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traverser toute la Péninsule du Kamtchatka, entreprise difficile qui demandait des mois, Si l'on avait été moins avancé dans la saison, on aurait pu gagner Ghijigha par mer; mais à cette époque de l’année il fallait renoncer à s’aventurer si loin dans la partie septentrionale de la mer d’Okhotsk. Il n’y avait donc d’autre alternative que d'effectuer le voyage par terre avec des chevaux en été, avec des chiens et des rennes au commencement de l'hiver. On n'avait d’ailleurs rien à redouter des indigènes jusqu'à ce qu'on eût atteint le pays des Koraks, tribu à moitié sauvage habitant le nord de la péninsule.
Une fois à Ghijigha, point de départ d’un autre trajet de 2,000 kilomètres à l’ouest, le long de la côte dela mer d’Okhotsk jusqu’à la ville dumême nom, lepays, quoique d'une traversée difficile, est bien connu des Russes. Il n'en est pas de même de celui qui s'étend au nord, de Ghijigha jusqu’à l’ancien poste russe d’Anadyrsk ; celui-là n’est guère pratiqué que par les chasseurs de fourrures. On se rappelle que le lieutenant Macrae devait remonter l’Anadvr jusqu’au poste en question, pour essayer d’v effectuer sa jonction avec une autre partie de l’expédition.
Si le groupe débarqué à Pétropaulovski avait dû gagner Ghijigha par le Kamtchatka, ce trajet aurait pris tout l'hiver, c’est-à-dire à peu près l’année entière. Or il restait 2,000 kilomètres de pays presque absolument inconnu et inexploré, par lequel aurait à passer la ligne télégraphique : c'était toute la côte de la mer d’Okhostsk, du fleuve Amour au sud, jusqu’à Okhotsk au nord. Cette sec- Lion était si sauvage, si montagneuse, si inaccessible, que personne jusque-là n’y avait pénétré, et qu'on n'avait pu
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Ici commence pour nos voyageurs la partie ardue de la tâche. Les suivre pas à pas nous est, on le comprend, impossible. Le lecteur nous pardonnera nos lacunes forcées.
L'Amour a été visité par les Russes pour la première fois en 1843. Une douzaine d’ännées plus tard, ceux-ci s'en faisaient céder par les Chinois la rive septentrionale, et en 1860, ils obtenaient le vaste territoire compris entre ce fleuve et l'embouchure du Tu-mên, embrassant une dizaine de degrés de latitude du nord au sud et s'étendant de la côte du Pacifique, à l’est, aux rives de l'Usuri, l’un des principaux affluents de l'Amour. L'Amour, l’un des plus grands fleuves de l'Asie, a près de 3,500 kilomètres de cours, dont 2,500 navigables par steamer. Avec ses tribulaires, il arrose un immense territoire qui présente presque toutes les variétés de climat et de sol. C’est, dit-on, le seul cours d’eau sur les bords duquel se rencontrent les animaux indigènes à la zone arctique et à la zone torride. Si étrange, en effet, que cela puisse paraitre, le renne y devient la proie du tigre de Bengale, et le sanglier et de blaireau y vivent côte à côte avec le lièvre du pôle et le glouton.
Des postes elair-semés de Cosaques sont chargés de maintenir l'autorité du gouvernement russe dans ces régions, Ces soldats ne sont guère autre chose que des la-
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boureurs envoyés là pour coloniser le pays. Ils doivent un service de quinze ans, pour lequel ils reçoivent un salaire annuel de 5 roubles (soitune douzaine de francs), le gouvernement leur fournissant d'ailleurs des rations de pain noir et, à l’occasion, un peu de thé, Leur principale nour rilure est le poisson, qu'ils sont requis de pêcher eux
Lotka et village Ghiliak.
mèmes; mais à la baie de Castries, ils ont aussi des huitres, qui sont larges et très-bonnes, parait-il.
Les habitants primitifs du bas Araour sont représentés par les Ghiliaks, tribu de huit milles âmes environ, appartenant à la race tongouse ; cette population se livre surtout à l’industrie de la pêche, pour laquelle elle emploie de longs canots à prouc élevée nommés « lotkas », presque invariablement manœuvrés par des femmes, à l’aide de courtes rames en forme de pelles, qu’on fait
mouvoir alternativement, Les poissons sont très-abondants
ntun ARE ne lairé dans le fleuve, particulièrement le saumon; on en fait gou- des provisions pour les longs mois d'hiver, comme au pain Kamtchatka, pour l'alimentation des gens et des chiens. te Le poisson, avec différentes baies, et l'écorce et les racines MES de divers arbres, constituent presque toute l'alimentation
des habitants, quoiqu'avec un peu de travail il leur serail aisé de faire pousser nombre de légumes d’une nature plus nourrissante.
