime ainsi : « Plus loin, au nord, le long de la côte, entre le cap Flatterie et Sitka, sur les possessions russes, la morue et le cabillaud se trouvent en grande abondance et d’une bien plus grande taille que ceux qu’on prend au Cap ou plus loin, en hautdes détroits et du golfe. Il n’est personne au courant de ce fait qui ne soit convaineu que des bâtiments semblables à ceux dont se servent les pècheurs du Maine et du Massachussetts pour le banc de Terre-Neuve, qui viendraient pècher ici sur la côte, feraient d'excellentes affaires. La morue et le cabillaud, sur

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celte côte, jusqu'auprès de Sitka, égalent les plus gros poissons de même espèce qu'on prend dans les eaux de l’est. »

Dès avant l'annexion, la législature du territoire de Washington avait, par une résolution formelle, appelé l'attention du gouvernement général sur l'importance des pêcheries de la côte de l'Amérique russe et réclamé l'adoption de mesures pour obtenir, au profit des Américains, le droit de pèche dans ces eaux. Le lieutenant Pease ‘apporte que, lorsqu'il traversa le groupe des iles Kodiak, dans son voyage au Nord, les eaux étaient tellement pleines de morues, que, rien qu’à la ligne, on en prit un baril pendant la marche du navire. Aucune tentative pour utiliser ces richesses n'a élé faite, si ce n'est par les Russes des iles et de la côte, qui pèchent pour eux-mêmes et pour les Indiens sous leur dépendance. Les baleines sont nombreuses au nord du Pacifique et aussi dans la mer de Behring ; les baleiniers les poursuivent jusque dans le détroit du mème nom.

Les rivières, depuis la Stikine jusqu'à la plus septentrionale connue de la grande péninsule, sont extrèmement poissonneuses. Le saumon et la truite abondent dans la Stikine. Le saumon rouge ou « squoggan » des indigènes, pesant environ deux kilogrammes, se prend en juillet et en août; le saumon de mer (« kase » des indigènes), pesant jusqu'à quatorze kilogrammes, se prend du commencement de la saison de a pêche à la fin de l’automne. Dansles rivières scptentrionales de la péninsule, on trouve en abondance le saumon, le poisson blane, l’esturgeon, le brochetet la truite de montagne. Les indigènes prennent le brochet, le saumon et le poisson blanc, en les harponnant au moyen d’une longue perche munie d’une

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L'AMÉRIQUE RUSSE. 255 tête de flèche dont ils se servent avec beaucoup d'adresse, Le lieutenant Pease a vu prendre ainsi des saumons de dix-huit kilogrammes, et des brochets de deux mètres de long. Les indigènes sèchent le poisson en bandes ou lanières; c’est, avec la viande séchée de renne, la base de leurs provisions d'hiver.

Les îles de la côte du Pacitique sont le pays de prédilection des animaux à fourrure et des otaries, C’est de là que la Compagnie russe des fourrures a surtout tiré ses peaux. Quatre-vingts années de chasse n’ont pas diminué beaucoup le nombre des phoques et des otaries.

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