‹ La Sibérie orientale et l'Amérique russe [microforme]Chapitre 36 sur 38 · FA · texte numérisé non relu

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reuse : La plus grande partie du charbon avait été débarquée sur l’ilot de glace, où elle devint inutile; on ne pouvait donc compter sur la vapeur, d'autant que le petit cheval devait marcher constamment pour empêcher le navire de couler bas, ce à quoi tout le monde s'attendait à chaque instant. Aussi, dès que cela fut possible, le capitaine Buddington s’échoua sur l’ile Littleton. Les pauvres isolés construisirent des cabanes avec le bois tiré des débris du Po/cris, et passèrent ainsi l'hiver dans une situation tolérable; leur temps fut employé à construire deux canots avec les planches du navire, et, le 3 juin 1875, Buddington monta sur l’un, le maitre d’équipage sur l’autre. Réduits à manger de la viande crue, à supporter d’horribles coups de vent, à camper chaque soir sur la glace, ils n’avaient pour se réchauffer qu’un peu de thé, préparé sur un petit feu fait avec des cordes hachées et de l'huile. Enfin, gouvernant toujours au Sud, le 25 juin 1875,à 25 milles S.-E. du cap York, ils rencontrèrent le Ravenscraig, baleinier de Dundee, capitaine Allen.

« Les journaux américains ont jeté quelque lumière sur les divisions des chefs de l'expédition; Buddington ne cachait pas ses mésintelligences avec le capitaine Hall, et après la mort de celui-ci, les querelles devinrent plus vives encore. Le D' Bessels et Buddington finirent par signer un papier d’après lequel le premier avait la direction de toute la partie scientifique, Buddington n'ayant d'autorité que sur ce qui regardait le bâtiment, Ce papier finissait par une déclaration solennelle, assez étrange en apparence, mais qui peut-être n’était pas superflue dans les circonstances où elle se produisait : « Que les deux signataires étaient réellement de bonne

« foi dans la recherche pour laquelle ils avaient été en- « VOYÉS. »

Le gouvernement a ordonné une enquête sur tous les faits qui se rattachent à cette partie pénible du voyage. Quant aux résultats scientifiques de ce mème voyage ils ne laissent pas d’être importants. Les quartiers d’hiver du Polaris par 81° 58’ sont le point Le plus septentrional où l’homme civilisé ait jamais hiverné. La découverte du climat relativement doux de la baie du Polaris, et du courant portant vers le Sud, dans le détroit de Robeson, sont des observations précises. Pour la première fois, on a fait des expériences du pendule par une latitude de 81° 58’; on a conçu des vues nouvelles sur les glaciers, et l’on a recueilli de nombreuses observations sur les diverses branches de l’histoire naturelle.

Sous cette latitude si élevée, le bœuf musqué se rencontre en abondance; pendant l’hivernage les marins du Polaris tuèrent vingt-six de ces animaux; ils virent aussi beaucoup de renards blancs et de lemmings. Durant l'hiver les oiseaux avaient disparu, mais avec l'été la faune tout entière des autres régions polaires avait reparu partout. Au point extrème du voyage les phoques s'étaient montrés fort nombreux. Des traces de campements d'Esquimaux furent trouvées jusque sous le 82° parallèle. Le D' Bessels a ramassé à celte hauteur des côtes de morses qui avaient servi de patins à des traineaux d’indigènes, une pièce de bois constituant le dossier d’un traineau, un manche de couteau d'os, etc.

Dans son voyage de retour à bord de l’Arctic, le D'Bessels, qui d’ailleurs semble aveir, avec M. Chester et le capitaine Hall, constitué le seul groupe de l'expédition dévoué à sa réussite et fermement décidé à pousser, si

possible, jusqu’au pôle même, a maintes fois exprimé au capitaine Markham sa conviction que l’insuccès partiel du voyage du Polaris était surtout dû à la mort inopinée de Hall, et que sans ce fatal événement la réussite de l’entreprise eût été complète.

La route du pôle Nord reste toujours avec l'inconnu pour dernière étape. La lice est ouverte de plus belle : Russes, Anglais, Allemands, Suédois s’y précipitent à l’envi. Les deux navires l’Alert et la Discovery, qui portent l'expédition britannique, ont quitté Portsmouth le 9 juin dernier (1875).

« Scientia orbis terrarum civis, » dit un vieil adage : dans ce steeple-chase d’un nouveau genre, dont l’axe de la terre est le but, honneur à la nation qui arrivera première!

Avant qu'eût sonné pour elle l'heure à jamais maudite de revers immérités, notre France, alors dans tout le rayonnement de ses gloires trop enviées, avait, elle aussi, caressé la noble ambition d'aller arracher aux glaces du Nord le mot de la grande énigme polaire... Hélas! au moment de voir se réaliser son rève, celui de ses fils qui s'était fait le plus ardent propagateur de cette idée — noble chimère peut-être — est tombé en soldat sous les

balles prussiennes, en défendant le sol natal envahi! Souvenons-nous!

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