Les Ghiliaks sont très-superstitieux et adonnés à l’idolâtrie, bien que beaucoup d’entre eux aient été baptisés suivant le rite grec et portent de petites croix de métal
suspendues au cou. [ls ont leurs prêtres particuliers ou . «shamans », espèces de sorciers tenus en grand respect, qui dirigent toutes leurs cérémonies et sont leurs conseillers intimes. Leurs rites funéraires sont parfois assez imposants. Le cadavre est d’abord brûlé, et ensuite sur les cendres on élève une petite maison de bois ou tombeau. : Quand un individu meurt, son âme est supposée se ré- . fugier dans le corps de son chien favori, où elle reste 1 jusqu'à la mort de l'animal. Pour faciliter sa délivrance, l'habitude est venue de sacrifier le chien sur la tombe du maître; mais préalablement on a sein d’engraisser la bête,
fou Entre autres idées superstitieuses, les Ghiliaks ne pervia mettent pas qu'on enlève de leur maison la moindre par- Lot, À celle de feu, mème dans une pipe. La violation de cette AT É. coutume, croient-ils, entrainerait pour eux de grands er 1 à malheurs; elle ferait manquer complétement la pèche ou Le L | la chasse, ou déterminerait la mort d’un proche parent Les, à ou d'un ami précieux. Toutes leurs superstitions cepen-
n fait dant ne sont pas aussi inoffensives. Quelques unes sont
absolument cruelles. Ainsi pendant la parturition, soit en été, soit en hiver, la malheureuse mère est littéralement mise à la porte de son habitation, exposée à l’inclémence du temps, pour se tirer d'affaire comme elle peut, solitaire et ignorée, jusqu’à ce qu’un certain laps se soit écoulé. Durant cette période, toute espèce d’assistance lui est refusée ; on considère presque comme un crime de lui prêter la moindre attention. Il en résulte le plus souvent pour l'infortunée une mort certaine. Les chiens sont infiniment mieux traités; ils ont au moins un abri.
Les Ghiliaks ne connaissent d'autres lois que celles que leur dictent leurs superstitions, et ces superstitions différent suivant les diverses localités. Le meurtre est chez eux de fréquente occurence, et il se commet souvent sur les provocations les plus futiles. Il est puni d'ordinaire par les amis du défunt, lesquels sont tenus de venger la mort de celui-ci d’une façon ou de l'autre, — généralement par le meurtre du coupable. Leur notion de la justice est la loi du talion : œil pour œil, dent poui dent.
Autrefois la lance et l'arc étaient leurs uniques armes, mais maintenant ils ont des fusils à pierre de petit calibre qu’ils achètent des Russes. Leurs habitations ne se ressemblent pas toutes, Beaucoup sont élevées sur des espèces de pilotis, à un mêtre et plus du sol, et sont entourées d’une plate-forme sur laquelle ils emmagasinent leurs traineaux, leurs filets, leurs armes, etc. On monte à ces plates-formes par des marches grossières taillées dans un tronc d'arbre, Bon nombre de maisons sont chauffées par un feu placé au centre de la pièce, la toiture ayant un trou carré par lequel s'échappe la fumée ; les espèces de couches sur lesquelles on dort sont rangées
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le long des parois. D’autres ont pour cheminée une sorte de four placé dans un coin, et dont la fumée et la chaleur sont conduites sous les lits avant leur sortie de la pièce. Suspendus aux solives sont la plupart du temps des centaines de saumons qui se façconnent dans l’épaisse fumée du lieu. Ce saumon fumé est ce que les Russes appellent «oukale »; quand il est convenablement préparé, ce mets n'est pas mauvais.
