‹ La Sibérie orientale et l'Amérique russe [microforme]Chapitre 35 sur 38 · DRE QUE SRI TE · texte numérisé non relu

DRE QUE SRI TE

en

parfait. Elle avait à peu près cinq pieds (1".50) de diamètre sur deux et demi (0".75) de hauteur, la neige d'audessus pouvait avoir cinq pieds (1".50) d'épaisseur. C'élait sur son plancher de glace que le phoque femelle avait donné le jour à son petit, c'était là aussi qu’il le nourrissait, Sur un des côtés était le trou établissant les communications avec la mer; l’eau montait jusqu'en haut, et arrivait à deux pouces à peu près du plancher de l'iglou. »

Après avoir attendu quelque temps sans que le vieux phoque se fût montré, les chasseurs, renonçant à leur proie, retirèrent le petit et le placèrent sur la neige. Alors l’'Esquimau mit un pied sur le dos de la pauvre créature, entre les nageoires supérieures, et pressa de tout son poids, de manière à produire l'asphyxie en supprimant la respiration. Les indigènes préfèrent ce mode à l'emploi du couteau ou de la pique, il empêche la perte de ce qui est si précieux à leurs yeux, le sang.

Ce genre de chasse a été emprunté par les Esquimaux aux habitudes de l'ours. Quand cet animal a découvert au flair le lieu où un phoque à bâti son iglou sous la neige, il retourne sur ses pas à quelque distance pour mieux prendre son élan, puis il saute de tout son poids sur le dôme de manière à l’effondrer. Dès qu’il a réussi, il allonge immédiatement la patte, explore l’intérieur et s'empare du petit qui l’habite. Alors, le tenant par une de ses nageoires inférieures, 1l débarrasse de la neige qui l’encombre le trou appartenant à la glace, et, sans quitter le jeune phoque, il laisse le pauvret plonger dans l’eau, Quand le vieux phoque arrive, l'ours tire doucement le jeune à lui jusqu’à ce que la mère, inquiète, se présente à s:

portée.

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suit ce roche:

lant à la tête le mo étourt le mè qu'il mors L’o cipal surfac avec |

portée. Ce moment venu, maître Martin allonge son autre patte et le tour est fait.

Les indigènes racontent, sur les ruses de l'ours, une foule d’anecdotes qui prouvent qu’ils ont l'habitude d’étudier de près ses mouvements. En août, chaque fois que le temps est beau, les morses s’approchent du rivage, et, trainant parmi les rocs leurs lourdes masses, ils vont se chauffer au soleil. Si cette promenade se fait à la base d'un rocher, Fours en profite pour attaquer comme il suit cette formidable proie. Martin monte au haut du rocher, saisit entre ses pattes un bloc massif, et, calculant à merveille la distance et la courbe, il le lance sur la tête à l’épre ive de la balle de l'énorme amphibie. Si le morse n'est pas tué sur le coup, mais seulement étourdi, l’ours descend au plus vite et vient l’achever par le même procédé. Un repas savoureux s'ensuit. À moins qu'il n’ait très-faim, l’ours ne mange que le lard du morse, du phoque, du narval et de la baleine.

L'ours sait aussi prendre les phoques dans leur principal élément, Quand il en aperçoit un, il plonge sous la surface, ne laissant de visible que sa tête, qui se confond avec les glaces d’alentour. C'est au moment où le phoque, la tête hors de l’eau, inspecte l'horizon que l'ours plonge complétement, nage jusqu’à lui, et le saisit sous l’eau.

