‹ La Sicile et les BourbonsChapitre 4 sur 24 · ST · texte numérisé non relu

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BOUVET! NF.HEKT REPU ÉSEVTVTIV DE U SICILE

Jusqu'ici nous n'avons oiaminé la constitution sicilienne qu'an point de vue de la nationalité distincte qu'elle assurait au pays. Les rapports du roi avec la nation étaient ceux d'un gouvernement représentatif. On sait que In constitution sicilienne et In constitution anglaise furent établies en mèiiic temps, à la fin du n" siècle, par les Normands, et que l'élément aristocratique pesait moins dans la balance en Sicile qu'en Angleterre, en France ou ailleurs, pour la raison fort simple qu'àcette époque, l'industrie, le commerce, les lettres et la civilisation en général étaient plus développés en Sicile.

Vers la fin du sin* siècle, la terrible insurrection

des Vêpres sicilicnnea non-seulement rendit à l'île ami indépetidancu , mais revendiqua et élargit ses libertés constitutionnelles, que le roi de Naples avail également attaquées. Lu constitution, réformée par ie parlement même, devint une des plus libérales qu'on ait jamais vues sous une forme monarchique, Le pouvoir législatif, le droit de taxation, la censure des minisires et des magistrats, enfin le droit de paix et de guerre résidaient dans le parlement, composé des barons , des prélats et des re présentants des villes ; les municipalités refilaient indépendantes; des lois sévères réprimaient les abus de la féodalité. Ébranlée fortement par la guerre civile pendant le ïiï' siècle, cette constitution se rétablit à peu près

seulement la -pouvoir monarchique recula un peu ses limites, et le parlement, qui anciennement n'était composé que d'une chambre, se trouva divisé en trois : nobles, prélats et représentants des villes. Cette dernière ehamhre se trouva très-faiblement constituée par les seuls députés des villes royales , a l'exclusion des Befa. Le nombre de trois chambres porta avec lui la conséquence que levotededeux contre une était celui du parlement ; que tontes les questions étaient résolues contre les intérêts du peuple, et en faveur do l'aristocratie ou do la monarchie , comme il plaisait à la chambre des prélats. Qu'on ne demande pas si un parlement ainsi composé cmi-imi.iiL d'exercer le droit de paix et de guerre, ce qui, dans tous les cas, aurait été presque impossible sous le régime de l'union personnelle avec l'Espagne. Quant au pouvoir législatif, il fut partagé enlre le roi et le parlement : l'un

étendit un peu trop la prérogative de dicter des ordonnances, et l'autre garda toujours le droit de l'initiative des lois qui lui conviendraient, et celui de s'opposer à l'exécution des ordonnances contraires aux libertés de la nation. En revanche, le parlement redoubla de précautions en iimiirro de linance, et, d'après nos idées d'aujourd'hui, on dirait qu'il empiéta sur le pouvoir exécutif. Non-seulement il accorda les subsides toujours il temps et sous des conditions spéciales; non-seulement il eut le soin de les appeler donalivi (dons), mais aussi, pour empêcher que le gouvernemont ne fît main basse sur les fonds affectes aux iravaux publics et antres besoins de l'État, le parlement préposa à l'administration du revenu un comité permanent de douze membres choisis en nombre égal dans les trois chambres, à chaque session, avec le litre de députation du royaume. Véritable représentant du parlement dans les inlei-valles des sessions, la députation du royaume faisait le contrôle des actes du gouvernement, en demandant la rétractation do ceux qu'elle trouvait contraires aux lois fondamentales; elle se trouvait toujours en présence du pouvoir royal; elle prûtait les serments de fidélité de la nation, et recevait , au nom de celle-ci , les serments de lidélité du

lin rapprochant la députatiou du royaume de Sicile de ces commissions extraordinaires dont nous offrent des exemples les histoires parlementaires de l'Angleterre, de l' Aragon et d'autres États, on s'apercevra que le parlement sicilien fit une institution permanente de ce que d'autres Étals avaient employé comme expédient de circonstance. Cet excès de pré-

caution eut-il do grands résultats, ou ou contraire, affaiblît-il le contrôle parlementaire, en lo confiant à un petit nombre de personnes dont l'autorité s'usait dans une opposition de tous les jours? Quoi qu'il en soit, il suffit de constater ici que la dfpulalion lin royaume tenait toujours en échec la prérogative royale. Mais

faire une arme , comme firent les maisons de Tudor et de Stuart, en Angleterre. Les noms do Clinrlcs V et de Philippe II figurent parmi ceux des rois de Sicile qui ont témoigne" le plus de respect pour la constitution. On no discontinua pas non plus les sessions du parlement, qui, de 1282 à 181 5, se réunit en Sicile , sans interruption, au moins tous les quatre ans. Il était réservé aux Bourbons do Naples du violer les droits do h représentai ion nationale Ficiliennc en 1811 , et do conspirer pour l'anéantir on 1815 !

S vi.

ATTAQUES nE (.1 SOUVELLK IHHA5T1E COVTHE LA CONSTITUTION.