Nicolayefsk, qui doit son nom au ezar Nicolas, a été fondée en 1851, par le capitaine Nevilskoi, comme port de commerce pour la compagnie russo-américaine; mais ce n’est qu'en 1854, alors que les troupes et les approvisionnements de guerre y furent transportés du Kamtchatka, que la ville prit de l'importance. Elle est installée sur un platean de la rive gauche ou septentrionale de
Amour, à 40 kilomètres environ au-dessus du Liman ou volfe. Le fleuve, en cet endroit, a 2 kilomètres de largeur avec un courant de # à 5 nœuds, mais il manque de profondeur du côté habité, à ce point que les navires ne peuvent approcher du débarcadère. En face de la ville, sur une île, est un fort armé de pièces de 24 et de mortiers, appelé « le fort Constantin ». Il commande les approches de la place en amont, tandis que trois autres forts la défendent en aval. L'aspect de la ville n’est pas très-imposant ; elle présente du fleuve une rangée de maisons de bois à un élage, disséminées sur le bord de l’eau et s'appuyant à une forêt de sapins de petite taille, sur le fond sombre de laquelle se profile une petite église surmontée d’un dôme; une bonne route conduit de la rivière au centre de la place, sur le sommet du plateau.
Nicolayefsk renferme une population de cinq mille àmes environ, composée principalement de militaires et
de déportés. Les dames y sont en nombre comparative. ment très-restreint, Beaucoup de maisons de commerce étrangères, plusieurs maisons américaines, entre autres, ont là des représentants qui vivent dans un luxe relatif qu'on ne s’attendrait guère à rencontrer dans celle portion du globe. Comme dans la Russie propre, la population mercantile’ est divisée en grades ou « guilds », chaque grade étant réglé par le montant du capital employé. Les étrangers représentent la majeure partie du ‘apital de la place; ils ont largement contribué à tous les embellissements publics.
Le « vodki » ou alcool, avec les autres liqueurs spiritueuses, les cigares, le thé, le sucre, la farine et le sel sont les principaux articles de commerce, surtout le premier, dont il se fait une immense consommation. On ne compte pas moins de soixante-dix « lafkas » ou débits de spiritueux dans la ville, et l'ivresse se voit à chaque instant parles rues. Les maisons sont grandes et confortables; toutes sont construites en bois, et les plus belles d’entre elles sont élégamment meublées et pourvues de tentures et de tapis. Outre les hôpitaux, les casernes, ete., la ville possède un club pour les officiers avec salles de bal, de billard, de jeux, etc. Une malle semi-mensuelle de Saint-Pétersbourg renouvelle la provision de journaux et autres publications. Un petit journal hebdomadaire se publie dans la ville. Deux florissantes écoles ont été fondées, l’une pour les jeunes demoiselles, l’autre pour les enfants des soldats et des marins.
Sur la rue principale descendant à la rivière, quelques arpents de terrains ont été réservés pour l'établissement d’un parc; c’est là que le public se promène, particuliérement le dimanche dans l'après-midi, alors que joue la
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musique militaire, et cette musique n’est pas mauvaise, eu égard à son peu de pratique et à la manière dont elle a été recrutée. On raconte que, pour se procurer les différents exécutants qui composent l'orchestre, le comrandant fit mettre en rang une longue file de soldats. Le chef de musique alors passa devant ce fron!. de bandière, examinant la bouche et percutant la poitrine de chacun. Les hommes, qui sur cet examen lui convenaient, furent mis à part jusqu’à ce que le nombre voulu eût été obtenu. À chacun de ces futurs artistes fut dévolu un instrument particulier, bien que la plupart n’eussent jamais vu d’instrument d'aucune sorte, et eussent été fort embarrassés de savoir à quel bout de l’objet appliquer leur bouche. C'est d’ailleurs de la même manière que se recrutent les différents métiers, tel individu recevant l’ordre de se mettre à tel travail.
Le séjour de la petite expédition américaine à Nicolavefsk fut rempli par de courtoises réceptions, des diners et des bals. Les autorités russes se piquérent d'honneur pour fournir aux voyageurs tous les moyens en leur pouvoir capables de faciliter leurs explorations. Toutefois les renseignements sur la première portion de territoire assignée à MM. Bush et Mahood étaient à peu près nuls. De la vaste étendue de pays que ces messieurs avaient à franchir pour gagner Okhotsk, — 2,000 kilomètres environ, — il n’y avait de connue qu’une très-petite portion touchant à l'Amour, sur laquelle une demi-douzaine de personnes avaient passé, Deux de celles-ci, un Suédois, M. Lindholm, et un Polonais, M. Swartz, se trouvaient à Nicolayefsk, et purent donner de bons avis aux deux Américains; M. Swartz, même, se joignit à eux en qualité d'interprèle,
Le premier point à gagner en quittant Nicolayefsk devait être Tougoursk, station de balciniers au fond de la baie de ce nom. Par les ordres de l'amiral Furruhelm, le gouverneur russe, les voyageurs, dûment pourvus de rennes pour eux et leurs bagages, et accompagnés d’un Cosaque et de deux guides tongouses, se mirent en marche, le 24 octobre, pour leur première étape, au lac Orell.