Quand la glace de mer commence à se former, l’ourse femelle capture et tue une certaine quantité de phoques qu’elle va cacher dans les rochers de la côte. Ensuite elle se retire dans l’intérieur des terres et mange de la mousse, afin de faire au dedans de son corps une obstruction mécanique; après quoi elle retourne à ses dépôts de vivres etse bourre de lard de phoque jusqu'aux dernières limites d'expansion de son estomac. Cela fait, elle va prendre ses

354 LE.POIE NORD ET SES HABITANTS. 1 quartiers d'hiver dans une caverne qu'elle-même s’est %

+ bé.

creusée dans un glacier. Au bout de quelque temps de 4

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réclusion, elle met bas un, deux et quelquefois trois petits. Dans cette crèche cristalline, elle allaite et exerce sa progéniture à ‘a marche jusqu’au 1” avril environ, époque où, de leur côté, les phoques commencent à mettre bas. La famille planiigrade quitte alors sa retraite,

Ours blanc, narval et phoque,

\ la mère en tête reniflant l'air. Quand cet air est chargé de ae l'odeur des phoques, la digne matrone prend l’invisible {ii piste jusqu'à l’iglou du pauvre araphibie. Dès qu’elle s’est à assurce que tout est comme elle l'avait prévu, elle prend h son élan, bondit sur le toit de l’ig! 1, et fait si bien de fl ses quatre pattes et de son poids, qu’elle l’enfonce et ne tarde pas à s'emparer de la jeune famille, dont elle fait ; faire ur délicieux festin à ses oursons.

C’est chez les Esquimaux une coutume immémoriale

que la peau d’un ours appartienne au premier qui a aperçu la bête, que l'individu soit un homme, une femme ou un enfant. Si l'animal capturé est un mâle, sa vessie, avec certains instruments appartenant aux hommes, doit être, ainsi qu’il a été dit, placée pendant trois jours au sommet de la hutte de neige ou de la tente de peaux, suivant la saison. Si c'est une femelle, la vessie est arborée de la même manière. mais avec accompagnement d'ornements de cuivre et de verroteries appartenant à la coiffure des femmes.

Les Esquimaux sont très-ingénieux à se tirer d’affaire dans toutes les circonstances de la vie. Ils connaissent à merveille les eaux et leurs côtes. Plusieurs de ceux qu’à fréquentés M. Hall lui ont dessiné de mémoire, sur ses albums et ses livres de notes des cartes très-exactes, dont il donne le fac-simile dans son ouvrage. Son journal offre d’ailleurs plus d’un exemple de l'adresse avec laquelle les indigènes savaient représenter, à l’aide d’un crayon ou d’un modelage grossier, les objets dont le voyageur américain ne se rendait pas bien compte par leurs descriptions verbales. Ainsi nous lisons, à la date du 12 octobre 1861, à propos de l’enclume provenant de l’expédition de Frobisher et dont il a été question : « Ce matin, à neuf heures, j'ai eu une conférence avec plusieurs indigènes concernant l’importante relique qui duit être encore sur l’île d’Oopungnewing. Ugarng a vu dans sa jeunesse cette relique (dont le vrai caractère ne m'est pas encore bien démontré). I dit qu’un Esquimau trèsrobuste, mort aujourd’hui, pouvait la lever et même la charger sur son épaule, tour de force dont aucun autre n'était capable. Un de ses camarades arrivait à l'enlever de terre jusqu’à la hauteur des genoux, mais c'était tout

ce qu'il pouvait faire ; enfin d’autres, en très-petit nombre, parvenaient seulement à la soulever un peu. Suzhi vient, sur ma demande, de m’esquisser au crayon la forme de cet objet, aussi ressemblante que possible. C’était cependant la première fois certainement que cette femme maniait un crayon. Ugarng, qui dessine des cartes à merveille, m'a fait aussi son esquisse sur la même feuille que Suzhi. Ces dessins ressemblent beaucoup à celui que m'a fait Artarkparn, il y a quelques jours. »

Et plus loin :

« IL est dix heures quinze minutes, je viens de découvrir ce qu'était la relique en question. C’est une enclume ! une enclume comme on les faisait jadis, sans corne. Pour en arriver là, j'ai chargé Ugarng de m'en tailler une représentation en bois. Quand il eut fini, je pris le modèle et le lui présentant : Kis-su? lui demandai-je ; c’està-dire : À quoi servait le lourd merceau de fer de l'ile d'Oopungnewing? Sa réponse fut aussi claire que possible. Avant de la donner, je dois dire que eet Esquimau a té aux États Unis et qu’il a visité divers ateliers d’artisans. Étendant l'index de la main gauche sur le petit bloc qu'il venait de sculpter, et fermant la main droite de manière à figurer un marteau levé, il répondit : Comme font les forgerons. »