Lorsqu'un État ne possède pas le bonbeur d'un gouvernement national , micui vaut pour lui d'appartenir a une grande puissance qu'il une petite. Ouvrons les annales de Home, observons la condition des provinces qui constituèrent lo royaume île Franco, suivons attentivement ces mille attractions et répulsions des molécules dont se composait l'Italie au moyen âgo, ou bien demandons à la Corso ce qu'elle pensa des dominations de Gênes et de la France, demandons n

la Belgique si en perdant son indépendance il lui conviendrai! mieux de revenir à -1816 plutôt qu'à 1793 ; et toujours noua vairons , même contre l'affinité des races, que la domination étrangère pèse d'au tant moins, qu'elle part d'un Etat plus puissant. Ce n'est pas seulement l'amour-propre national moins humilié, ni l'avantage d'une pruU'ciinu plus efficace et désintérêts matériels mieux développés; c'est aussi qu'un graod gouvernement en lui-mÊmo est moins lourd, moins usurpateur, moins tracassier, moins hostile. Sans doute nous ne regrettons pas pour la Sicile la domination espagnole, mais un s'explique bien pourquoi elle ne se rendit pas aussi intolérable que celle de Naples. A celte loi générale il faut ajouter ensuite les défauts de la dynastie qui ne sont pas indifférents : ce sang de Bourbon s'était mêlé à celui d'Aulricbe par le mariage de Ferdinand 111 avec Marie-Caroline; ce nouveau ménage et sa cour se trouvèrent enivrés à la fois des traditions du despotisme de Louis XIV et lia Marie-Thérèse.

Voila donc pendant la dernière moitié du svui* siècle une lutte engagée entre la Sicile et la cour de fiaples. La cour en voulait à la fois ù l'indépendance et à la constitution de la Sicile. Elle était encouragée, appuyée, poussée à sa double nstn-f a! ion par la situation exceptionnelle du royaume de >apks , rempli à cette époque d'hommes très-capables mais naturellement disposés ù prendre sur la Sicile la revanche des maux qu'ils avaient soufferts sous le gouvernement espagnol. l>c pins, le royaume de >aples avait perdu depuis bien longtemps ses institutions parlementaires. Réformées au siu' siècle par le contre-coup des Vêpres

siciliennes, ces institutions tombèrent en ruine pendant les luttes de la franco fil de l'ICspagne, du pouvoir royal et des barons dans lu malheureuse Italie méridionale; Masaniello et le duc de Guise ne lus

nurehique tout à Tait absolu à Naples s'irritait des barrièms qu'il rencontrait en Sicile; mais D'osant pas les attaquer de front, il s'efforçait de les tourner. On en était là à la veille du la révolution française.

Est-il nécessaire de dire que l'année 1789 accéléra, précipita la mnrclio de ces événements en Sicile? D'abord la noblesse et la bourgeoisie napolitaines étaient imbues profondément des idées du ivtn' siècle. La cour effrayée de ces symptômes , entraînée parités ressentiments do famille et par l'intéifit absolutiste, se lança à pleiucs voiles ihm lu inaction avec les prétentions d'une grande puissance ci la rage d'une petite ; entra dans toutes les coalitions qu'on organisait contre la France républicaine. Détachée de ses alliances par la force des armes, clic y revonait au premier revers do la république ; et pour se soutenir dans ce rôle, elle eut recours à un système infernal de police à l'intérieur, et a des préparatifs militaires supérieurs à ses moyens.

Les Siciliens avaient commencé déjà à sentir tout le prix de leurs institutions. Auparavant, la constitution était comme ces anciennes armures qu'on tenait suspendues dans !a salle d'un château par orgueil de famille plutôt que comme instrument do défeuse : depuis des siècles personne n'avait attaqué le château. Les tentatives d'empiétement commencées presque avec le règne de Ferdinand 111 donnèrent l'éveil

en Sicile. Le parlement jeta les yeai sur ces vieilles pièces d'armes du moyen âge, les détacha (Je la muraille et s'aperçut que toutes rouillées elles pouvaient servir encore. De nulle manière il défendit ses privilèges jusqu'en 1798. Cependant le mouvement du siècle et de la révolution française s'était fait jour aussi ilans la haute classe et dana le tiers état. Les sévérités du gouvernement avaient ajouté une eertaine irritation , car la police cherchait des jacobins à droito et à gauche et n'en trouvant pas assez, arrêtait les amateurs des nouvelles et des journaux français, et poussa l'absurdité jusqu'à condamner quelques personnes il la déportation , sous cette rubrique : Pro Inclura gazsellarimt ni m- Ai-lrriolume. A cela l'opposition parlementaire n'avait rien à faire, parce que les lois garantissaient très-peu la liberté personnelle, la gouvernement depuis des siècles ne l'ayant

cile un statut à'habcas corpus. Comme le roi se mil à demander subsides sur subaides pour subvenir nui frais d'une guerre impopulaire, i! n'était que trop juste de lui arrêter la main et de profiter aussi de la circonstance pour amener toutes les reformes dont on reconnaissait l'urgence .

t.a cour, très-irrilée , manqua de faire son premier coup d'État en 1 708. Elle avait demandé au parlement des subsides eunsiriérahlcs d'une durée illimitée, et sur le refus de la majorité du parlement, elle avait ordonné de lever néanmoins les subsides, et d'arrêter quelques nohlcs de l'opposition. Mais le général ChampionnetarrivaàNaplcsà temps pour épargner ce crime politique au roi, qui, réfugié en Sicile,

ne put persister dans ses projets de violence illégale. Il s'en dédommagea un peu en li>02, par un lour très-bien défini dan» lus loi» pénales : ayant obtenu du parlement il<;ii\ n i i 1 1 i ■■ n s ilr trani's annuels pour entretenir une cour en Sicile, il ae b.'ita d'empocber l'argent, ot partit immédiatement pour Naplcs, ne laissant dans lu palais royal, à Païenne, qu'un seul dômes tique.

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