Ce ne fut pas sans un certain serrement de cœur qu'ils se séparèrent de leurs nouveaux amis. Le souvenir des fatigues et des privations endurées par Kane, Hall et autres voyageurs arctiques, leur donnait un avant-goùt de ce qui les attendait. À ces souvenirs se joignaient les avis décourageants des habitants du pays, relativement à l’inévitable sort qui les menaçait dans les gorges profondes et inconnues de la chaine des monts Djoukiour (ou Tjouggour), aux effroyables tempêtes ou « pourgas » qu’ils auraient à affronter sans secours possible d’aucune part, Il y avait bien, il est vrai, deux ou trois postes russes le long de la côte; muis ces établissements n’étaient accessibles que par mer, et les vastes solitudes qui les séparaient les uns des autres n’étaient connues que de rares chasseurs tongouses qui y avaient pénétré à la poursuite de l'élan, de la chèvre sauvage et de la martre.
Le premier troupeau de rennes qu'ils rencontrèrent leur enleva beaucoup d'illusions sur cet animal. La plupart étaient blancs et eussent pu à distance être pris pour de vulgaires vaches. Ces animaux gagnaient cependant à être vus de plus près. Quelques-uns avaient des bois magnifiques ; mais c'était le plus petit nombre; les autres formaient sous ce rapport la collection la plus disparate qu'on pt voir, Tel n'avait que la corne droite, tel autre que la corne gauche; celui-ci en manquait complétement,
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LA SIBÉRIE ORIENTALE. 19 celui-là les avait sciées à 20 centimètres du crâne pour la commodité de l'individu qui le montait. C'était d’ailleurs la saison où ils se dépouillent de la peau velue qui garnit leurs bois, et de longs lambeaux sanglants pendäient aux andouillers. Les deux sexes sont pourvus de bois élégants, mais ceux des mâles sont beaucoup plus forts et plus lourds et mesurent quelquefois 2 mètres. La taille de l'animal n’est pas très-C'evée cependant; elle n'atteint guère que 1,50 au garrot. La tête sans les cornes ressemble beaucoup à celle de la vache, mais le corps est beaucoup plus étroit et les jambes beaucoup plus fines, avec un pied large qui facilite la marche sur l4 neige.
Sur le dos du renne tenant ia tête de la troupe était assis un homme enveloppé de fourures qui doublaient ses dimensions naturelles. Chaque animal portait sur le dos, ou plutôt sur les épaules, un très-petit bât. Un autre individu, affublé comme le premier, avait charge de l’arrière-garde. Ges deux conducteurs appartenaient à la race tongouse. Baptisés suivant le rite grec, comme de coutume, ils avaient reçu respectivement les noms russes de Michaeloff et de Constantin.
Les Tongouses ont la peau bronzée, des pommettes très-saillantes et les petits yeux noirs vifs des Tartares en général, bien qu’on en rencontre quelques-uns avec des yeux gris. Sous le rapport de la propreté, des mœurs, de la langue et de la manière de vivre, ils diffèrent beaucoup de leurs voisins les Ghiliaks. Leur costume aussi estautre, bien que fait des mêmes matériaux, c'est-à-dire de peau de renne plus ou moins épaisse, selon qu'il s’agit de l'hiver ou de l'été, Le vêtement principal est une espèce de large houppelande de fourrure ouverte par devant et dépourvue du capuchon des Kamtchadales, Une sorte
a bee
de culotte collante de peau avec le poil en dedans leur couvre les cuisses ; les pieds et les jambes, jusqu’au-dessus du genou, sont enfermés dans des bottes de peau de renne, à semelle de peau d’ours ou de phoque. Lorsqu'ils ne sont point au repos, ils ont généralement la tête nue, bien qu’ils aient toujours supendu au cou, pour s’en servir au besoin, un « malachi », ou capuchon
Campement Tongouse.
fourré détaché. Beaucoup de ces capuchons sont de simples ornements ; on y emploie de préférence les peaux de renards rouges, noirs et gris, en ayant soin de disposer les couleurs en bandes alternées. La bordure est de martre, de blaireau ou de loutre marine.