Un autre modèle en bois fut exécuté trois jours après par un autre Esqwimau; il ressemblait singulièrement aux deux précédents. « À l’époque où Ugarng avait vu la «pierre lourde, » continue M. Hall, elle était rouge de rouille, et Artarkparn m’informa qu’elle avait été portée à Oopungnewimg sur un traîneau par des indigènes qui l'avaient prise sur l'ile de Kodlunarn (de l'Homme blanc).

Annawa, en en parlant, disait que « c'était quelque chose qui ne poussait pas là », et tous ces témoignages concordaient entre eux, bien que ceux qui les donnaient fussent interrogés à part. Suzhi me fit aussi un modèle de sa façon en pétrissant sous ses doigts un peu de {oodnoo mâché. Tout semblait donc confirmer que l'article en question, probablement encore à cette heure sur lile d'Oopungnewing, était une enclume ayant appartenu à l'expédition de Frobisher. » Nous avons dit plus haut que l'objet de ces informations n'avait pu être retrouvé par M. Hall, lequel suppose avec raison que, attaché à la base d’un bloc de glace, il aura, au dégel, été entrainé à la mer.

Lorsqu'ils voyagent en traîneau, les Esquimaux ont l'habitude de revêtir d’une couche de glace la partie du traineau qui glisse sur le sol; le frottement est de la sorte diminué de beaucoup. Cette opération se fait d’une manière assez curieuse. On renverse le traineau, puis, après s'être empli la bouche d’eau mêlée à un peu de sang de phoque pour lui donner plus d’adhérence, on lance sur les barres longitudinales un filet de liquide qui se gèle instantanément. Quand, au bout de plusieurs heures de voyage, ce ferrage de nouvelle espèce est usé, on le renouvelle de la même manière économique. Mais, demandera-t-on, comment transporter avec soi de l'eau sans qu’elle gèle? Le moyen qu’emploie l’Esquimau est celui-ci : i! emplit d’eau une espèce d’outre en peau de phoque ou une vessie de renne, et il la porte sur ses épaules, entre ses vêtements et son corps, où la chaleur la conserve liquide.

«Un jour que je voyageais en traineau avec Koudjessi, raconte M. Hall, j'avais une soif ardente et l’eau nous

manquait. Koudjessi se détourna un instant de notre route et se rendit, armé de son harpon à phoque, audessus d’un petit étang d’eau douce. Sachant parfaitement qu’en cette saison la glace aurait naturellement là dix pieds d'épaisseur, je m’étonnais qu'il espérât y trouver de l’eau. Après avoir examiné les lieux avec soin, Koudjessi choisit un endroit où la neige semblait trèsprofonde, puis enlevant cette même neige, il frappa la glace avec son harpon et fit très-rapidement un trou par lequel il puisa facilement de l'eau. Questionné par moi à ce sujet, il m’apprit que, quand une pesante masse de neige tombe sur la glace, elle la déprime et fait monter l'eau dans la cavité, La surtäice de cette eau gèle assurément, mais sur une médiocre épaisseur, et laisse ainsi un réservoir d’eau liquide emprisonné entre les deux parois. »

Dans une sutre circonstance, voyageant par un f“oid très-vif avec le vent en pleine face, M. Hall avait peine à empêcher les parties inférieures de son corps de geler. Les Esquimaux, le voyant s'appliquer par-dessus ses vêtemets une grande écharpe pliée en plusieurs doubles, lui conseillèrent de renoncer à ce moyen, et roulant euxmêmes l’écharpe en une ceinture étroite, ils la lui serrérent au-dessus des hanches, ce dont M. Hall se trouva en effet fort bien.

