OBSERVATION V
(Communiquée par M. le D° Mayor.)
Malade vue en consultation par les D Mayor et Gerlier, le 5 mai 1896. Agée de vingt-deux ans, domestique, jouit en général d’une bonne santé. Prise le 12 avril de frissons, d’inappétence, de malaises divers, elle s’administre un purgatif, d'autant mieux indiqué qu’elle est sujette à la constipation habituelle. Une amélioration s'ensuit qui n’est que passagère. Elle quitte alors sa place et fait appeler le D: Gerlier, de Fernay, qui, le 22 avril, la trouve encore debout, mais offrant l’aspect typhoïde : regard éteint, facies hébété, lèvres tremblotantes, sèches, fuligineuses; langue rouge à la pointe et sur les bords. M. Gerlier recherche aussitôt le gargouillement iliaque et l’augmentalion de la matité splénique, mais sans les trou-
Ro
ver, Par contre, le foie, quoique de dimensions normales, est douloureux à la percussion et des ronchus s'entendent aux bases des deux poumons; le pouls est à 100, la température à 39°4. Le ventre n’est pas ballonné et il n’y a pas de diarrhée. Mais la malade se plaint d’éprouver des coliques avant chaque selle et de ressentir, dans la fosse ilaque gauche, une douleur que la toux et les mouvements exagèrent. À ce niveau, M. Gerlier constate, en effet, existence d’une tuméfaction demi-molle, bosselée, douloureuse, un peu sonore à [a percussion, qui plonge dans le petit bassin et remonte jusqu'au-dessus du ligament iléo-pubien. Eile occupe ainsi la place qui devait être celle de LS iliaque et atteint la grosseur d’une tête de fœtus. M. Gerlier diagnostique une sigmoïdite, cherche à combattre la fièvre par les lavages froids et la quinine, à dégager l'intestin par des lavements boriqués, et prescrit la diète liquide.
Les lavements sont mal supportés. Néanmoins, après quelques jours, le 26 avril, l’état général s’améliore, le sommeil revient, la congestion pulmonaire disparaît. Mais le foie reste douloureux, la langue n’a pas changé d’aspect et l’état local ne s'est pas molifié. Cependant la température, étant devenue normale, la quiuine et les lavages sont supprimés. Cataplasmes, benzonaphtol et lavements.
Deux jours apres, la tuméfaction commence à diminuer. Mais, le 2 mai, nouvelle poussée aiguë. P. — 100, T.—40 degrés. Latumeur a augmenté et est devenue beaucoup plus douloureuse; on y perçoit une fluctuation nette. Cestace moment queM. Gerlier prévient M. Mayor qui, malheureusement, ne peut voir la malade que le 5 mai, et dans l’intervalle, le 4 au matin, la scène a changé.
== 36 = La malade à rendu en abondance du pus par le rectum, la tumeur a diminué de moitié, la fièvre est tombée, Pétat général est infiniment meilleur.
Le 5, il ne reste qu’à constater cette entrée en convalescence, mais on retrouve un boudin dur, encore douloureux, occupant, dans la fosse iliaque le siège exact de l'intestin dont il suit la direction.
L'histoire de la maladie est donc facile à reconstituer: sigmoïdite ayant débuté le 12 avril; amélioration passavere par le purgatif; continuation de l’évolution de la maladie qui amène la constitution d’une périsigmoïdite, d’une péritonite localisée, caractérisée par la tuméfaction sonore constatée par M. Gerlier. Déjà, à cette époque, la péritonite enkystée devait être suppurative, l’état général rend cette supposition plausible saus qu’elle puisse devenir une certitude, puisqu'il y a bientôt une amélioration considérable, avec chute de température. Mais sous l'influence d’une imprudence légère, inavouée, la marche aiguë reprend et l’abcès désormais manifeste 1e tarde pas s’ouvrir dans l’iutestiti.
Comme c’est le cas habituellement et, maluré une suürveillance attentive, c’est lentement que cette périsigmoïdite terminée par évacuation du pus dans l'intestin a évolué vers la guérison. Le 10 juin, la malade se levait, marchait; on ne constatait plus de tumeur; mais dans la station debout, l’attituderestait pencliée ettoutetentative de redres: sement complet du trone rappelait encoré de la douleur au niveau du foyer ancien.
Dans cetteobservation il y a lieu de noter la constipation habituelle dont souffrait la malade et le fait d’une dysentorie antérieure, en 1814, M. le professeur Mayor est,
dans le cas spécial, porté à admettre que la sigmoïdite qui
a évolué sous ses yeux n’estqu'’une complication éloignée de là dysenterie qui aurait été une caused’affaiblissement dela résistance de la muqueuse vis-à-vis des infections ultérieures possibles. Une cicatrice datant de cette époqueet pouvant offrir une porte mal gardée au microbe envahisseur ; l'irritation produite par la constipation habituelle contribuait à forcer cette porte; une digestion médiocre ou toute autre circonstance exaltant la virulence des hôtes habituels où accidentels de Pintestin, telles sont, pour M. Le professeur Mayor, les trois circonstances étiologiques qui, réunies, ont pu, dans ce cas, donner lieu à l’inflammation de la paroi de PS iliaque et à l’abcès périsigmoïdique qui lui a succédé.