Les Tongouses ne laissent pas croître leurs cheveux longs comme les Gbiliaks et les autres tribus plus méridionales; ils les portent assez courts, à l'exception d’une longue mèche de chaque côté de la figure, à la hauteur de l'oreille. Leurs mœurs sont purement nomades. Ils habi-
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tent de petites tentes de peau, de forme conique, qui se dressent en quelques minutes. Ces tentes, avec quelques rares ustensiles de ménage, ils les chargent sur leurs rennes quand le gibier est épuisé ou que la peur Pa fait déguerpir d’une localité, et le lendemain les trouve installés tout aussi tranquillement dans une région toute différente. Is vivent de leur chasse et de quelques articles d'alimentation qu’ils reçoivent en échange de fourrures, de trafiquants russes qu’ils rencontrent annuellement sur un point convenu. Leur territoire s'étend des rives de l’Amour à la ville d'Okhotsk, vers le nord, et jusqu’au Léna à l’ouest, quoiqu’en somme ils ne composent pas une bien nombreuse tribu.
L’équitation sur un renne n’est pas, parait-il, chose absolument réjouissante pour le cavalier. L'équilibre est difficile à maintenir, à moins d’une longue habitude. La selle ressemble beaucoup au bât qui se place sur les épaules de l’animal destiné au métier de bête @: somme ; elle se compose de deux coussinets de peau bourrés de mousse ou de poils, et réunis aux extrémités par deux ares faits de morceaux de bois de renne choisis à cet effet avec leur courbe naturelle. L’intervalle est vide pour admettre le libre jeu des épaules de la bête. Une simple sangle, passée sous le ventre, est chargée de maintenir l'objet en place. D’étriers d’aucune sorte, pas l'ombre, Lorsqu'on charge le renne ou qu’on le monte, il faut avoir grand soin que rien du poids ne porte sur son dos, qui est très-faible, La moindre pression sur ce point est eapable de mettre l'animal hors de service. La bride, ou licou, est exactement comme le nôtre; il est fait de peau de phoque flexible ou de lanières tressées de peau de renne.
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22 | LA SIBÉRIE ORIENTALR.
Trois semaines environ après leur départ de Nicolavefsk, les Américains arrivaient en vue de Tougoursk. Cette ville, située à l'embouchure de la rivière du même nom, est une station de pêche de baleiniers appartenant à une compagnie, dont le capitaine Lindholm était un des principaux membres. La compagnie envoie en ‘été des canots chasser la baleine au large, et c’est à terre que la capture est dépecée ; elle occupe habituellement une soixantaine d'hommes, dont la plupart sont des Yakoutes. La riviére de Tougour fut une des premières connues des Russes dans la Sibérie orientale. Is avaient là un fortin de bois d'où ils dirigcaient des opérations contre les Chinois du bas Amour. Un certain Khabarof, chef de Cosaques très-entreprenant, était à Tougoursk dès 1650, Vers cette époque, le fort fut détruit par des tribus hos-. liles. Il fut rebâti trois ans plus tard par d’autres Cosaques, poussés vers ces parages par l'espoir de s’enrichir dans le commerce des fourrures, qu'ils savaient y être en abondance et de rare qualité. Les relations des premières expéditions et des découvertes des Gosaques dans cette section sont remplies des aventures audacieuses et des souffrances sans nom des premiers explorateurs. Îl était de fréquente occurrence alors que des troupes entières de ces hommes périssent de faim ou fussent massacrés par les indigènes. Le démon du lucre poussa même plus d’une fois ces intrépides pionniers à se faire la guerre entre eux en face de l’ennemi commun.