Répétons en terminant que l'ouvrage du voyageur américain est plein d'observations de tout genre, et qu’il aura contribué plus que tout autre à nous faire connaître les mœurs et le genre de vie des singulières peuplades qui habitent les régions de l’extrème Nord,

: À Le succès qu’obtinrenten Amérique les intéressants vo- Î. | lumes de M. Hall, la connaissance profonde acquise par | l’auteur du genre de vie et de la langue des Esquimaux |

durant ses longues pérégrinations dans les régions arc-

tiques, et le violent désir hautement manifesté par lui

de tenter d’autres aventures dans les mêmes parages, le

firent bientôt désigner par l'opinion unanime, aux États-

Unis, pour diriger un voyage de découverte vers le pôle ii

Nord, — voyage dont l’idée avait du reste été lancée par f

lui-même dans le publie, aussitôt après son retour. D’ail- 1

leurs, depuis les découvertes géographiques de Mac Clure,

en 1850-1855, depuis surtout la fameuse campagne du li

Fox, en 1857-59, sous le commandement de Mac Clintok, il

à la constatation du sort final de l'expédition Franklin, ‘4 l'Angleterre paraissant avoir renoncé pour longtemps à

tout projet d'exploration vers le pôle, cette abstention à

devenait naturellement pour les Américains raison sut- ke

fisante pour se montrer persévérants. Rien d’étonnant

donc de les voir, sous l’empire de ce louable sentiment d'émulation, organiser expédition sur expédition sous

Kane, Hayes, et, en dernier lieu, Hall, en vue de pénétrer

de plus en plus loin, par le détroit de Smith, dans l'in-

connu des régions polaires. |

Le promoteur de la dernière expédition américain |

avec lequel nos lecteurs viennent de faire connaissance | dans les pages qui précèdent, n’était pas marin de pro- Û

fession, nous l'avons dit déjà, Né à Cincinnati, Charles-

Francis Hall avait débuté dans la vie par le métier de forgeron; puis, les circonstances l'ayant fait journaliste, il était devenu directeur d’une feuille appelée la Daily Penny Press, quand l'amour des voyages le lança dans les entreprises arctiques. C'était un homme robuste, énergique, enthousiaste, épris de la vie d'aventures ; mais, par malheur, dépourvu, nous l'avons dit, d’éducation nautique préalable.

Le gouvernement, sans adopter officiellement son nouveau projet, lui vint cependant en aide en lui faisant don d’une somme de 50,000 dollars, et en lui abandonnant une canonnière à vapeur en bois, le Periwinkle, depuis longtemps en service sur les fleuves d'Amérique, mais impropre, malheureusement, à la mission à laquelle elle allait être employée. Le nom primitif du bâtirient fut changé en celui de Polaris, mieux adapté à son nouveau rôle.

Nommé chef suprême de l’expédition, Hall choisit luimême ses compagnons. Il prit pour capitaine de route M. S.-0. Buddington, vieux capitaine baleinier du Connecticut, avec lequel il avait déjà navigué; pour second, le capitaine Tyson, et pour maitre d'équipage, #. Chester. Il s’adjoignit en outre l'frlandais Morton, l’ancien maitre d'hôtel de Kane en 1854, et huit Esquimaux : deux hommes, leurs fenimes et quatre enfants, Le Poiaris emportait en lout trente personnes. Le seul individu qui n'eût pas été choisi par Hall était le docteur allemand E, Bessels, qui avait fait partie de l’expédition allemande de 1869, et que l'Académie nationale des sciences avait elle-même désigné comme chef des travaux scientifiques.