Après avoir cheminé quelques kilomètres à travers une région nue semée de petits lacs, M. Bush et ses amis arrivèrent tout à coup sur un campement de Tongouses, dont ils suivaient les traces depuis la veille. La petite caravane se composait de deux hommes et de deux
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nues des n fortin les Chide Cosas 1690,
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femmes, avec douze rennes, Ces indigènes s’apprètaient à partir pour Tougoursk, Les hommes étaient jeunes, d'un bien meilleur aspect que les guides de nos voyageurs, et, chose rare, les femmes, avec leur teint olivâtre, leurs joues roses, leur visages pleins et leurs doux yeux noirs, étaient presque jolies et absolument attrayantes comparées aux femmes si sales des Ghiliaks du lac Orell. Un grand charme de leurs personnes, c’est qu’elles venaient de se laver la figure. Toutefois les Américains ne purent
Le guide Constantin.
pas même obtenir d'elles un sourire, tandis que la-plus Jolie des deux, complétement indifférente aux prévenances des Yankees, se mit immédiatement à lier connaissance avec le guide Constantin, un affreux type tongouse, dont M. Bush donne le portrait dans son livre, en ajouant au récit de cet épisode cette réflexion peu consolante, qu'il ne faut décidément dans aucun pays disputer des couleurs et des goûts.
Les deux beautés tongouses, proprement habillées dans leur invariable costume national de peau de renne, por-
taient leurslongs cheveux noirs soigneusement partagés, et pendants sur les épaules, en deux nattes épaisses. Elles avaient aux mains de très-pelites mitaines de peau de renne et aux oreilles de grands anneaux d'argent. À califourchon sur leurs rennes, elles maniaient leurs montures avec beaucoup de dextérité et de grâce.
Mamga.
Une déception attendait les voyageurs à Tougoursk : la localité avait été abandoanée. Faute de ravitaillement suffisant, les hommes de la compagnie étaient à Mamga, autre station russo-américaine, située à une centaine de kilomètres plus loin sur la côte. Une vieille femme aveugle était seule restée avec son fils dans une petite hutte voisine du groupe principal. Elle informa les nouveaux
rlagés, s. Elles eau de . À Cas mon-
vsk : la lement Mamga, aine de e aveue hutte Juveaux
LA SIBÉRIE ORIENTALE. 2 venus que, sur l’autre rive du Tougour, ils trouveraient un employé de la compagnie ayant charge des vaches de celle-ci. Ces messieurs se rendirent aussitôt au point indiqué, et là, ayant su qu'il existait un peu plus loin un village yakoute, où demeurait le « starasta » tongouse, ou chef du district, ils se remirent en marche un peu moins inquiets sur l'avenir.
Ilsatteignirent assez rapidement le point indiqué ; c'était la première fois que leurs montures avaient bien voulu prendre une allure un peu plus leste que le pas. Arrivés au village, ils virent aussitôt venir à eux une cinquantaine de personnes, hommes, femmes et enfants, tous se précipitant à l’envi hors de leurs huttes de troncs d’arbres, curieux de contempler les étrangers. Presque tous étaient des Yakoutes, et bien qu’ils portassent le costume des Tongouses, il était aisé de les distinguer de ceux-ci à la régularité de leurs traits et à leur physionomie plus intelligente. Tous ont les pommettes saillantes des Tartares.
Les Yakoutes habitent le vaste territoire qui s'étend à l'ouest de la ville d’Okhotsk jusqu’au delà de la rivière Léna, sur laquelle est située la ville d’Yakoutsk, d’une population de quinze mille habitants environ, la plupart Yakoutes, Gette ville, fondée-en 1632 par les Russes, à loujours été, depuis lors, l’une des plus importantes de la Sibérie orientale. Elle renferme un certain nombre d’édifices intéressants et est le centre d’un grand commerce de fourrures, produit qui se paye en articles d’usage domestique; c’est le principal marché de toute cette section ; elle est reliée par des routes postales avec Irkoutsk, capitale de la Sibérie orientale, Colema, Aian et Okhotsk, et par cette dernière ville avec le Kamtchatka.
La plupart des Yakoutes, par suite de leurs fréquents rapports avec les Russes, ont adopté les mœurs, les coutu-
| | | mes, la religion et la langue de leurs conquérants, Leur
Il costume leur est propre; c’est un mélange du costume
| | des basses classes russes et des vêtements de peau des
| | | tribus moins civilisés. [ls portent une longue pelisse de
| drap gris à la mode russe, des culottes de peau de renne
|| | bien tannée et des « torbassas », ou hottes, aussi de peau
ll | de renne épaisse, sans fourrures, et ornementées avec
| | | uoût. Ces chaussures sont faites pour que le pied y joue 11!