I n'entre pas dans les limites du cadre que nous nous sommes tracé de suivre pas à pas les hardis navigateurs

américains dans leur aventureuse entreprise. Mais l’expédition du Polaris a eu un retentissement considérable, dù plus, il est vrai, à ses mauvaises fortunes qu'aux résultats purement scientiques qu’elle a procurés. Son chef y à trouvé la mort au lieu des lauriers qu’il espérait rapporter dans sa.patrie. L'expédition du Polaris complète l'étrange odyssée du capitaine Hall. À cc titre, il nous a paru que nous devions au moins à nos lecteurs un résumé succinct des péripéties de ce voyage si plein d’ineidents dramatiques et qui, avec une organisation mieux conçue et des moyens d’action plus efficaces, aurait pu accomplir bon nombre des grandes choses qu’on en attendait, Nous ne saurions, dans cette circonstance, nous renseigner à meilleure source qu’en nous adressant à la claire analyse donnée par le capitaine de frégate Domézon, des documents relatifs au voyage du navire américain, insérés dans le recueil des travaux du Smuthsoniun Institute et autres publications spéciales.

C’est le 20 juin 1871 que Hall partit de Brooklyn deant Néw-York. D’après ses instructions, il toucha à Disco, au Groënland; et passant par la baie de Baffin, le détroit de Smith, le bassin de Kane et le canal de Kennedy, il parvint sans encombre jusqu’au cap Gonstitution par 80° 22’ de latitude. C'était le point extrème atteint par Kane en 1854, et l’on reconnut que la mer libre vers le nord, prise par lui pour cette fameuse mer Polaire, si longtemps et si vainement cherchée, n’est que la continuation du canal de Kennedy, et que sa largeur variait de 30 à 60 milles. Hall la nomma baie du Polaris. Continuant sa route, il reconnat que ce canal, après une longueur de 80 milles, se rétrécit jusqu'à 20 ou 25 milles; cette partie nouvelle fut nommée

détroit de Robeson, du nom du secrétaire de la marine américaine, l’un des promoteurs de l'expédition.

Le 24 août 1871, le Polaris était parvenu à 82° 16’ nord, c'est-à-dire beaucoup plus près du pôle que n'avait jamais été aucun navire, Là les glaces flottantes, bien que légères, firent juger au capitaine Buddington, malgré les instances de Hall, que le moment était venu de rétro-

Le « Polaris » au cap Constitution.

grader, détermination hâtive, malencontreuse et fort regrettable assurément, ainsi que l'a imprimé tout récemment le capitaine de la marine militaire britannique, À... Markham, Pan des chefs de l'expédition polaire actuelle des Anglais, lequel ramena en Angleterre, à bord de l’Aretie, le docteur Bessels et quelques autres naufragés du Polaris, recueillis quelques jours auparavant par le Ravenscraig. Tyson, le second dt Polaris, Ntétendait qu à

ce point il pouvait du haut de la mâture voir la mer libre vers le nord, ce que contestèrent toutelois d’autres observateurs. Il fut reconnu que la côte occidentale du détroit de Robeson se dirige vers le nord-est. Telle est aujourd’hui la limite de nos connaissances géographiques dans cette région.

Buddington insista pour retourner passer l'hiver dans Ja baie du Polaris. Tout le monde regrettait cette décision, écrit le capitaine Domézon, et croyait, comme Tyson, qu'on pouvait se rapprocher encore du pôle; mais le Polaris avait été si rudement froissé par les glaces qu'on ne peut guère, en somme, s'étonner du parti que prit Buddington. Le 5 septembre 1871, on revint done dans le havre de Grâce-à-Dieu (Thank God bay), sur la côte N.-E. de la baie du Polaris, par 81° 51 de latitude, Le 10 octobre, Hall, qui paraît avoir cédé avec peine au mouvement rétrograde, repartit par terre dans la direction du pôle, avec quelques hommes. Mais, arrivé au 82° degré, se sentant malade, il revint à bord le 8 novembre 1871, el mourut presque subitement d'une espèce d'attaque d'apoplexie. Quand l'expédition fut rentrée aux États- Unis, on fit courir le bruit que sa mort n'avait pas été naturelle: mais une enquête rigoureuse, ouverte par le gouvernement, à fait justice de ces malveillantes insinuations.

« Après la mort de Hall, le commandement supérieur appartenait à Buddington, qui semble avoir de bonne heure renoncé à toute idée d’aller plus loin, et n’avoir eu qu'un seui désir : rentrer le plus tôt possible. Cependant il fallait hiverner où l’on se trouvait, et dans ces affreux climats l'hiver dure dix mois environ. Pourtant, par un phénomène fort remarquable, la température était beau-

mere prete een

n4 LE POLE NORD ET SES HABITANTS.

coup plus douce que par des latitudes bien inférieures, On sait que, pas plus que le pôle magnétique, celui du froid ne coïncide avec le pôle terrestre ; pour notre hémisphère, nous avons même deux pôles du froid : l'un situé en Sibérie, l'autre dans l'Amérique septentrionale, Le fait de la douceur comparative de climat, observé sur le Polaris pendant son hivernage est donc moins étrange qu'il ne parait à première vue. Ainsi, dans le mois de juin, la plaine ne présentait plus de neige; l'herbe couvrait le sol et servait à la nourriture des lemmings, des lapins et des bœufs musqués. Dans certains coins abrités, se trouvaient quelques fleurs sauvages. On observa un courant qui portait vers le Sud, avec une vitesse de 1 mille par heure, et qui entrainait, à travers le détroit de Smith, jusqu’à la baie de Baffin, des îles de glace, et, chose bizarre, des bois flottants.

« Ce ne fut que le 12 août 1872 que le Polaris, enfin dégagé, put partir pour son voyage de retour; mais il n’était pas au bout de ses peines.

« On n’était alors qu’à 40 milles de la position la plus septentrionale, atteinte l’année précédente; on pouvait donc se demander pourquoi on n'essayait pas une seconde fois de se rapprocher du pôle; mais il n’y avait pas à y penser avec un navire qui, pour ne pas couler, était réduit à faire constamment marcher sa pompe à vapeur. Quoi qu'il en soit, le Polaris commença son voyage vers le Sud; bientôt entouré de glaces, il s’amarre sur un gros bloc, avec lequel il descendit dans le Nord de la baie de Baffin. Là, le 15 octobre 1872, par 70° 55’ de latitude, à l'entrée nord de la baie des Baleines, il fut si fortement endommagé par les glaces que Von crut devoir se préparer à l’abandonner. Par une

LE POLE NORD ET SES HABITANTS. 36ù

nuit noire et un grand vent du sud qui chassait des tourbillons de neige, Tyson, le second, Myers, le météorologiste, Héron, le maître d'hôtel, sept marins, les deux Esquimaux et leurs familles débarquèrent sur la glace ; ils s’occupaient de recueillir des provisions de tout genre, quand le navire rompit inopinément l’amarre qui le fixait au bloc de glace, si bien que plusieurs hommes qui, dans ce moment même passaient sur l'ilot de glace, eurent la plus grande peine à rejoindre le navire.

« L'histoire de l'expédition se compose dès lors de deux parties distinctes : Le groupe laissé sur la glace, après de vains efforts pour reprendre le Polaris et ensuite pour atteindre le rivage, se trouva bien heureux de regagner l’ilot de glace, ayant perdu la plus grande partie des provisions débarquées du Polaris; le charbon t'éposé sur la glace avait été perdu, de sorte qu'ils furent obligés de sacrifier un de leurs deux canots pour se procurer du combustible. Les Esquimaux qui étaient avec eux leur construisirent trois cahuttes de neige; et c’est ainsi, par une température presque constante de 0°, qu’ils passèrent l'hiver, vivant en partie de leurs provisions, et en partie de la chasse qu’ils faisaient aux phoques et aux oiseaux. Vers la fin de mars 1875, la glace commenc: à craquer; ils s’'embarquèrent sur leur dernier canot, et à travers d’atroces souffrances, en proie aux tortures de la faim, ils descendirent vers le Sud. Le 21 avril ils tuèrent un ours, ce qui leur procura quelques aliments; le 29, ils aperçurent un vapeur, et le jour suivant, 30 avril 1875, par 55° 55’ de latitude, à 40 mille de terre, près de Wolf Island (l’île aux Loups), ils furent recueillis par le steamer la Tigress, capitaine Bartlett.

« L'autre moitié de l'expédition ne fut pas plus heu-

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